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    Paris

    Vendredi 15 Avril 2016.

     

     

    Colerige Alesh,

     

     

    Tu aurais dû me le dire. J'ai horreur de passer pour une conne. Et encore plus quand cela te nuit aussi.

     

    Hier soir, alors que  j'étais dans la cuisine comme maintenant, j'ai entendu sonner, mais pas à la porte d'entrée à l'autre bout du couloir, à la porte de la cuisine, celle qui donne sur la sortie de service.

     

    J'ai ouvert. Si j'avais su...........

     

    Elle a été aussi surprise que moi. Elle attendait à te voir toi. Elle venait pour toi. Qui es-tu pour elle ? Si tu avais vu comme son visage s'est défait quand elle a découvert le mien ! Pire qu'un gosse qui repère au pied du sapin de Noël une boite avec le dessin du cadeau rêvé et qui en l'ouvrant, trouve un pull tricoté par la grand-mère.

     

    Elle a formulé une phrase en russe. Il n'y avait pas ton nom dedans, enfin je ne l'ai pas entendu. Évidemment je lui ai répondu ne pas parler autrement que français, et donc elle m'a déclarée dans un très bon français qu'elle te voulait. Oui elle a articulé "je veux Mr Tchigrenkov". Sur l'instant je n'ai pas apprécié son exigence, mais maintenant je comprends que le français est une langue étrangère pour elle, elle ne dispose donc pas de l'étendu du vocabulaire, je vois bien quand un anglais passe à l'agence, comme il est difficile de résumer les idées sans mots.

     

    Sur l'instant je n'y ai pas songé, donc je me suis glacée un peu. Dans un sourire artificiel, je lui ai annoncé que COLE n'était pas là.

     

    Voilà ma grosse boulette.

     

    Elle croyait ton prénom être Alesh. Non elle savait qu'il l'était.

     

    Mademoiselle pétase russe sait ton prénom car elle est intime avec toi, et moi cruche française, j'en invente un pour lui donner l'illusion de te connaître un peu. Voilà le résumé parfait de ce qu'elle m'a fait comprendre.

     

    Elle a convenu que rares étaient les gens à Saint Peterbourg à te nommer autrement que Monsieur, que seuls quelques privilégiés étaient autorisés à te dire Alesh.

     

    Elle m'a humiliée, elle a voulu m'écraser de son savoir. Ton prénom est Alesh, elle figure sur la liste de tes favorites.

     

    Je n'ai eu aucune répartie, j'ai baissé les yeux. Je sais qu'elle a tord, j'ai vu les papiers de l'appartement, toujours il est noté Colerige Aleshandrovich Tchigrenkov. Je sais qu'elle se trompe, que j'ai raison. Mais le coup avait été porté, j'étais au sol. Je suis toujours la gamine que l'on a éduqué à filer se terrer dans un coin invisible. Je n'ai ni ta force, ni ton charisme. Deux coups d'épées, une goutte de sang et je m'évanouis. Adieu je sors de ta vie. Je suis un petit chien bien docile.

     

    Elle a compris qu'elle était bien plus forte que moi. Elle a insisté. Elle m'a prise pour ta bonne ou quelque chose d'autre du même niveau sous-peuple. Puisque j'étais chez toi, tu ne pouvais qu'être là. Que j'aille sur le champ te chercher.

     

    Elle m'a donnée son prénom. Cela finit par Dia. Je n'ai pas retenu le début. Je ne l'avais jamais entendu. Elle l'a prononcé si vite.

     

    Que veux-tu que je dise ? Cole est-ce qu'elle est ta maitresse ? En même temps tu ne me dois aucune explication. Je n'ai aucun droit sur ton corps. Je ne suis pas naïve, nous nous écrivons depuis 16 mois, non je ne suis pas naïve au point de croire que tu les as vécu sans ... Ce n'est pas parce que moi je... Que toi tu... Je vis enfermée dans mon appartement, le nez dans mes romans, mais toi tu parcours le monde et tu es tellement séducteur et séduisant. Comme dit la chanson de Brel, il faut bien que ton corps exulte. Le mien... Qui s'en soucie ? Pas même moi.

     

    Elle se sentait si forte face à moi, que je me suis dit que seule une maîtresse pouvait à ce point se croire supérieure. Tu vois Cole, je me suis dit que si tu tiens à elle, je ne peux pas la faire fuir, je ne veux pas que tu m'en veuilles. Mais si elle est ta maitresse, pourquoi est-ce moi qui ai les clés de ton appartement, car visiblement elle ne les a pas, et si elle est ta maîtresse, pourquoi ne lui as-tu pas dit que tu étais reparti ? Je le savais bien moi.

