• 91

    Châteauneuf-du-Faou

    Le 17.

    Monsieur Mon Mari,

     

    Tu te souviens de mon "secret".

    Le jour où j'ai marché vers la Zattig j'ai entendu une voix qui a articulé :

    "Au bout du chemin il y a ton mari".

     

    Je l'ai très bien entendu puisque je peux l'écrire près de 2 ans plus tard. Et pourtant....

     

    Ensuite à de nombreuses reprises tu m'as nommée TA femme, tu m'as même présentée comme telle à ta concierge, à l'homme qui a installé l'aquarium. Et puis ce fut à tes étudiantes.

     

    Pourquoi je reprends ces éléments ?

    J'y arrive.

     

    Deux jours avant de recevoir ta dernière lettre, je suis allée au supermarché. Au moment de payer, le caissier m'a demandée ma carte d'identité. Je la lui ai donnée bien sûr. Alors il m'a fait remarquer qu'elle était périmée. Il m'a dit que je devais la refaire.

     

    Pourquoi je te raconte ça ?

    Parce que je me suis  retrouvée comme devant une montagne infranchissable, non plutôt, comme devant un ours vivant sur cette montagne infranchissable. Pire l'ours et sa famille en entier. Je te jure, j'en ai suffoquée. Une panique énorme m'a envahie, j'ai dû me retenir au rebord de l'espace qui reçoit les produits que le caissier a comptabilisé.

     

    Assise dans la voiture il me fallut de longues minutes pour me calmer. J'ai déjà vécu de telles crises d'angoisse, mais il y a bien longtemps, c'était à l'époque où la cantinière prétendait que je devais aller chez le coiffeur. Cela relevait de l'ordre de l'inacceptable.

     

    Ensuite entre le supermarché et la lecture de ta lettre, dès que je songeais à ma carte d'identité, à mon malaise, dans le but de le comprendre, je retombais dans le même état.

     

    Pourquoi devoir refaire ma carte d'identité me panique autant ?

     

    Pourquoi avais-je une  peur panique d'aller chez le coiffeur ?

    Parce que juste après la dernière fois où j'y fus,  mes parents m'ont abandonnée. D'abord chez les parents d'Halka puis chez la cantinière. J'ai associé le coiffeur et l'abandon. Le coiffeur = le signe avant-coureur de l'abandon. Si je me recoupe les cheveux, un drame va m'arriver. Voilà le mode de fonctionnement de mon cerveau. L'avoir comprit m'en a libéré et j'ai pu me couper les cheveux sans peur du lendemain.

     

    Pourquoi ai-je une peur panique de refaire ma carte ? Je l'avais refaite il y a plus de dix années sans le moindre trouble.  Alors pourtant aujourd'hui cela me semble relever de l'impossible ?

     

    Et puis j'ai reçu ta lettre où tu notes que je suis ta femme.

     

    Cole je me suis réveillée. Grâce à mon corps, au caissier, et à ta persévérance j'ai enfin compris.

     

    Compris qu'en effet comme tu n'as eu de cesse de me le répéter, toujours je n'ai pensé qu'à moi, jamais je ne t'ai inclus dans mon histoire d'amour, de vie. Oui je t'ai traité comme je traite Marlo mon petit mannequin que j'utilise pour voir en réel mais en miniature ce que donnent les dessins de vêtements que j'invente. Je le traite bien, il vit sur un beau fauteuil, il a la plus grand garde-robe qu'un mec puisse avoir, mais je ne pense jamais à lui en tant qu'être. Logique c'est une poupée. Toi tu n'es pas une poupée tu es un être de chair et d'os, un être sensible, un ange aussi.

     

    Je suis si heureuse de t'avoir rencontré que je ne pense qu'à me gaver de toi. Tu as raison tous mes gestes, tous mes mots ne sont que tournés vers moi. Je t'embrasse pour satisfaire mon désir, je t'écris pour me rapprocher de toi, je vais à Paris pour m'introduire dans ta vie.

    Je ne pense qu'à moi.

    Tu as vu juste.

     

    Je suis ta femme, je suis folle de joie d'être ta femme.

     

    Si obsédée de m'unir à toi, je ne prends jamais trois secondes pour penser à toi, un peu comme tellement obsédée d'arriver au sommet de la montagne, pas une seconde je ne lève les yeux des cailloux devant mes pieds et donc jamais je ne regarde la montagne.

     

    Pardon.

    Pardon et merci de me l'avoir fait réaliser.

     

     

    Colerige épouse moi.

     Mon Adoré oui je suis ta femme mais toi tu es mon mari.

     

    Épouse moi.

    Mon corps est à toi, c'est pour cela qu'il s'est rebiffé quand le caissier a voulu que je refasse ma carte d'identité. Mon corps hurle qu'il est impossible de demeurer Mickaelle Kervelou alors que je suis Madame Colerige Aleshandrovich Tchigrenkov.

     

    Épouse moi mon Adoré.

    Tu as mille fois raison de refuser de vouloir être mon correspondant ou mon amant puisque tu es mon mari.

     

    Épouse moi.

    Prend enfin le rôle qui est le tient.

     

    Épouse moi.

    Je suis à toi, nous le savons tout les deux. Alors ne tatoue pas mon prénom sur ton corps mais pose ton nom sur mon identité.

     

    C'est fou, il y a deux ans que je sais que tu es mon mari et deux ans que je l'oublie, tout à mon bonheur d'être ta femme.

     

    Épouse moi.

    Prend la place qui te reviens.

     

    J'ai posé mes yeux sur toi pour la première fois le 23 août il y a 2 ans.  Je vais montée à Paris pour les poissons puis prendre un train pour Lyon. J'y passerai la nuit à l'hôtel car à 8h30  un certain Joël part de la gare de Lyon pour descendre à Beaufort. Le 23 août à 10 heures et demi je serai à Beaufort. Il ne me restera plus qu'à marcher vers le Hameau de la Zattig. Ce me sera facile même si mon sac à dos sera lourd, car au bout du chemin il y aura mon mari.

     

    A dans 6 jours mon Adorable mari.

    Mickaelle Tchigrenkov.

     

    « 9092 - Epilogue »

  • Commentaires

    1
    Mardi 29 Novembre 2016 à 11:51

    Et voilà donc une demande en mariage peu conventionnelle mais assez insistante. Pourtant en début de lettre elle semblait plus posée.

    C'est marrant, je vais me répéter en évoquant Brassens (bon, oui, j'adore), mais je pense à la "non-demande en mariage" 

    https://www.youtube.com/watch?v=nOkZQchMID8

    qui est pour moi une des plus belles déclarations possibles ("de servante n'ai pas besoin") ....

     

    J'ai lu ton comme du chapitre précédent, oui je comprends pour Hugo.

    As-tu pensé pour Ekla à te créer une adresse gmail ? Moi aussi j'ai les favoris mais parfois j'ai besoin des notifications (mes connexions internet sont parfois faibles)

    2
    Mardi 29 Novembre 2016 à 12:58

    J'ai 3 adresses dont 2 dont je ne me sers jamais.

    J'ai déjà un planning surbooké donc si la guerre orange ekla m'offre un peu de temps, je suis pour. yes Mon absence d'un blog (non lecture d'un article) ne changera pas la face du monde  ni même la vie de son auteur.

     

    Je vais écouter la chanson et ensuite balade avec les 2 zouaves et surtout les 2 gugus du prochain roman qui l'ouvriront. J'ai pour ma part fini Tchig, l'épilogue parait demain, et après demain il y a l'entre 2 romans.

    La liste des gugus est à droite.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :