• 14

    Kara Ann doit dormir comme un bébé maintenant, mais moi je fais quoi ?

     

    Elle ne fut que joie et soulagement. Elle m'a serrée dans ses bras tellement elle était heureuse de ne pas voir Samuel dans mon lit. Elle a cru que je me faisais violer par le fils du dragon.

     

    Pour emmerder Solange ce serait marrant de coucher avec son fils. Elle serait verte si il était fou de moi !

     

    Kara Ann est soulagée de ne pas voir Samuel dans mon lit.

     

    Ce serait pourtant plus simple si un Samuel avait été entre mes draps.

     

    Je n'en peux plus.  Je suis exténuée.

     

    Quand je me suis retrouvée face à la maison qui brûlait, je me souviens bien avoir été comme hypnotisée par les flammes. L'immense gifle que Jean Christophe m'a flanquée, m'a à peine sortie de ma torpeur. Je n'ai rien compris à son comportement, à ses reproches. Je serais incapable de répéter une phrase qu'il m'ait dite. J'étais comme sur une autre planète. C'était un peu comme un montagne : deux scènes tournées sur un même lien, à deux moments différents, présentaient superposées.

     

    Kara Ann vient de me dire quelque chose d'étrange. "Peut-être que cela l’arrangeait." Je n'y avais jamais pensé. Et pourtant ... C'est vrai. Pourquoi ensuite jamais il n'a répondu à mes messages, mes demandes de rencontre ? Cela expliquerait peut-être aussi qu'il ait montée les filles contre moi. Qu'une femme ait un amant ne peut arranger qu'un mari qui veut la quitter pour refaire sa vie avec sa maitresse. Cela tient la route. J'en sais rien. J'm'en fous. Notre couple me semble si loin. C'est fou comme toute ma vie d'avant me semble tellement engloutie dans un passé lointain.

     

    Après son départ, je me souviens très bien suffoquée "il brûle, il brûle, il brûle, il brûle, il brûle, il brûle, il brûle ..." Je me souviens être tombée assise sur le trottoir, entre un gros camion et une voiture. Je me souviens de ma jambe qui tremblait.

     

    Je me souviens tout aussi bien qu'à son arrivée, Lukasz m'ait demandé : qu'est-ce qui brûle. Je me souviens qu'il avait cru à un objet, alors il avait fait la liste des trucs auxquels il tient. Tous ces trucs qu'une maison peut stockée. Je me souviens lui avoir répondu invariablement, juste, encore et toujours "il brûle". Au final il a pensé à Guénady. Il a pensé que j'étais sous le choc face à ma maison en flammes car j'imaginais que mon chat y avait péri. Ce n'est pas glorieux, mais je ne me suis inquiétée pour Guénady qu'une fois chez Lukasz, le lendemain, au petit déjeuner quand Aloïse m'a demandée où était mon chat.

     

    Lukasz est arrivé sur le tard. Le feu se finissait et ma crise aussi. Ensuite, sur les jours suivants avec Lukasz et Zofia quand nous avons reparlé de l'incendie, il ne restait plus que cette phrase "Il brûle" et aussi étrange que cela puisse paraitre, jamais je n'ai été capable de dire qui ou quoi était ce il. Jean Christophe seul le savait mais Jean Christophe nous fuit.

     

    Quand Kara Ann a hurlé en entrant dans ma chambre et allumant la lumière, je me suis assise d'un bond dans mon lit, et comme avec Lukasz j'ai cent fois suffoqué " il brûle, il brûle, il brûle, il brûle...". Vingt, trente, ou quarante fois, autant de fois qu'il a fallu pour me faire revenir à la surface de ma conscience, Kara Ann m'a affirmée que Samuel ne brûlait pas, qu'il n'y avait aucun feu, aucun Samuel, que ce n'était qu'un cauchemar.

     

    Samuel.