     

    Mon Dieu comme elle est belle. Tellement belle !

     

    J'ai dit que j'étais chez moi, car ta femme.

     

    Pardon, c'est méchant, c'est de la jalousie pure. Je sais, je sais. J'ai été agressive avec elle. Ce n'est pas bien, mais j'ai été agressive avec elle parce qu'elle m'a fait si mal en me replaçant face à la réalité : Je ne suis personne dans ta vie.

     

    C'est de ta faute aussi, si j'ai sorti ça, tu le répètes à tout le monde : ta concierge, l'installateur de l'aquarium, la vendeuse de manteaux, même la serveuse du restaurant, alors voilà, cette fois c'est moi qui l'ai dit. Malheureusement  j'ai du le dire à la seule personne qui ne devait pas l'entendre.

     

    Elle a éclaté de rire. Je te jure elle a éclaté de rire. Comme si je n'étais pas assez bien pour toi.

     

    Je lui ai claqué la porte au nez. C'est minable, puéril, j'en ai bien conscience, mais sa supériorité, son mépris, son rire. Cole je suis désolée d'être nulle, mais elle m'a blessée.

     

    Pourquoi ne m'as tu pas parlées d'elles ? J'ai l'air ridicule, et donc je te ridiculise.

     

    Cole ce mensonge va trop loin. Je ne suis pas ta femme. Ce mensonge va finir par nuire à ta vie. Ici à Paris je ne suis personne, je peux m'amuser, me prendre au jeu, mais ici toi tu as ta vie, tu connais des gens. C'est dangereux pour toi. Cole sans vouloir te blesser je pense que ta boutade finira en boomerang, elle t’explosera à la figure, tu m'en voudras alors que tout est né de toi.

     

    Le rire de cette si belle femme m'a profondément blessée. En fait il m'a remis à ma place : je ne suis rien. Comme l'aqua, je suis juste du vide dans tes murs vides.

     

    Heureusement à mon poignet j'avais la gourmette que tu m'as choisie pour mon anniversaire.

    Je n'avais pas compris le PS de ta dernière lettre, mais quand j'ai vu la gourmette avec son mot en cyrillique, j'ai compris que tu y avais fait gravé Mickaelle. Jolie délicatesse.

     

    Colerige c'est dure d'être chez toi sans toi. Cole que suis-je pour toi ? Je m'accroche à l'aveu de tes yeux, mais par temps de tempête, il n'est pas assez fort pour m'empêcher de tomber. Cette magnifique jeune femme russe m'a fait tomber bien bas.

     

    J'étais venue relever les paramètres de l'aquarium. Le taux de nitrate est bas donc bon, mais celui de nitrite encore un peu élevé.

     

    Après le départ, enfin la non entrée de la belle inconnue, je suis retournée m'assoir face à l'aqua et je te jure que je me suis demandée ce qu'était notre avenir. Pas le tien et le mien Cole, ça j'ai bien compris qu'il n'y en avait pas, je parle du mien et de celui du 2300.

     

    Je me sens comme lui.

     

    Tu es responsable de notre présence à Paris mais pourquoi ? Je te jure que je ne trouve aucune réponse. Tu cours le monde sans jamais passer par le point Bretagne. Il faut être lucide. Il n'y aura jamais de nous.

     

    C'est à pleurer. Je pleure.

     

    Aujourd'hui vers 13h la sonnerie de la même porte a re-sonné. Je te jure que j'ai détesté, j'ai cru qu'elle revenait pour m'écraser à nouveau. Mais ce n'était pas la même femme, celle-là était boulotte.

     

    Je sais l'avenir que je me veux, grâce à Marina. Je veux reprendre mes études. Elles possèdent ton adresse mail, droit que je ne détiens pas , donc je vais reprendre mes études, et en tant d'étudiante, tu me la donneras. Merci d'avance. Pourquoi l'ont-elles et pas moi ?

     

    Je suis persuadée qu'elles connaissent aussi ton numéro de téléphone.

