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Je déteste voir un membre de ma famille débarquer au boulot. Sous prétexte que c'est un magasin, ils s'imaginent que les visites sont autorisées. Voir Lukasz assis sur le Neptune m'a mise dans une colère noire. Si j'avais eu la force d'un mec, je l'aurais jeté dehors.

 

Et j'aurai eu tord. Vraiment tord.

Il a dit un truc auquel je n'avais jamais pensé.

 

Tellement concentrée sur ma petite personne, je ne me suis jamais mise à la place de Mickaelle. Et pourtant je ne pensais faire que ça.

 

Depuis que je me souviens avoir allumé les bougies, je veux que Samuel le sache pour innocenter Mickaelle. Je ne pense qu'à elle. Je veux me sacrifier pour elle. Elle était ma meilleure amie, je lui dois donc secours.

 

Avant j'avais des cauchemars, je ne comprenais pas pourquoi cet enfant prétendument inconnu brûlait dans mes nuits. Maintenant que je dors bien, que je me rappelle l'incendie, j'ai deux  obsessions : Les cicatrices de Samuel et la mise à l'écart de Mickaelle. Alors oui j'étais persuadée de ne penser qu'à elle.

 

Je ne pensais qu'à moi. Sans le savoir Lukasz me l'a fait réaliser.

 

Je me disais que si Samuel savait qu'elle était innocente, elle serait réhabilitée. Un frère ne peut pas vouloir vivre sans avoir des nouvelles de sa soeur. Oui j'étais persuadée que le jour où Samuel me saurait l'incendiaire, il regretterait la perte de sa soeur. Kara Anne a même ajouté hier soir que si Solange avait assez d'aplomb pour nous mentir, elle ne saurait pas rester de marbre dedans les questions de son fils. Elle lui avouerait où elle se trouve.

 

Déjà nous nous imaginions heureuse d'accueillir Mickaelle chez nous.

 

- Tu crois qu'elle aime les chats ? A plaisanté Kara Anne pour alléger la conversation.

- Tu as bien appris toi, si elle ne les aime pas encore, on lui apprendra, ai-je répliquée convaincue de nos avenirs liés.

 

C'est fou mais déjà nous l'imaginions notre future amie. Qu'y a-t-il de plus beau dans la vie que de retrouver un ami ou un amour perdu ? En découvrir un nouveau ? Non retrouver un ancien c'est beaucoup plus fort. Il y a de la consolation sous l'amour donc c'est plus fort.

 

Nous ne la rencontrerons jamais. Lukasz a raison.

 

Jusqu'alors j'avais l'impression de vouloir me dénoncer pour la réhabiliter.  Je ne pense qu'à elle ai-je affirmé à Kara Anne plus d'une fois. J'en étais tellement persuadée que j'en ai convaincue Kara Anne. Comme moi, elle veut que Samuel sache l'innocence de sa soeur, même si pour cela il faut qu'il me haïsse pour la vie ... Et peut-être sa mère aussi. Son père, lui est sauvé par la Mort.

 

Kara Anne a prévu qu'il casse deux trois objets dans la maison, mon nez aussi peut-être. Quand il viendra, il faudra juste cacher les quatre chats. Pas dans les chambres, maintenant qu'elles ont leur chatière, ils en sortent comme bon leur semble, même Macha qui expérimente tout après les autres. Ah elle n'est pas téméraire celle là ! C'est la moins tricolore des deux mais la plus Arlequin de caractère.

 

Toutes les vérités sont bonnes à dire, surtout les plus douloureuses. Sur ce point l'une l'autre nous n'avons aucun doute.

 

Kara Anne me soutient à fond dans ma volonté de tout raconter à Samuel. Comme elle n'a la spontanéité que de ses élaborations mentales, elle réfléchit à l'ordre des phrases, au lieu, au moment opportun. Jamais de ma vie je n'ai fait ce genre de truc. Je fonce. Parfois je m'écrase, ok mais est-ce plus souvent qu'elle qui a tout calculé avant ? Pas certaine.

 

 

Lukasz entre sans prévenir sur mon lieu de travail. Il s'assied avec son pantalon de paysagiste sur le Neptune rouge non loin de la vitrine. Je vois rouge, alors plus rouge que le cuir. Et il ajoute que je dois me taire. Oui. Si j'avais été un mec, je l'aurais pris par les bretelles (ok il n'en a pas), et je l'aurais sorti d'un coup de pied au cul, même si je ne peux pas être à la fois devant lui pour le tirer par les bretelles et derrière ses fesses pour lever le pied. L'essentiel est que je me comprenne. Si j'avais été un mec, je l'aurai jeté dehors. Je suis une fille, mon patron est dans le bureau qui a une fenêtre ouverte sur la boutique, je me suis donc assise, bien sagement, sur le cabriolet à la droite du Neptune et j'ai supplié dans un murmure à Lukasz de disparaitre au plus vite.