     

    Face à ma maison en flammes, avant d'articuler "il brûle" j'avais hurlé le prénom de Samuel. C'est pour ça que Jean Christophe m'a giflée, c'est pour ça qu'il m'a abandonnée devant la maison en flammes. Pour lui, au moment où je perds tous mes biens, et mon chat peut-être, je ne suis que pensées pour mon amant. Et ça il ne le supporte pas. Ce qui est compréhensible.

     

    Depuis l'incendie environ toutes les trois nuits je rêve de flammes. C'est l'enfer.

     

    Kara Ann m'affirme ne m'avoir encore jamais entendue parler dans mon sommeil. LuKasz, Zofia et les enfants ne m'ont jamais dit m'avoir entendue. Pourtant je hurle face aux flammes, encore et encore, nuits après nuits. Je me réveille en sueur comme si j'avais été réellement face à une fournaise. Et toujours je suffoque "Il brûle, il brûle, il brûle".

     

    Kara Ann m'a dit que j'ai du entendre Samuel prononcer son prénom au répondeur. C'est vrai. Oui je l'ai entendu parler. Je me suis même fait la réflexion que Kara Ann n'était pas si nonne que ça. J'ai cru qu'il s'agissait d'un homme qui lui tournait autant. Grave erreur, c'est Dragon junior.

     

    Les rêves sont fait en langage parabolique. Pour moi c'est encore plus du chinois que le langage des signes que Kara Ann s'amuse à m'enseigner.

     

    Oui ok c'est possible d'entendre un truc dans la journée puis de le retrouver dans son rêve de la nuit suivante. Mais là il ne s'agit pas de ça.

     

    Quand j'ai vu ma maison en flammes, mon corps, mon âme, mon esprit se sont enflammés : Samuel brûle. Les pompiers qui ont l'habitude des réactions lors de drames ont cru que Samuel étaient réellement dans la maison. Ils m'ont demandé où je pensais qu'il se situait, dans quelle pièce, à quel étage. Et qui était Samuel : un bébé, un adulte, un animal. J'étais tellement sous le choc qu'ils se sont tournés vers Jean Christophe. Ils ont compris que j'étais incapable de leur répondre. Ensuite, ils ont voulu m'hospitaliser. Ils savaient que je ne simulais pas. C'est pour ça qu'ils ont téléphoné à Lukasz. Je ne pouvais pas être laissée seule.

     

    Je comprends que je rêve de flammes. C'est choquant de voir sa maison réduite en cendres. Mais qui est Samuel ? qui est Samuel ? Pourquoi je m'inquiète pour un être qui n'existe pas ?

     

    Est-ce possible que j'ai oublié que je connaissais un Samuel comme j'ai oublié que j'ai hurlé ce prénom voilà un mois ?

     

    Mais pourquoi "il brûle" ? Jamais avant je n'avais assisté à un incendie.

     

    Kara Ann a peut-être raison, je devrais peut-être consulter un psy. Mais je suis fille d’émigrés, alors je vais devoir passer quinze années sur un divan pour évoquer la Pologne où je n'ai jamais mis les pieds. Je n'ai pas besoin d'un spy, j'ai besoin d'un pompier pour éteindre mes cauchemars.


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  • 13

    23h49.

     

    J'entre dans la cour. Je coupe le contact, l'horloge s'efface.

    Je vais très bien.

     

    C'est fou comme on se laisse entrainer par une minuscule émotion qui fait boule de neige. La théorie du complot ! Un attentat : complot judéo-maçonnique. La France catholique menée par les Juifs et les Francs-maçons. Les médias intelligents n'arrivent pas à tuer cette idée absurde. C'est peut-être car à l'intérieur de chaque homme il y a une même théorie du complot.

     

    Quand j'ai quitté la maison j'étais sans dessus dessous, persuadée d'être persécutée par Halka et son complot de m'isoler de Solange. Parler avec Bénédicte m'a permis de comprendre combien j'avais amplifié la situation. Il lui a suffit de me faire penser à Jérémia. Jérémia qui a quitté son emploi alors que c'était sa femme qui était la source de tous ses malheurs. Et il le savait. Mais savoir ne suffit pas toujours pour agir raisonnablement.

