Un père - Une mère - Une fille aînée - Un fils - Une seconde fille :
Composition d'une famille banale / normale.
Ce livre n'est pas un roman
c'est une addition de 3 récits d'enfance.
Ce texte fait comprendre 2 points essentiels :
1) Il n'y a aucune vérité.
2) L'absence de bonheur est plus grave que la souffrance.
1)
Les trois enfants ont vécu sous le même toit, ont assisté à des mêmes scènes et pourtant personne ne témoigne comme un second. L'émotionnel enveloppe chaque traumatisme d'un voile qui aide à mieux supporter la vie.
Je me souviens avoir entendu Boris Cyrulnik avoir dit qu'il se souvenait parfaitement avoir sauver sa vie en se cachant sous un mort. Il l'avait dit et redit autour de lui, comme moi j'ai des dizaines de fois raconté une histoire où enfant, j'avais fait quelque chose puis articulé une phrase lourde de sens. Un jour, avait continué Mr Cyrulnik, une vieille femme avait demandé à le rencontrer. Ce qu'il avait accepté. Elle lui a alors raconté qu'elle était avec lui dans le camion qui l'avait sauvé mais que à aucun moment il ne s'était réfugié sous un mort. En l'écoutant il avait revu l'épisode de son passé et alors le corps mort avait disparu. Moi, c'est en racontant pour la énième fois la situation qui m'avait fait prononcer une affirmation qui me semble tellement bien me résumer, que j'ai réalisé que c'était tout bonnement impossible. Une partie de l'action prétendue se déroule en un lieu qui n'existe simplement pas.
Tout le long des pages le témoignage d'un enfant
est contredit par celui des deux autres.
Il ne faut pas y voir un tissus de mensonges,
bien au contraire,
jamais un récit de vie n'a été (à mes yeux) plus éloquent.
Il y a le fait et il y a l'archive que l'on en garde.
Trois cerveaux = trois archives = trois faits pensés / ressentis vrais mais tous aussi faux les uns que les autres.
Il est essentiel de savoir cette réalité quand on a la volonté de comprendre l'espèce humaine.
2)
Les trois enfants devenus adultes affirment par des mots différents
une même observation :
Ce qui reste le plus dans le corps et l'âme d'un ex enfant maltraité
ne sont pas les souffrances subies
mais
l'absence de souvenirs heureux.
Je n'avais encore jamais lu cette observation dans aucun ouvrage
de témoignage de souffrances subis sur le temps de l'enfance.
Et pourtant comme c'est juste.
Les souffrances s'effacent avec les années.
Et comme il n'y a aucun souvenir heureux
alors l'enfance représente un vide, juste un vide.
Et on devient des adultes sans enfance, tout simplement.
Alors on n'est plus un enfant maltraité
on est un adulte avec un gouffre pour passé.