 

Évidemment il n'en a rien fait.

Mickaelle est mieux sans frère, ils n'accordent jamais de valeur aux volontés de leurs soeurs.

 

J'avoue.

Il a eu raison de rester pour déverser son idée.

 

Voilà sa logique : Si nous : papa, maman, lui et moi nous nous souvenons parfaitement que Solange et Mickaelle étaient absentes de leur maison quand Samuel a été brûlé, il n'y a aucune raison pour que Michaelle l'ait oublié. Elle sait donc depuis toujours qu'elle n'a jamais fait de mal à son frère. Elle doit très bien se souvenir être revenue de chez le coiffeur en larmes à cause de ses cheveux trop courts et de nous découvrir tous les quatre également en larmes dans sa cuisine. Pareillement elle doit ne pas avoir oublié son installation chez nous, dans ma chambre, jusqu'à notre déménagement moins de dix quinze jours plus tard. Le feu elle n'en a rien vu. De la fenêtre de ma chambre le seul spectacle auquel elle pouvait encore assisté était un désolant amas de planches brûlées, de poupées, de peluches et autres jouets de fillettes calcinées. Pour bien éteindre l'incendie de la cabane, les pompiers avaient étalés les objets sur la pelouse ce qui donnait l'impression que la cabane avait eu dix fois plus de surface au sol. Solange et Gérard pris entre leur emploi et leurs allers retours à l'hôpital ne se souciaient pas de nettoyer leur gazon. Tout est resté en l'état au moins jusqu'à notre départ. Je m'en souviens très bien. Comme je me souviens très bien combien Mickaelle pleurais ses beaux et longs cheveux disparus.

 

Si depuis ses trois ans Samuel accuse sa soeur, depuis tout autant de temps elle se sait innocente. C'est incroyable mais cette pure évidence ne m'avait jamais traversée l'esprit. Peut-être car j'ai vécu quarante cinq ans sans me souvenir ... Non si je ne m'en étais pas souvenue je m'aurais pas pu m'en souvenir. Alors quoi ? J'ai passé quarante cinq ans ... Comment  ? ... Si ce ne fut de l'oubli qu'était-ce ? Du déni ? De L'amnésie ? Un système de protection à n'en pas douter.

 

Au début Mickaelle est une enfant, elle ne peut donc se défendre contre ses propres parents, mais comme nous elle a vieilli de 45 ans, elle a donc eu tout le loisir de rétablir la vérité. Elle a eu mille fois la possibilité de contacter Samuel. Mais elle ne l'a pas fait.

 

 Elle n'en a rien fait.

 

 

Samuel n'est pas allé au repas de maman, Marie Pierre y a été seule.

Bien fait. Ok c'est mesquin.

 

A maman, Marie Pierre a raconté qu'il avait un engagement de dernière minute impossible à refuser. A Zofia elle a avoué qu'il n'avait pas eu envie d'aller chez les parents du mari de la nouvelle copine de sa femme. Bien logique en soit !

 

Maman a tout de même sorti les albums photos de nos enfances et Marie Pierre a été condamnée à regarder Samuel et Mickaelle tous mômes. Évidemment elle n'a pas été sans devoir raconter aussi tout ce qu'elle avait appris de l'enfance de son mari et de sa relation à sa soeur Mickaelle.

 

Au début les parents, dépassés par ce qui arrivait à leur fils, et ne nous ayant plus pour nounou, avaient envoyée leur fille chez une tante.  Où ? Marie Pierre n'en avait pas la moindre idée. Elle ne pouvait même pas affirmé qu'elle était restée dans le département, voir la région Bretagne. Ils l'avaient protégée tout en s'en libérant.

 

Ensuite, ça je le savais déjà par Kara Anne, ils avaient déménagé sur la région parisienne pour être au plus près de l'hôpital où Samuel allait devoir séjourner par périodes, pour ses 24 opérations. Pauvre gosse !

 

Une fois dans leurs nouveaux murs, les parents avaient voulu récupérer Mickaelle. Elle avait refusé. Ils ont cherché à plusieurs reprises à la reprendre, mais Mickaelle s'y était toujours opposée.  Jamais elle n'avait voulu retournée vivre avec eux. Jamais.

 

Pour Solange et Gérard ce fut une terrible douleur, aussi le sujet Mickaelle devint tabou et au final pour Solange, Mickaelle n'avait jamais vu le jour, elle n'avait qu'un fils : Samuel. Samuel qui savait très bien qu'elle racontait à qui voulait l'entendre que son fils unique avait une maladie de peau. Il connaissait l'histoire officielle. Lui gardait cicatrices et colère envers sa soeur. Gérard ? Gérard ne parlait pas. Marie Pierre n'avait jamais vraiment su quelles larmes son coeur pleurait. Il était un homme fermé. Un survivant plus qu'un bien heureux.

