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    Châteauneuf- du- Faou

    Le vendredi 1 avril 2016.

     

     

    Délicieux Cole,

     

     

    Aujourd'hui me sont arrivées tes lettres de Paris et Celle de Russie.

     

    J'ai honte profondément honte du roman que je me suis inventée pour justifier ton absence. Oui honte d'avoir cru que tu te sois caché pour me fuir.

     

    Mais alors toi ! Tu fais encore plus fort que moi. Tu notes donc penses, que tu m'indiffères. Je suis indifférente !!!!

     

    Mon amour, si tu étais homosexuel, donc si j'étais un mec, si j'avais un don d'ubiquité, je te collerais un coup de boule, là tout de suite maintenant. Et ensuite une fois au sol, car crois moi, tu en tomberais à la renverse car si j'étais un mec je serais un super mec balaise, et donc une fois au sol (toi pas moi) comme tu es hétéro, je redeviendrai femme et je te réanimerai avec ma très grande imagination. Et crois moi je peux être très très très éloquente, avec ma langue, quand je me tais. Et tu pourras ensuite me parler russe autant que tu le voudras.

    Crétin !

     

    Moi indifférente ! Je ne comprends pas.

    Je ne comprends pas d'où tu sors ça.

     

    Comme je ne comprends pas que tu es pu croire que je t'offrais mon corps contre l'aquarium.

     

    Cole si tu penses vraiment ça, vide l'eau de l'aquarium et utilise l'espace pour y cultiver des plantes aromatiques. Après tout, il n'est pas plus à moi qu'à toi, il est chez nous, donc prend le, je n'en veux pas. Non je n'en veux pas de cet aqua, je ne veux que de toi, non ce n'est même pas vrai, je veux juste le droit d'être un peu de ta vie. Oui je veux juste le droit de ne pas m'épuiser d'un manque de toi.  Tu n'as rien à me faire, rien à me dire, je veux juste un tout petit bout de ton espace parfois. Juste de toi parfois. Parce que tu es mon essentiel. Tu vois on est bien loin de l'indifférence, on est dans une forme de dépendance.

     

    Et puis je ne t'offrais pas mon corps, je voulais prendre ta bouche, goûter  à tes lèvres. Je voulais prendre non donner.

     

     

    Cole j'ai tes 2 dernières lettres depuis plus de 5 heures. Depuis 5 heures je suis bouleversée de t'avoir blessé alors que je ne rêve que de l'opposé.

     

    Cole si tu n'avais pas noté que tu étais fou de moi, je crois que j'en aurais pleuré. Surtout qu'en plus il y a ce pauvre petit bonhomme. Oh Cole t'imaginer cinq jours au chevet d'un enfant qui se meurt, l'imaginer cinq jours entre la vie et la mort... Et la souffrance d'avant, celle qui l'a conduit au suicide... Enfer.

     

    Quand j'ai lu ce que tu as vécu, j'ai pensé à ta soeur. Tu as du revivre au chevet de Pavel, l'horreur de ta soeur en fin de vie sur son lit d'hôpital en Afrique du sud.

     

    Alors si mon amour a pu voler vers toi et t'aider un peu, t'en mieux. Cole tu as mon numéro de téléphone. Tu peux l'utiliser jour et nuit. Je ne suis pas grand-chose mais si je peux d'aider un peu, je t'en supplie utilise moi. Cela ne te rendra ni moins viril, ni moins géant. Tu ne tomberas pas de ton piédestal. Non, pas du tout.

     

     

    Malgré 5 heures d'analyse  minutieuse  je reste sans réponse à la question : Quand ai-je été indifférente ? Cette question me torture.

     

    Certes j'ai envisagé que peut-être tu me pensais indifférente car je n'ai voulu te voir que suite à la pose de l'aquarium, mais ce ne peut pas être cela car tu as des sentiments pour moi et jamais tu n'as voulu me voir, donc si tu peux en avoir sans me vouloir à ton côté, tu peux comprendre que je puisse t'aimer sans avoir oser t'écrire VIENS.

     

    Qu'ai-je mal fait ou pas fait ?

     

    Cole est-ce ma réaction quand tu m'as ouvert la porte à Paris ?

    Cole je t'en supplie comprends moi. En Savoie j'ai vu Tchig, un homme mal rasé avec un bandanas sur les cheveux, là j'ai eu devant moi un homme aux cheveux mi-long rejeté en arrière, un homme bien habillé au visage rasé de près. Cole tu as raison, je ne t'ai pas reconnu parce que je ne te connaissais pas. Tu étais il y a 18 mois, 18 MOIS, assis sur un mur en hauteur, là tu t'es retrouvé debout dedans moi. Oui je t'imaginais plus grand (syndrome du piédestal surement, et puis aussi peut-être parce que Stoyan, Jérémy et mes deux collègues hommes ont tous dépassé  le mètre 80 ).

    Quand nos yeux se sont retrouvés, il n'y a plus eu de doute en moi, tout a été comme en Savoie.

    Sois honnête dans le couloir tu fus comme moi, bien embarrassé.

    On fait quoi ?

    On se fait la bise ?

    On ne va tout de même pas se serrer la main ?

    Peut on s'enlacer ?

    Est-ce que l'on s'embrasse hâtivement sur la bouche ?

    On se jette un HUG comme les indiens et on passe à la suite ?

     

    Cole ce ne fut pas de l'indifférence, ce fut de la timidité. De la stupéfaction. Excuse moi mais tu n'as pas été plus glorieux que moi. Tu n'as pas eu un mot, tu n'as pas eu un geste en dehors de m'ouvrir la porte. Tu ne m'as pas aidée.

     

    Ton téléphone en sonnant nous a sauvé. Sans une  hésitation, sans un mot d'excuse tu as tourné les talons, tu es parti vers ton bureau en parlant russe, en me faisant découvrir ta voix.

    Alors je suis entrée, j'ai refermée la porte derrière moi, et je me suis rendue à ma chambre déposer mes affaires.

     

    Je n'allais pas restée comme une gourde, assise sur mon lit, à t'attendre, aussi ensuite, je suis allée à la cuisine y ranger ce que j'avais amené de Bretagne. Tu m'y a rejoins juste le temps d'un VIENS. Juste viens. Ton premier mot pour moi fut "viens". Pas "Bonjour", pas "Tu as fait bon voyage? " non, "viens".

    Costaud comme mec, conviens le.

     

    Je t'ai suivi dans ton bureau où m'attendait un dossier rédigé en anglais. Tu m'as expliquée toute l'histoire de Foch, de ton lien aux Welch, comment mon nom pouvait figurer au côté du tien sur le dossier.

     

    C'est là que très logiquement je t'ai demandé :  "Pourquoi moi ?" ( Mes premiers mots donc puisque moi n'ont plus je n'ai articulé aucun bonjour) C'est là que tu as pris mon visage entre tes mains et que tu m'as dit "Parce que tu es MA femme". Est-ce là que tu m'as jugée indifférente ? J'étais médusée Cole. Médusée. Estomaquée par ta générosité et soufflée de tes mains sur moi. Je peux encore te dire où étaient chacun de tes doigts, lequel appuyait le plus fort. Le pouce gauche.

     

    Enfin Cole je vois un inconnu sur un mur en août, je lui écris en janvier. Preuve d'une non indifférence. En avril, alors qu'il me répond par des "cesse d'écrire", il fait poser mon nom sur un dossier. Convient que c'est peu courant. Je n'ai pas été indifférente, je ne sais pas trop ce que je fus mais ce ne fut pas de l'indifférente.

     

    Cole tes mains, tes mains sur mon visage !

     

    Tu m'as présenté le dossier, exposé le contrat comme un directeur d'agence annonce les nouvelles lois. J'étais là au milieu de la pièce, figée sur place, toi tu t'étais assis dans ton super fauteuil de grand directeur, de l'autre côté du bureau. Tu fus un géant de glace Cole. Un géant à qui on ne peut que répondre OUI CHEF en se tenant au garde-à-vous. On ne discute pas avec toi facilement Cole quand tu es aussi directif. Je n'ai pas assez d'aplomb pour cela. Je ne saurais jamais te tenir tête quand tu es un géant de glace au regard en rayons lasers. Tu ne m'indiffères pas dans ces moments là, tu m'impressionnes voire m'intimides.

     

    Cole, songe. Je t'ai écrit sans jamais te voir, et comme tu le notes, je sais monter ma mayonnaise toute seule.