     

    Elle a raison Béné. Avoir quitté l'appartement ce fut pour moi un peu comme ne plus être veuve. Et être veuve c'est toujours être la femme de son mari. A l'appartement on m'avait connue avec Xavier. Là-bas j'étais à lui, en son absence comme du temps de sa présence. Ici je suis une femme seule. Célibataire, divorcée, veuve, les gens ne se posent pas la question, je suis seule. A la maison je n'ai plus de passé, j'ai juste un avenir. Un avenir où seule je vais devoir tout gérer. A l'appartement je suivais la mémoire des volontés de Xavier.

     

    Elle a raison Béné. Combien de fois ai-je répondu, "Xavier n'aime pas" pour justifier une impossibilité, quand Xavier n'était plus là. La Mort ne nous a pas séparés. La Mort me l'a enlevé, juste enlevé de devant les yeux. La Mort n'a nul autre pouvoir.

     

    Elle a raison Béné. J'ai pris Halka chez moi pour reculer le jour de mon face à face avec moi-même. Halka l'inconnue me faisait moins peur que Kara Ann  l'inconnue.

     

    J'ai rejeté tout ce qui venait d'elle pour ne pas avancer. Halka est vivante. Elle est tellement loin de ma stagnation morbide. Sa simple présence m'entraine. Elle me fait peur comme petite j'avais peur quand sur mes patins à roulettes papa me poussait en courant. Jade Marie adorait la vitesse qu'il créait, elle adorait filer plus vite que le vent. Elle lui criait des "plus vite, plus vite" et cela finissait toujours par des éclats de rire, entre eux. Moi, j'avais peur. Je suppliais des "arrête, arrête", je voulais me retourner pour me blottir dans ses bras, m'y protéger, et je finissais en larmes, écorchée au sol. Je décevais mon père, au sol lui aussi. "On ne peut pas jouer avec toi" me lançait son regard juste avant qu'il ne se détourne de moi et aille se poser sur ma sœur avec qui il avait une si grande complicité.

     

    La peur d'avancer m'a toujours habitée.

    La vitesse m'a toujours paniquée.

     

     

    Je ne suis accrochée à Solange comme si elle était mon nouveau bâton de pèlerin. Je lâche Xavier ok, mais illico je m'accroche à un autre. Et ce fut Solange. Je n'ai donc aucune autonomie ? C'est pathétique à 43 ans.

     

    L'idée de poser une barrière entre elle et moi me parut inacceptable. Halka voulait me faire avancer plus vite que je ne le peux. C'est probablement pour ça que la vie nous a fait nous rencontrer. Sans elle,  je me serais greffée à Solange de la même façon que nous l'étions au travail. Elle impose, je mets tout en œuvre pour la satisfaire. Sans elle, je ne m'en serai même pas aperçu. Sans l'évocation de la clôture je n'aurai jamais visualisé combien déjà je me greffais à Solange. Si obsédée par mon éloignement de Xavier je n'ai rien vu s'installer. Sans Halka je serais passée d'un tuteur à un autre comme l'a résumer Bénédicte.

     

    Béné a raison, ce n'est pas une barrière au centre d'une pelouse, barrière avec portail de surcroît, qui va nuire à une amitié.

     

    Je vais la faire cette clôture.

     

    Et je vais prendre Youpi. Ma petite Youpi. En tournant la clés dans la serrure de la maison je ne sais pourquoi cette affirmation me traverse l'esprit. Je ne le sais, mais j'en souris. Ma petite Youpi !

     

    Je suis heureuse.