 

Mickaelle avait choisi de suivre un CAP. Lequel ? Quelle branche ? Marie Pierre l'ignore. Elle ne voulait pas faire d'études, elle voulait pouvoir travailler, être autonome rapidement. Et pour cause !

 

Très peu de temps après sa majorité, elle est partie une semaine avec des amies en Belgique, dans la famille de l'une d'elle. Les amies sont revenues, mais pas Mickaelle. En vérité il n'avait jamais été question pour les filles que Mickaelle les accompagne. Elle n'était donc jamais partie avec elles. Mais elle était partie.  Comme elle était majeur, ce ne pouvait être pris telle une fugue.

 

Plus personne n'a eu de nouvelles d'elle ensuite.

 

Mickaelle et Samuel ne se sont pas vu depuis le matin de l'incendie, sur la volonté de Mickaelle. Puis l'acceptation de Samuel.

 

Pour Lukasz, le fait que je sois de retour chez Kara Anne, surtout si Solange et Kara Anne continuaient à se fréquenter (ce que je doute), je risquais de devoir recroiser Samuel. Mais si peu. Nous avions jusqu'alors réussi à nous sourire, voir à nous faire rire, pourquoi cela devait-il cesser ? Je travaille dans un magasin, je maitrisais donc l'art de rester courtoise avec les pires emmerdeurs.  Je pouvais donc l'être aussi avec un mec chouette.

 

La peau de Samuel était ce qu'elle était. Que je me dénonce ou non, ne la changerait pas. Mon aveu n'aura aucun pouvoir lissant. 

 

Pour ce qui était de sa relation à sa soeur, sur  la volonté de Mickaelle puis celle de Samuel tout était au point mort. Que je parle n'y changerait rien. Mickaelle se savait innocente et elle ne cherchait pas à en persuader son frère. Pourquoi ferais-je ce qu'elle ne désire pas ?

 

A table maman n'a parlé que du fait que par le passé les deux familles étaient voisines. Si elle a bien raconté à Zofia et Marie Pierre le jour de l'incendie, ce qu'elle avait vécu, soit Lukasz descendant de ma chambre où je dessinais comme une gentille petite fille sage que j'étais, l'action des deux pères, son appel aux pompiers, le départ de Samuel pour l'hôpital, l’hébergement de Mickaelle, elle a tu ma responsabilité. Lukasz ne l'avait appris  que par papa  en tête à tête.

 

Il m'a promis qu'il ne le dirait jamais à Zofia. Ni même à Janko. Et il ne doutait pas que les parents se tairaient également. Si ils avaient voulu raconter ma responsabilité, ils l'auraient fait à table. Marie Pierre et Zofia se sont questionnées sur la raison du début d'incendie. Les hypothèses de l'époque ont refait surface. Et le mot accident est arrivé pour conclusion.

 

Ma culpabilité restera un secret entre papa, maman, lui et moi, sauf si j'étais idiote m'a fait remarquer mon frère. Sauf si j'étais idiote.

 

Pour lui tout est fini. FINI.

 

Il avait du rencontrer Samuel pour la clôture. Elle était en place. Plus rien n'unissait les deux familles côté hommes. Pour les femmes, Marie Pierre et Zofia allaient probablement s'échanger encore quelques mails, quelques sms mais dans un trimestre elles se seront oubliées. C'est toujours comme ça que la vie se passe. On rêve de nouveauté, mais à chaque changement, on œuvre pour le gommer de l'existence et retrouver la routine d'avant. Et donc le rêve de nouveauté.

 

Il a probablement raison. D'accord, il a totalement raison. Si Mickaelle se tait pourquoi parlerais-je ?

 

En partant Lukasz a bien insisté : c'est fini. Le sujet est clos. C'est fini.

 

 

Mes yeux reste fixée au Neptune, au cuir rouge où Lukasz n'est plus.

 

Dehors, de l'autre côté de la vitrine, le ciel est d'un beau bleu. Ce soir avec Kara Anne on va assembler dans chacune des chambres les arbres à chats que j'ai acheté sur internet et qui ont été livré ce matin au magasin, qui sont déjà dans ma voiture. Kara Anne n'est pas encore au courant. La soirée va être riche en éclat de rire.

 

Lukasz à raison, c'est fini. Samuel ne brûle plus, dans mes nuits. C'est fini.

 

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S
Oui en partie.<br /> Mais je t'ai promis que tu la connaitrais.<br /> Tu vas comprendre avec l'article que je vais écrire de suite.
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J
Voici donc l'épilogue. Commentaire à chaud, mais je relirai à froid. L'énigme de Mickaelle s'est tout de même levée (en partie). Les brûlures semblent se cicatriser un peu en fin de roman. Merci pour ces moments de réflexion et ces tranches de vie.
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D
Je lirai tout à la suite si tu le permets  :-)<br /> Biz
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