     

    Et puis te voilà face à moi, mais pas le Tchig de mon souvenir, un Tchig un peu crado, un peu loser, le type à qui j'écrivais. J'ai face à moi un grand monsieur tout de noir vêtu, un mec d'une prestance incroyable, qui me résume d'une voix sans appel que je suis libre d'agir à ma guise dans l'appartement, que c'est écrit sur le dossier que je pourrais consulter à loisir ultérieurement puisqu'il est mon exemplaire. Cole il faut te suivre. C'est dingue comme histoire.

     

    Et quand j'ose un "Pourquoi moi ?", tu quittes ton fauteuil, tu t'avances en silence, viens te positionner devant moi, pour me transpercer de tes rayons lasers et m'emmurer de tes mains. C'est foudroyant comme instant. Je ne m'y attendais pas. Cole ton petit mètre soixante douze ou treize est plus impressionnant qu'un grand mètre quatre vingt dix huit tant tu es rigide. Cole j'aurai surement été moins paralysée si dans la rue une vedette de cinéma s'était adressée à moi.

     

    Bien sûr que je ne fus pas à la hauteur. Mais non je n'ai pas été indifférente.

     

    Et puis comme si le sujet était clos, comme un directeur aurait pu dire à sa secrétaire qu'elle pouvait retourner à son ordinateur, qu'il n'avait plus besoin d'elle, tu m'as annoncée que tu avais réservé une table dans  un restaurant.

    Tu es costaud comme mec ! Comment veux tu que je ne t'admire pas ?

     

    Je ne sais vraiment pas comment je suis parvenue à articuler "Pourquoi il ne reste pas un fond de nouille ou de riz et une boite de sardines, ici ?"

     

    Tu as éclaté de rire. Tu as éclaté de rire.

    Tu m'as comblée Cole. J'ai eu l'impression de décrocher une médaille d'or. Tu as éclaté de rire. Je t'ai fait rire, moi, je t'ai fait rire. Je me sentais si petite, si un petit rien du tout face à toi, géant de glace. Je t'ai fait rire. Je me suis enfin sentie à la hauteur de toi.

    Tu as éclaté de rire. Un rire qui a cassé la glace.

     

    Là tu es passé de chef Tchigrenkov à Cole, mon Cole, pas celui d'une mayonnaise virtuelle, le Cole que mon coeur, que mes tripes, que mon âme savent géant, le Cole que tu laisses écrire entre les lignes de Tchigrenkov, celui qui a dit "... parce qu'elle est belle..." aux enfants.

     Oh cette déclaration Cole.

    Merci de me l'avoir avouée.

     

    Mon dieu ton regard ! Les rayons lasers ont laissé place au velours. C'est impossible que là tu m'aies jugée indifférente. Oh Cole le velours de ton regard.  J'ai décollé Cole, décollé. Ne me parle pas d'indifférence. Parle moi d'un manque de répartie, d'un manque de charisme, d'accord, tout mais pas l'indifférence.

     

    Ton téléphone a sonné alors que tu riais. Tu nous as oublié, ton rire et moi, pour un russe. Tout en parlant, tu es retourné t'asseoir derrière ton bureau, tu as ouvert ton ordinateur portable et moi je suis sortie. C'est de la politesse. Même si je ne comprends pas un seul mot russe, je ne me sentais pas le droit de demeurer à ton côté.

     

    Tu n'as rien fait pour me retenir. Tu n'as pas hésité à décrocher comme à la porte d'entrée. Pourtant tu vois je ne t'accuse pas de goujaterie. Ton travail est important, je le comprends aisément. Ce n'est pas parce que je suis là que ta vie doit s'arrêter. Moi je ne suis que salariée, j'ai un créneau horaire, mais toi tu es le directeur, le président, le responsable majeur, il est donc normal que tu acceptes d'être dérangé à tout moment. Je me dois de l'accepter aussi. Nous étions jeudi, il n'y avait même pas l'excuse d'un jour de week-end.

     

    J'étais dans le salon, debout, les bras croisés tournée vers l'aquarium quand j'ai entendu tes pas dans le couloir. Ok je ne me suis pas retournée. Pourquoi je ne sais pas. Indifférence ? Certainement pas. Je ne sais pas. Si c'était à revivre je ne changerai rien à mon attitude car le sublime arriva là. Tu vins te poster derrière moi,  tes bras enveloppèrent  ma taille, nos corps se pressèrent l'un contre l'autre, nos doigts se mélangèrent, nos joues s'effeuillèrent. Inoubliable. Pur bonheur. Moment magique. Nous n'avons pas échangé un mot, nos corps liés n'ont pas bougé, seuls nos souffles se sont synchronisés. Je ne sais pas combien de minutes se sont écoulées, je sais juste que cet instant sublime je ne l'oublierai jamais, il est inscrit dans mon âme pour l'éternité.

