• 159 - Partie 1 - Jour 3 (1).

    - L'enfer est pavé de bonnes intensions.

    - Pardon.

    - L'enfer est pavé de bonnes intensions. Mon ex mari dit toujours ça.

     

    Comment pouvait-elle penser à son ex mari en un moment pareil ? Marie José n'en revenait pas. D'abord il y a eu les plantes vertes, où l'excuse des plantes vertes pour voler la clé et maintenant c'était son ex mari.

     

    Et puis il y avait cet Helmut. Helmut !!! On n'a pas idée de nommer un chien si moche de la sorte. En même temps, les laideurs s'accordent. Sans plus tourner la tête qu'un jour de torticolis, elle posa un œil sur l'ensemble des taches noires et la masse de poils blancs.  Que pouvait-on trouver de si merveilleux aux chiens ? Et encore plus à celui-là ? En plus d'être hideux, il lui semblait sournois. Oui sournois, malhonnête, près à lui bondir dessus en dépit de son calme apparent.  Marie José s'obstinait à regarder bien droit devant elle pour ne pas le voir. Elle le détestait.

     

    Des bancs brutes autour de la table. Fixer les bancs en bois pour l'oublier. Au moins essayer.  Mais quelle idée avait bien pu lui traverser l'esprit pour placer dans sa cuisine ouverte une table en bois encadrée par deux bancs vulgaires ? Les bancs c'était bon pour les vieilles écoles de village, une cuisine de ferme en mille neuf cent mais pas pour une cuisine de maison de centre ville à notre époque. Chez But ou Ikea on trouvait de très belles chaises pour trois fois rien. Elle aurait pu être magnifique cette cuisine si elle avait été bien aménagée. Ce qu'en avait fait Philippine était  absurde, laid, oui laid. A l'image de son chien. Mais pourquoi ne la lâchait-il pas du regard ? Marie José ne le supportait pas. Il était sournois, arrogant.

     

    Elle avait choisi le fauteuil afin d'être certaine qu'il ne vienne pas s'installer contre elle. Elle le soupçonnait d'avoir du vice. Philippine s'était posée sur le canapé, bien contre l'accoudoir gauche. Pour être au plus près d'elle ou pour laisser un espace maximal au tas de taches ? Quand elle l'avait vu monter sur le canapé, une patte après l'autre, elle avait cru s'évanouir. En partant de chez elle, elle portait en elle, la certitude que ses yeux allaient devoir se poser sur une scène d'horreur. Et bien elle avait été servie. Voir un chien prendre place sur un canapé de si belles finitions était tout simplement abominable. Cela faisait presque accepter la faute de goût dans la cuisine. Deux bancs vulgaires à trois mètres d'un canapé si parfait. Non cela n’effaçait rien, au contraire, dans cette maison les horreurs s'additionnaient. Marie José n'en doutait plus, Philippine n'avait absolument aucune notion de décoration. Par contre l'aménagement intérieur de Elvira l'avait étonné. Elle s'attendait à entrer dans un véritable capharnaüm et elle avait découvert un petit bijou.

     

    - Avant de l'appeler il serait bien que l'on se mettre d'accord sur ce que l'on va dire.

    - Pardon !

    - J'ai dit qu'on devait d'abord réfléchir à ce que l'on va leur dire.

     

    Marie José ouvrit de grands yeux ! Réfléchir à ce que l'on va dire. Philippine ne valait pas mieux que son chien.  Mais pourquoi s'était elle adressée à elle ? Tout cela était la faute de son mari qui ne la croyait pas. Bon d'accord il avait raison, Elvira n'était pas morte au pied de son escalier. Mais ce qu'elle avait découvert était peut-être bien plus grave. Et dire que Philippine les avait volées sous ses yeux !

     

    - Écoutez, Philippine, n'attendez pas de moi que je mente. Vous les avez volées et vous ne me ferez pas changer la vérité. Jamais je n'ai fait un faux témoignage et je ne compte pas commencer pour vous. Mais il ne peut pas arrêter de me regarder ce chien ! Vous ne pouvez pas le mettre dehors !