     

    Dans le noir du salon, je vois le répondeur qui clignote.  J'allume la cuisine et m'avance vers lui en ne pensant qu'à Guénady. Halka doit dormir, je n'ose pas l'appeler autrement que tout bas. Un chat n'est pas un chien, disent certains, il n'accueille pas. Bénédicte affirme le contraire. La petite Sara est toujours derrière la porte quand elle entre. Seul Soinile reste en retrait. Parce que son territoire ne comprend pas le rez-de-chaussée. Guénady vit seul, son territoire s'étend sur toute la surface de la maison.

     

    - Bonjour c'est Samuel, tu me rappelles.

     

    Un message. Samuel. 23H56. Je l'appellerai demain soir. J'irai voir Solange avant. Limite c'est elle qui le rappellera. Je ne veux pas qu'un froid s'installe entre nous.

     

    Sous le téléphone Halka a glissé son chèque pour la semaine prochaine. Je suis heureuse de ne pas lui avoir demandé de partir. Ce soir ma colère de vendredi me semble tellement excessive.

     

    Guénady se frotte contre ma jambe. Quel bonheur. Bénédicte a probablement raison, je ne devrais pas donner les arbres à Guénady quand il partira, je devrai aller à la SPA pour adopter un oublié de tous. Youpi ne sera pas une oie mais un chat.

     

    - Dis Geaidydy, tu crois qu'un chat et une oie pourrait s'aimer d'amour tendre ? T'es vraiment lourd toi.

     

    Guénady dans les bras, je monte l'escalier. Tout à coup je me sens fatiguée. Épuisée même. A la cinq ou sixième marche je réalise que j'ai laissé mon bagage dans le salon. Il a glissé de mon épaule quand je me suis baissée pour soulever Guénady du sol. Qu'importe, je continue mon ascension. C'est étrange comme je me sens si bien dans cette maison, ce soir. Son espace intérieur, son silence extérieur ont toujours gardé en éveille une peur en moi, mais là, dans l'escalier, je me sens heureuse comme il y a bien longtemps je ne l'ai pas senti. Je respire la fourrure noire. Est-ce l'effet ronron-thérapie ?

     

    Pour ouvrir la porte de ma chambre je bascule tout le poids de Guénady sur mon autre bras. Alors, en déséquilibre il bondit toutes griffes dehors. Comme moi il a entendu un cri. Quoi ?

     

    Il a bondi. Je me suis figée.

     

    Le silence est total. J'écoute, j'écoute plus fort. Rien. Un bruit de vent qui file sur la toiture, léger presque rien. J'écoute encore, encore. Rien.

     

    Rien.

     

    Ce silence fait peur.

     

    Dans un immeuble il y a toujours une télé allumée chez un voisin, une voiture qui passe dans la rue, un bébé qui pleure, un bruit d'ascenseur. Ici rien.

     

    Plus j'écoute, moins j'entends, plus je me fais peur.

    Je suis ridicule.

     

    J'ouvre ma chambre, allume et éteint la lumière de l'escalier.

     

    - Non.

     

    Je ne suis pas folle, j'ai entendu non, un non.

     

    - Samuel, Samuel.

     

    Samuel ? Samuel ! Samuel est dans la chambre d'Halka ! Mais il est marié. C'est pas possible !

     

    Je referme la porte de ma chambre, je ne veux pas entendre. Comment peut-elle faire ça ? Elle vient chez moi et elle prend un amant !

     

    Mais ce que je peux être  conne ! Il n'y a que moi à vivre sans sexualité. C'est fou comme on peut être étroit d'esprit. Pas une seconde je n'ai pensé qu'avoir une colocataire induisait rencontrer son amant.

     

    - Samuel NOOONNNNNN. NON.

     

    halka hurle.

     

    - NON. NOOOOONNNNNNN.

     

    Mon Dieu c'est un viol. Ah! mon Dieu.

     

    Mon coeur s'emballe, mes yeux cherchent quelque chose, une arme, quelque chose. Vite, vite. Je panique, je panique, il faut que je me calme, mon Dieu.