    Merci mon amour.

     

    Tu vois cet instant est si éblouissant, qu'il a gommé la suite. Je ne sais plus qui de nous deux a rompu le charme, je ne sais plus ce que nous avons fait, dit, avant de nous retrouver dans la rue.

     

    Cole je ne sais pas pourquoi Pavel s'est suicidé, probablement que nous ne le saurons jamais, mais je veux que tu saches que si tu fais un sondage dans ton orphelinat je pense que ceux qui viennent d'arriver noteront que tu leur fais peur par ta grande fermeture, ta rigidité, mais ceux qui t'ont fréquenté  seront d'un tout autre avis. Je suis sûre que toutes les filles sont amoureuses de toi, tu es leur homme idéal. Pour les garçons tu dois être un modèle, comme toi ils doivent vouloir devenir forts et solides. Tu es un géant.

     

    Nous nous sommes donc retrouvés à marcher sur les trottoirs parisiens en direction du restaurant.

     

    Je suis incapable de dire qui a pris la main de l'autre. Nous marchions main dans la main. Merveille ! J'ai adoré, j'ai tellement adoré que je me suis dit que peut-être toi tu n'aimais pas, que tu gardais ma main pour me faire plaisir mais que tu n'aimais pas. Nous discutions de tout, de rien, de façon courtoise, même si tes yeux avaient perdu de leur velours, qu'ils étaient à nouveau les rayons lasers si pénétrants, si fascinants que j'avais découvert au hameau.

     

    J'ai lâché tes doigts. Ce n'était pas de l'indifférence,  c'était du calcul, de la stratégie. De la délicatesse aussi. J'avais peur que tu me gardes sans désir. J'ai lâché ta main sans m'en éloigner beaucoup, parce que je la voulais encore. En marchant nos doigts se sont effleurés, se sont entrechoqués. Pas longtemps. Tu as à nouveau voulu de moi. Tu m'as cherchée, trouvée, gardée. Si tu avais tournée le visage à ce moment là, tu aurais vu comme je rayonnais. Dieu que j'ai aimé ça.

     

    Excuse moi mais j'avais besoin de savoir que tu me voulais vraiment dans ta main. Ils sont rares les hommes qui gardent tout le temps du chemin la main de leur amoureuse. A cet instant de nos vies, nous n'avions tellement pas de passé que je ne pourrais prétendre être ton amoureuse.

     

    Tu as marché sans jamais lâcher ma main. Merci délice Amour.

     

    Sais-tu que ton pouce ne sait demeurer immobile, qu'il danse légèrement sur ma peau ? Cole je vais de faire économiser des fortunes. L'argent, les diamants ne sont pas des moteurs pour moi, mais ton pouce ... Avec la danse de ton pouce tu peux obtenir tout de moi.

     

    Au restaurant, oui j'ai picoré plus que mangé. Parce que j'ai dévoré ton visage. Je sais ce petit V à l'angle de ton œil droit, un V qui se métamorphose en Y chaque fois que ton sourire s'épanouit. Je sais la cerne  qui noircit ta peau sous ton œil gauche et qui est naissance d'une ride bien horizontale. Je sais le sillon sur ton front qui coule vers ton nez, et l'asymétrie de ta lèvre inférieure. Inoubliable le grain de beauté sur ton front en bordure de racine de tes cheveux, et ces trois poils du sourcil droit beaucoup plus longs que les autres, que je me suis promis d'arracher si ils ne se disciplinent pas à l'avenir. J'aime l'angle orgueilleux de ta dent qui s'impose devant l'autre et cette mèche qui ne veut pas demeurer en arrière, qui tu fais passer la main dans les cheveux tant et tant de fois.

    Si tu savais comme mes doigts ont enviaient les tiens.

     

    Non je n'ai pas mangé vraiment le contenu de mon assiette mais comme j'ai dégusté ta peau, comme je me suis nourrie de tes mots. Ton accent !

    Surtout garde le toujours.