    - De un, il est chez lui, donc si il vous dérange c'est à vous de passer dehors, non à lui. De deux, vous lui avez piqué son fauteuil

     

    Philippine ne put finir sa phrase, un éclat de rire, début d'un fou rire dévasta les mots suivants. Marie José avait bondi sur ses pieds au moment où elle apprit qu'elle était assise dans le fauteuil préféré d'Helmut. Une armée invisible de fourmis rouges semblait lui attaquer le fessier. Sans parvenir à se calmer, des deux mains elle se frottait le dos, les arrières cuisses tout en tournant sur elle-même. Entendait-elle seulement les rires de son hôte ?

     

    Dans la pièce seul Helmut gardait son calme. Il se leva, descendit du canapé, y abandonnant Philippine à son fou rire, traversa l'angle du tapis pour rejoindre le fauteuil bien chaud qui n'attendait que lui. Enfin il allait pourvoir reprendre ses méditations là où les avait laissées quand l'inconnue l'en avait tiré. Enfin non ce n'était pas exactement ça. D'abord il y avait eu les odeurs de cuisine. Quand les oeufs se cassent pour aller s'enfariner avec du sucre, il y a du lèchage de gamelle sympa à faire. Cela valait bien un stoppage de siestage. Alors, oui, il avait quitté fauteuil et méditation pour rejoindre Philippine en cuisine. C'est là que l'inconnue était apparue à la fenêtre. Elle voulait monter chez Elvira. Du bien tout nouille, ça, Elvira elle est pas chez elle. L'inconnue elle était pas seule, elle était avec un mâle. il aime pas les mâles, alors il avait aboyé bien fort dur et Philippine comme l'inconnue elles avait fait du gestaculage de bras. C'est du toujours pareil. Quand Philippine et Elvira elles font du gestaculage de bras, après Elvira elle passe par la porte. L'inconnue tout pareil, elle est passée par la porte après. Mais pas le Mâle, lui il a continué son escaladage d'escalier pour aller voir Elvira qui est pas là. Ils sont d'un tout nouille les mâles. Helmut, lui il  les aime pas ceux là.

     

    - Ca y est ? C'est bon ? Tu as un sérieux problème avec les chiens toi. Prends le pouf de l'autre côté de la table basse, il n'y va jamais, si cela peut te rassurer. Tu es vraiment sûr que tu veilles que l'on appelle les flics ?

     

    Marie José voulait surtout reprendre ses esprits. Sans même s'en rendre compte ses pas l'avait conduite dans la cuisine où la pâte d'un gâteau avait bien levée. Il était plus que temps qu'elle passe dans un plat, puis entre au four. 

     

    Marie José se tenait exactement à l'emplacement qu'occupait Philippine quand elle l'avait vu derrière la vitre. Elle se souvint comme ce fut pour elle un soulagement de l'apercevoir. Une grande femme au visage carré, une stature d'homme sous une sensibilité de femme, l'exacte besoin de Marie José. Si il n'y avait pas eu le chien debout contre la vitre qui aboyait, l'image aurait été idyllique.

     

    Comme toujours Paul avait été lâche. Ou indifférent. Comme toujours elle lui avait demandé de l'épauler et comme toujours elle avait du se débrouiller seule. Quand elle lui avait annoncé l'absence de Elvira au restaurant le mercredi, son mari ne s'était pas formalisé. Elle n'avait pas insisté. Quand le lendemain, elle avait ajouté qu'elle ne donnait plus signe de vie depuis vingt quatre heures, qu'avec Igor ils avaient été sonné chez elle, idem, Paul n'avait pas cru bon d'y accorder de la valeur.

    Il faut laisser les gens vivent comme ils l'entendent.

    Quand le vendredi elle lui avait dit qu'elle n'était toujours pas venue travailler, et qu'elle ne doutait pas qu'elle était morte au bas de son escalier faute d'avoir été secourue à temps, il soupira. La récurrence du sujet, de l'image macabre commençait à le saouler. Il lui avait alors promis de s'occuper du problème le samedi matin. Et c'était ce qu'il avait fait d'une certaine manière. Le samedi matin, il prit un rendez-vous à 10H30 pour sa femme, devant chez Elvira, avec un serrurier. Voilà pourquoi Marie José s'était trouvée avec un homme devant la fenêtre de la cuisine de Philippine.

     

    Alors qu'elle s’apprêtait à monter l'escalier extérieur qui conduisait chez sa collègue, une terreur bien plus grande que sa terreur des chiens l'habitait. Elle allait voir le cadavre de Elvira. Le serrurier l'avait prévenu, il ouvrait et c'est tout. Son mari avait refusé de l'accompagner, alors oui, de découvrir une femme de près d'un mètre quatre vingt, une femme qui connaissait Elvira, la réconforta. A deux on est toujours plus fortes que seule.

     

    Ce fut Helmut qui poussa la porte entre-ouverte. Helmut. Jamais Marie José n'aurait imaginé qu'il soit de l'inspection. Pour Philippine en revanche,  il n'y avait pas d'elle sans lui. De toute façon c'était déjà trop tard, Philippine avait tout pris en main, il ne restait que le rôle de suiveuse à Marie José.

     

    La queue dansant, l'éclaireur à quatre pattes pénétra dans un appartement qu'il devait connaitre par coeur. Ensuite, Philippine poussa la porte. Pour la dixième fois au moins elle affirmait qu'il n'était pas possible que Elvira soit morte chez  elle. Pour unique argument elle proposait le comportement de son chien. Si elle avait été blessée au dessus de leurs têtes, Helmut l'aurait prévenu depuis longtemps. L'intelligence des chiens, Marie José y croyait autant que Donald Trump dans le réchauffement climatique.

     

    Autant chez Philippine le style était simple et dépouillé, autant chez Elvira l'espace avait été savamment utilisé. Jamais elle n'aurait imaginé y trouver autant de plantes. Les deux appartements étaient disposés pareil, mais en sens inverse. Chez Philippine dont la porte d'entrée donnait sur l'allée des nids, la cuisine était à gauche et le salon à droite, alors que chez Elvira qui occupait les deux étages supérieurs de la maison, la porte d'entrée se trouvait à l'arrière et la cuisine était à droite vu de l'allée des nids, mais comme l'appartement s'ouvrait par l'arrière, de la porte d'entrée, la cuisine pareillement à chez Philippine se tenait à gauche et le salon qui accueillait les visiteurs occupait la droite de l'espace.

     

    L'abominable escalier meurtrier ne se voyait qu'une fois la porte d'entrée refermée.

     

    Pourquoi ? Les chiens sont-ils doué de raison ? Pour L'une oui, pour l'autre non, dès la porte franchie, Helmut s'y précipita. Pourquoi ? Que comptait-il trouver à l'étage ?

     

    Marie José qui visualisait Elvira à son pied depuis trois jours, fixait le vide. Helmut suivi de Philippine escaladèrent les marches où Elvira avait déposé les biscuits interdits de restaurant depuis son rachat par Bernard. Leur présence réchauffa le coeur de Marie José bien plus que l'absence de cadavre. Allez savoir pourquoi. Ce fut plus fort qu'elle, il lui fallut en soulever certains, en caresser d'autre. Elle savait encore quelle table chacun avait décoré. Le lecteur : la 4, la fillette au deux chats : la 12, l'écolier : la 7 ... Elle n'avait pas fait ouvrir l'appartement pour eux, néanmoins les retrouver, c'était un peu comme avoir des nouvelles de Elvira, affirmer qu'elle avait un bon début.

     

     Marie José, heureuse d'être libérée du chien, entreprit d'inspecter le salon en ne toucher à rien. Jamais elle n'aurait imaginé que sa collègue vivre dans un pareil espace. C'était lumineux, chaleureux. Les murs étaient recouvert de tableaux, mais pas seulement, pour casser l'espace, l'impression de longueur, trois largeurs de briques en relief avait été additionner. C'était du plus bel effet. La cuisine d'Elvira enlaidissait (était-ce possible plus ?) celle de Philippine. C'était une cuisine équipée moderne, d'un ton gris clair. L'appartement était parfaitement rangé.

     

    Les deux femmes se rejoignirent devant la porte d'entrée. Contre le mur, à sa gauche il y avait un meuble d'accueil pour chaussures, parapluie, et manteaux. Sur l'un des crochets, le sac à main de Elvira se tenait tout contre la veste qu'elle prenait pour aller travailler.