     

    - NOOOOOOONNNNNNNNN. Samuel ........  Samuel.

     

    Mon dieu au secours, au secours. Je n'ai même pas mon téléphone, il est dans mon sac en bas.

     

    Je sors de ma chambre, je suis morte de trouille. Comment peut-il faire ça. Mon Dieu. Courage, courage courage.

     

    - Samuel NONN.

    - Arrête.

     

    Le cri d'Halka et le mien s'unissent pour déchirer la nuit au moment où j'ouvre la porte de sa chambre en grand.


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  • 12

    Tu viens me consoler Geaidydy, c'est gentil.

     

    Tu vois quand je t'ai vu, la première fois, il y a presque quatre semaines, j'avoue que je n'ai pas aimé qu'elle arrive avec un chat. Tu étais le négatif d'Halka. Et bien tu vois à cette seconde, tu es la seule chose de positive qui vienne d'elle. Si là elle était en train de faire ses valises, je dirais un gros OUF, mais j'aurai une pointe de peine de te perdre. Malheureusement elle ne fait pas ses bagages et vu comment vont les choses, je m'attends à ce que dimanche elle me donne l'argent pour rester une semaine de plus.

     

    Tu vois Geaidydy, quand Solange m'a annoncé qu'elle allait vendre la petite maison au fond de sa pelouse, que Gérard avait si bien rénovée, j'ai cru là à un nouveau soleil dans ma vie. Je sais bien que depuis la mort de Xavier je me traine, je souris en surface mais je suis éteinte à l'intérieur. Alors tu vois, j'ai eu comme une lueur d'espoir. Je me suis mise à m'imaginer dans cette petite maison, à unir ma vie à celle de Solange. Tu vois j'ai imaginé des dimanches sans solitude, des soirées autour d'un verre, des projets en communs. Oui, une lueur d'espoir est née, a grandi en moi.

     

    Avoir un humain avec qui partager.

     

    Tu vois Geaidydy, on croit que le plus dur c'est de lutter seul, de n'avoir personne quand on a un problème. Ce n'est pas vrai. Tout problème a une solution et donc il y a des professionnels des solutions. Dans les pages jaunes tu trouves toujours quelqu'un pour t'aider en cas de coup dur. Non, tu vois, le plus terrible se sont les moments de joie, toutes les fois où tu as gagné, où tu as réussi, où il t'arrive un truc génial. Dans ces moments là, de n'avoir personne avec qui ouvrir, partager ce bonheur, c'est terrible.

     

    Alors tu vois Geaidydy, j'avais cru qu'avec Solange, j'aurai à nouveau quelqu'un à mes côtés pour tout partager. Mes parents, Bénédicte, ma soeur, je les sais présents mais ils sont loin, ils ont leur vie. Ils vont par deux. Solange devenait seule, comme moi. Alors oui tu vois je me suis inventée une belle histoire d'amitié.

     

    Pour un rêve j'ai mis mon appartement en vente, et en moins d'un trimestre il a trouvé preneur. Alors tu vois, j'ai cru que la vie pensait comme moi, qu'elle aussi voulait que je me rapproche de Solange. Quand on travaillait ensemble on s'entendait si bien.

     

    Elle a été heureuse de me vendre sa petite maison, elle l'a dit, redit et je la crois. Je la connais, elle ne me mentait pas.

     

    Pourquoi ai-je pris une colocataire, une semaine après mon emménagement ? La peur du vide ? Je n'en sais toujours rien. C'est vrai que de quitter mon appartement ce fut un peu comme perdre mon dernier lien à Xavier. Ici ce n'est pas chez nous, chez moi, c'est plus vaste, beaucoup de meubles sont à la maison puisque Gérard l'avait meublé, il voulait en faire un guide par une location vide. C'est vrai que je ne me suis pas sentie entrant chez moi le premier soir après mon travail. Ni même le second. Et puis il y a le silence de la campagne derrière les murs. Le bruit du centre de Rennes fait partir de ma vie. Je vivais avec depuis tellement de temps que le silence me met mal à l'aise. Le bruit c'est comme le noir de la nuit ou les cris de l'orage, pour moi c'est un épais mur de protection.