     

    Marina m'a présentée des excuses au nom de XXXDia qui a sonné chez elle ensuite et qui lui as raconté qu'une vieille cruche française avait osé se prétendre ta femme. Elle m'a expliquée que XXXDia était fille au pair sur Paris, qu'elle suivait des cours de commerce international par correspondance. Elle m'a aussi expliquée les trois chambres de bonnes que tu avais transformé en deux logements avec salle d'eau commune. Elle m'a parlée d'Anastasia qui depuis la fin de l'année passée prépare sa thèse dans une université sur Paris. J'ai retenu qu'elle faisait des recherches sur la chimie des matériaux. Tu sais assurément mieux que moi de quoi il retourne. Marina m'a aussi parlé de ses trois années dans un hôpital parisien.

     

    Moi je n'ai rien dit.

     

    Elle est gentille cette jeune femme, je n'ai pas eu le cœur de lui mentir. J'ai juste affirmé que je te laisserai un mot pour que tu contactes la fille au pair dès ton retour, mais Marina m'a appris qu'elles trois possédaient ton adresse mail, donc  mon mot n'aurait servi à rien.

     

    Pendant neuf ans j'ai été la maîtresse d'un homme marié. Serge. Je te l'ai déjà écrit il me semble.  Il ne m'a jamais présenté personne, donc je ne me suis jamais sentie réduite à l'ombre de son chien. C'est la première fois de ma vie que je me prends une grande claque. Je m'étais crue quelqu'un. Dans tes yeux je m'étais crue quelqu'un. Tu m'as tenue la main dans la rue Cole. Je m'étais crue quelqu'un pour toi.

    Mes yeux coulent.

    Il fallait bien que je me réveille un jour. Le bonheur n'est pas fait pour moi.

     

    Tu m'as pourtant bien fait voir comme tu n'étais qu'un séducteur professionnel. Une partie de moi savait que ce n'était que chimère. Mais je me suis mise à rêver que j'étais vraiment ta femme. Parce que je te porte tellement en moi. Tellement.

    Comment vais-je réussir à vivre un après toi ? Comment Cole? Comment ?

     

    Tu as une maîtresse magnifiquement belle. Je n'en suis pas étonnée. Non je ne suis pas étonnée qu'une femme si jeune puisse te désirer. Tu es si géant, si puissant, si lumineux. Tu es beau Cole, tu ne m'as pas touchée, tu lui es resté fidèle. Tu es quelqu'un de bien. ça je le savais déjà.

     

    J'ai voulu enlevé l'eau de l'aquarium. Il est vraiment moi, 100% fait de larmes. L'eau sera encore là à ton retour. C'est le syndrome de la mort. D'abord on la refuse. Il est mort mais en nous il n'y a qu'un NON qui hurle. C'est ce non qui a conservé l'eau.

     

    J'ai aussi songé à  te laisser les clés de l'appartement dans la boite aux lettres. Mais ... Même NON, même effet.

     

    Je n'aurai jamais dû chercher à entrer dans ta vie.

     

    Pardon pour tout le mal que j'ai pu te faire.

     

    Je t'aime Cole.

    Il y a longtemps que je sais que l'amour ne suffit pas toujours.

     

    Merci pour la gourmette. Mon prénom y sera effacé bien avant que mon amour pour toi soit mort.

     

    Sois heureux Cole. Prends soin de toi.

    Pardon.

     

    Une Mickaelle qui s'était laissée rêver qu'elle aurait pu être ta femme et qui pleure en se réveillant.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 13 Octobre 2016 à 22:50

    Ouh la, rien qu'à lire le "Colerige Alesh" du début j'ai senti que y'avait de l'au dans le gaz (russe).

    On vire au drame passionnel là. Alors il va s'en sortir comment notre tombeur slave ? 

    Va bien trouver une raison imparable de les connaître, de leur donner ses coordonnées et autres.

    Et Mickaelle elle a être toute penaude en disant "j'avais pas bien compris, merci de l'explication, quelle cruche je suis !" ou bien y'a une autre porte de sortie ?

    2
    Samedi 15 Octobre 2016 à 10:55

    Disons qu'il ne va pas lui laisser le temps de se traiter de cruche car il va ...

    Faire très très fort. yes

    On arrive à la fin de la partie 2 donc ....

      • Samedi 15 Octobre 2016 à 12:05

        Donc tu lui as trouvé une sortie...

    3
    Samedi 15 Octobre 2016 à 12:38

    Tu sais ce que l'on dit : si tu as mal quelque part, fais toi mal encore + ailleurs, tu en oublieras tout petit mal .

    Tu devrais avoir ça aujourd'hui.

    Il reste 2 lettres avant la fin de la partie 2, elles sont écrites, reste à travailler l'écriture mais comme il pleut ici, je vais bien avancer, limite tu auras la seconde dimanche.

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