     

    Sans gène, Philippine s'en saisit sous les yeux médusés de Marie José. Elle l'ouvrit, le fouilla pour en extraire le téléphone portable.

     

    - On sait maintenant pourquoi elle ne décroche pas, ne répond pas aux SMS.

     

    Et les clés de l'appartement. Le trousseau avec le porte clé papillon.

     

    Les deux femmes échangèrent un regard. Comment était-ce possible ? Elles le connaissait ce papillon en métal argent, avec une aile bleue, une verte, une autre violette et la dernière jaune. C'était le porte clé de la clé de l'appartement.

    Elles le savaient et voulaient douter, parce que ce n'était tout simplement pas possible.

    Philippine, histoire d'en avoir le coeur net, ou de les paniquer complètement,   referma la porte qui avait été laissé entrebâillée, puis la verrouilla à clé. Puis la déverrouilla et récupéra la clé. Le doute qui n'existait pas, ne pouvait pas naitre : elles avaient en leur possession la clé de l'appartement.

     

    Comment la porte pouvait elle être fermée à clé alors que la clé était dans le sac à main ? Marie José n'était jamais allée chez Elvira contrairement à Philippine. Mais ne faisions nous pas tous pareil ? De toute façon quelque soit la technique la clé doit toujours être du même côté de la porte que son utilisateur. Que Elvira après être entrée, ait préférer jeter la clé au fond de son sac plutôt que de la placer dans la serrure côté intérieur, c'est un détail. Ce qui était essentiel et grave c'est qu'elle ne soit pas chez elle, que la porte soit fermé à clé, et que la clé soit dans le sac à main.

     

    Elvira n'était pas chez elle, elle était donc sortie. La porte aurait pu être juste fermée, non verrouillée. Igor, Marie José, Bernard, Philippine, tous à tour de rôle avant appuyer sur la poignée : c'était fermé à clé. Elvira avait verrouillé avant de partir. Chose logique.

     

    Comment donc la clé avait-elle pu se retrouver à l'intérieur du sac, à l'intérieur de l'appartement ?

     

    Il faut appeler la police avait articulé Marie José et Philippine avait penser à son mari.

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 26 Septembre à 08:44

    ça se complique. Bon j'adore le passage "ah, quelle horreur, un chien qui a des droits dans une maison", bien souri.

    Après,  c'est bien vu le contraste entre les deux protagonistes.

    Bon pour la clef, je vais être très rationnel : les doubles ça existe ...

      • Mardi 26 Septembre à 09:38

        Un jour quelqu'un chez moi à vu Anton monter sur le canapé, comme Helmut, tranquillement, une patte après l'autre. Si tu avais vu le visage se décomposé.. Je ne me souviens plus des mots, mais "comment pouvais-je laissé faire ça ?" . Cela valait un personnage de roman.

      • Mardi 26 Septembre à 12:29

        S'il voyait les minous ici il aurait une attaque !

    2
    Mercredi 27 Septembre à 21:50
    erato:

    Quel dommage cette réaction anti chien! Je souris à son attitude quand elle se lève du fauteuil!

    Les doubles de clés existent mais ce qui est inquiétant c'est que le sac et son contenu soient là.

    Cette absence est quand même inquiétante.

    Belle soirée à la Résultante

    3
    Jeudi 28 Septembre à 00:09
    Dani et ses Chats

    Elle est à l'hosto ...

    et n'a pris qu'un double des clés.

    D'ailleurs ce n'est pas elle qui les a prises,

    ce sont les pompiers.

    Ils ont décroché les clés du porte-clés accroché au mur,

    car elle était dans les vap !  ^-^

    J'adore quand Marie-José s'essuie les fesses après s'être

    assise dans le fauteuil d'Helmut  LOL  

    Qui dort sur le canapé ce soir chez moi ?

    Floflo le Balafré.

    Demain j'aspirerai.

    Ici les chats montent partout.

    Et des endroits où nous, nous ne monterons jamais  ;-)

      • Jeudi 28 Septembre à 08:51

        Quelle imagination !

    4
    Jeudi 28 Septembre à 20:33

    Vous avez vu le titre du roman ...

    Cela va vous laissez le temps d'affiner vos idées.

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