     

    Alors tu vois Geaidydy, quand Gildas ... Gildas ! Je lui avais promis de le rappeler, je ne l'ai pas fait. Lui non plus d'ailleurs. 

     

    Quand à l’hôpital il m'a demandé comment j'allais, que j'ai répondu que ma maison, nouvelle, était trop grande pour moi, et que Lukasz s'est infiltré dans la conversation pour se libérer de sa soeur, et bien, non je n'ai pas dit pourquoi pas, j'ai juste laissé faire. Lukasz avait de la motivation pour deux, pour trois. J'ai laissé faire. C'est une fois l'acceptation donnée que j'ai pensé pourquoi pas.

     

    Et puis quand Halka m'a dit qu'elle s'était sentie prise au piège, qu'elle m'a dit qu'elle ne resterait pas longtemps, et quand on a rit ensemble, plus tard, et quand je te caresse Dydy, je suis presque contente de votre présente, de m'être laisser embarquer.

     

    Mais Halka va trop loin, trop trop loin. Je ne sais pas ce qu'elle a été dire à Solange mais pour que Solange ne m'en ait pas parler au téléphone ou de vive voix c'est qu'elle doit être déçue de moi, et préfère se tenir éloigner plutôt que de me dire comme je l'ai déçue.

     

    Tu vois quand Samuel est venu (heureusement que je l'avais vu à l'enterrement, sinon je ne l'aurais pas reconnu ) j'ai cru à une visite de courtoisie. Mais quand il m'a dit être là car sa mère l'avait appelé en urgence à cause de moi, doux Dydy je te jure que je n'ai pas compris. Alors je l'ai laissé parler pour comprendre. Tu te rends compte, tu te rends compte, Halka a affirmé à Solange que non seulement je voulais une clôture entre nous mais que j'exigeai qu'elle en finance 50%. Jamais, jamais je n'ai voulu ça.

     

    Samuel trouve le projet normal, et il juge tout aussi normal que sa mère en finance la moitié. Le plus fou c'est qu'il en a déjà parlé avec un ami entrepreneur. Il a tout prévu déjà. Une visite de courtoisie !

     

    tu vois tous ces papiers là Geaidydy, et bien c'est la clôture. Les prix, les poteaux, les grilles, le portail .... Il a déjà tout pensé, calculé. Il dit qu'il n'a eu qu'à ressortir le devis de son père.

     

    Samuel est reparti comme il est arrivé : enthousiasme. Et moi, moi je ne suis que peine et désolation.

     

     

     

    Je veux que Halka parte de chez moi. Je te jure que si Xavier était là, elle serait accueilli avec une envolé du pouce et de l'index, et crois moi, il ne lui faudrait pas longtemps pour comprendre que cela veut dire qu'elle doit s'en aller sur le champ.

     

    Tu vois Geaidydy quand elle raconte que Jean Christophe lui a interdit de remonter dans la voiture, le jour de l'incendie, que trois secondes avant leur couple allait bien et que trois secondes après il était mort, j'ai toujours su qu'elle cachait quelque chose. Mais maintenant je n'y crois plus. Maintenant je pense qu'elle ne se rend pas compte comme elle a un pouvoir de nuisance. Jean Christophe a du trouver ce jour là, la force de dire stop. D'avoir tant perdu a du lui rendre sa présence insupportable.

     

    Nous sommes vendredi soir. Je ne peux pas la mettre à la porte comme ça. Je ne veux pas que tu te retrouves enfermer des jours et des jours dans une voiture faute d'avoir un logement doux Dydy. Je vais aller passer le week-end chez Bénédicte. Tu te rends compte c'est moi qui suis chez moi, et c'est moi qui m'en vais ! Josuah est en déplacement, je sais que je serais bien reçu. Et dimanche soir quand Halka me donnera l'argent du loyer de la semaine qui vient, je lui dirais que c'est la dernière.

     

    Je ne veux pas me battre. Je n'en ai ni l'envie ni la force. Je veux de la paix chez moi. De la paix. J'ai déjà perdu le bonheur, je veux garder la paix.


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  • 11

    Elle est tellement bourgeoise coincée qu'elle ne sait même plus se mettre en colère, exprimer un vrai sentiment. Elle doit serrer son dentier pour ne pas hurler contre moi.

     

    Je suis contente, mieux, je jubile. Je déteste cette bonne-femme qui n'est que mépris et supériorité. J'en ai bouffé toute ma vie de cette haine. Halka Lubomski, fille de Pawel et Alusia. Soeur de Janko et Lukasz. Sale polak.

     

    - Papa pourquoi ils disent que je suis sale, les gens ?

    - bo francuzi nie wiedza mydla do plukania jamy ustnej.

    Parce que les savons français ne savent pas laver la bouche.

     

    Il m'a fallu des années pour comprendre la réponse de mon père. Toujours la même réponse, la même sagesse, la même politesse.

     

    Je n'ai par contre toujours pas compris en quoi il était jouissif de réduire quelqu'un.

     

    En quoi cette Solange je ne sais quoi est-elle mieux que moi ?Que ma mère ?

     

    Mes parents ont tout quitté (pays, famille, meubles, bien) pour devenir de simples ouvriers chez un horticulteur. Je suis très fière d'eux. Ils ont eu un courage que beaucoup n'ont pas. Ici tout le monde râle sur tout, sans jamais agir pour changer quelque chose. Tient rien que ma collègue Nathalie ! Depuis que je la connais (onze ans) elle répète en boucle qu'elle déteste la patronne, les clients, le boulot. Onze ans ! Qu'a t-elle fait pour se libérer de ce qui la dérange ? Rien. Elle n'est même pas capable de regarder la patronne dans les yeux et de lui dire un truc, juste un petit truc qui l’horripile. Alors oui, mes parents sont des héros. Maman enceinte de moi a pris deux valises et a suivi papa qui lui aussi avait deux valises dans les mains, en plus de Lukasz qui venait d'avoir ses quatre ans, sur le dos. Ensemble ils ont quitté Mroczno pour Erbrée. 1900 km.

     

    Une famille voisine de mes grands parents paternels chez qui vivaient mes parents avait un fils embauché par un horticulteur en France. Dans une de ces lettres il avait expliqué quelque chose d’hallucinant pour mon père. Chaque année son patron embauchait une vingtaine de saisonniers alors qu'il ne lui en fallait que douze. Pourquoi ? Car les gens ne restaient pas. Dans la lettre Cyprian racontait que la première semaine son patron comptait les saisonniers le matin et le midi pour  toujours aboutir à la même conclusion : il en manquait. Mon père a vu là une chance. Ils allaient faire ce que les bretons ne voulaient pas. Aussi ils sont partis deux mois avant le démarrage de la saison. Avant de partir ils savaient juste dire "Bonjour" "Bon appétit" "Excusez moi". "Je ne parle pas français".

     

    Je suis née en France, dans une famille qui deviendra bilingue. Est-ce que cette proute-proute Solange parle autre chose que le français ? J'en doute. Elle ne maitrise que la langue du mépris. Elle ne sait même pas la langue des signes, c'est un comble pour une bonne-femme qui bossait avec eux. Ah non, elle ne bossait pas avec eux, elle est en dessus d'eux. Kara Ann a les pieds dans la merde, elle leur sert de traductrice dans les administrations, les hôpitaux, elle est là pour aider les familles qui découvrent leur enfant muet, elle joue les spy de ceux qui ne parlent pas, mais proute-proute elle, elle est plus haut, elle, elle gère les budgets, elle n'a pas à connaitre le langage de ceux qu'elle aide, elle sait qui ils sont, quels sont leurs besoins sans jamais à avoir à les rencontrer. Elle lit des rapports.

     

    Plus Kara Ann me parle de Solange, plus cette bourgeoise endimanchée me sort par les yeux.

     

    Dès qu'elle dit "bonjour" j'entends "tu n'es rien".

     

    Samedi je suis allée avec maman faire des achats. Elle avait deux bons de réduction et voulait les utiliser pour s'offrir deux hérissons pour sa collection, l'unique luxe qu'elle ose s'offrir. Elle les avait repéré depuis plusieurs semaines sans jamais songer à faire, pour eux, une entorse dans son budget. Les bons d'achats changeaient tout. Donc nous voilà parties les chercher. L'un était vraiment trop cher comparativement aux autres animaux de la collection, son prix ne semblait vraiment pas justifié. Elle a donc renoncé à son plaisir. A la caisse, elle n'avait plus besoin que d'un bon de réduction. Le second elle l'a donné a l'inconnu qui la suivant. 5€ pour 39€ d'achat. Voilà ma mère. De la simplicité, de la générosité. Solange aurait exigé une explication. Pourquoi le hérisson est l'unique pièce à 65€ alors que l'autre, plus gros pourtant n'est qu'à 41 et pourquoi la poule de la taille du petit est à 34 ? Elle aurait accusé l'employée d'avoir mal étiqueté l'article qu'elle voulait. Admettons que comme maman elle n'aurait pris qu'un seul hérisson. Qu'aurait-elle fait du second  bon d'achat ? Elle l'aurait jeté, ou gardé pour une autre occasion un autre jour. Jamais il ne lui serait venu à l'idée d'en faire profiter un inconnu. Vieille peau.

     

    Pourquoi tu as débarqué ce matin vieille peau ? Tu savais très bien qu'on est mercredi, que je ne travaille pas ce matin là contrairement à Kara Ann. Pourquoi venir alors que tu sais parfaitement ne pas pouvoir la trouver ? Tu es venue pourquoi ? Pour que ta haine m'inspire à faire mes valises ?

     

    Que de venin dans tes sourires, des répliques hautaines. Tu es venue nous offrir un gâteau. Comme c'est gentil à toi. A 8h30 du mat tu offres les gâteaux que tu cuis la veille. Tu t’emmerdais comme un rat mort, alors tu as fait un gâteau, et tu n'as pas eu envie de le bouffer ensuite, pour ne pas perdre la ligne. Alors tu l'as collé à la poubelle Kara-Ann la cruche.

     

    Oh oui elle est cruche celle-là. Ne même pas être capable de se rendre compte que sa dite amie ne l'aime pas. Je suis sûre qu'elle a gonflé le prix de la maison pour Kara Ann.

     

    On n'offre pas un gâteau à son amie juste au moment où on est sûre de ne pas la trouver chez elle, on agit comme ça quand on veut se taper son mec. Sauf que là, il n'y a pas de mec.

     

    Pourquoi Solange a voulu me voir seule ?

     

    Ce qui est sûr c'est qu'elle doit bien regretter d'être passer. Moi je suis aux anges.

     

    - Je vous fais un café, Solange ? Alors qu'avez-vous décidé comme style de clôture ? Vous êtes du même avis que Kara Ann, je suppose, l'idéale est d'installer un truc bien rigide de deux mètres de haut. Enfin 1,80. C'est la hauteur en vigueur.

     

    Le gâteau ne va pas lui rester sur les hanches puisqu'elle est repartie sans, mais la clôture va lui rester longtemps au travers de la gorge.

     

    Wiekszosc zli sa najbardziej niefortunne, Kochanie.

     

    Non papa les plus méchants ne sont pas les plus malheureux. Mais là Solange proute-proute l'est peut-être un peu.

     


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