     

    Le décalage entre tes écrits et ton oral m'a surpris. Combien de fois réécris-tu tes lettres avant de me les poster? Je me les suis toujours figurées premier jet. Jamais avant je ne t'avais pensé comme moi, déchirant, raturant, recommençant mais à t'écouter je m'interroge. Tant de petits mots brillent par leur absence dans tes phrases orales. Pourquoi existent-ils sur tes lignes ? J'aime les syllabes étouffées, j'aime les  R écorchés et les A qui se travestissent en aï.

     

    J'aime mon prénom dans ta bouche. Mi kaï elle en 3 parties bien distinctes les unes des autres. Pur délice.

    Tu ne m'a pas dit Sirène.

    Pardon de n'être pas parvenue à articuler Aleshandrovich Tchigrenkov correctement, mais compte sur moi pour ne pas chercher à m'améliorer. Je chéris ton expression de désespérance. Elle est si divine qu'elle n'inspire pas l'amélioration.

     

    Et puis ce fut le chemin à l'envers. Mêmes trottoirs, même pouce danseur. Heureusement qu'il était là pour me conforter dans ton souvenir de moi. Pourquoi ce silence entre nous ? Quelle pensée agissait-elle en minerve sur ton cou, en œillères sur ton regard ?  Incroyable comme tes vertèbres cervicales sont devenues soudées. Même ton pas avait ralenti, lui qui déjà est d'un naturel lent. Je n'ai pas osé parler. Peut-être attendais-tu quelque chose de moi que tu n'as pas eu. Peut-être t'ai-je déçu. Est-ce alors que tu me qualifias d'indifférente ? J'étais heureuse, silencieuse mais heureuse. Heureuse d'être à ton côté. Heureuse de ta chaleur dans ma main. Heureuse de ma richesse nouvelle (le dessin de ton visage). Je n'avais besoin de rien d'autre. Ton silence ne m'a pas ennuyée. Maintenant j'ai peur qu'il témoignait d'une contrariété.

     

    Et puis la minerve a cassé. De ma main libre j'ai caressé la manche de ton manteau qui me fascine tant. La matière est si belle. Tu as  obliqué la tête puis suivre mon geste puis tes yeux ont plongé dans les miens. J'ignore le contenu de leur message.

    Je ne crois pas que ta folie soit née à cet instant. Non. Mais cet instant a bien tiré d'affaire. Si j'avais su ...

     

    Au final nous nous sommes retrouvés dedans la porte de l'appartement. Te considérant plus chez toi que moi chez moi, j'ai attendu que tu ouvres. Qu'est-ce qui t'a statufié ? Quelles pensées t'ont fait admirer tes souliers bien cirés ? Tu m'as fait pensé à une scène dans une série. La femme bougeait, vivait et BOOM sa tête tombait sur sa poitrine, son corps se figeait car possédant le don d'ubiquité, la vie basculait dans son double. Et bien quand ta tête toujours bien droite comme des mannequins sur des podiums, quand ton cou s'est arrondi pour ne plus se mouvoir je me suis demandée où ton âme était partie.

     

    Oui tu peux le dire, là je suis noyée dans mon monde surréaliste. Mais c'est une image. Quoique si tu as un don d'ubiquité apprends le moi. Je te promets d'être une élève assidue. Mais toi soit un bon prof, n'ai pas les mains baladeuses.

     

    " On la boit cette bouteille de champagne ? Que dis-tu d'une partie de billard pour finir la soirée? "

     

    Voilà tu avais retrouvé vie, la porte était ouverte et tu nous avais programmé la fin de soirée.

     

    Ce ne fut qu'un tourbillon de pur bonheur. Ce que tu peux être un dragueur Cole. Jamais je ne l'avais imaginé. J'ignore tout de toi, aussi je n'aurais pas dû être surprise, néanmoins je le fus, et pas qu'un peu. Tu es un dragueur, tu as les manières d'un coureur de jupons, tu sais les codes des cavaleurs. Question : le flirt est ta seconde nature ou est-ce la première ?

     

    Tu n'es pas tombé de ton piédestal mais moi je suis tombée de haut. Je te croyais si intello, si sérieux. Si russe en fait. De France l'image des russes n'est pas très glamour. Je sais c'est une idée préconçue, mais il en est ainsi. Nous en avons tous.

     

    Tes yeux de velours ont assurément fait des ravages. Elle doit être très longue la liste des femmes qui soupirent en se souvenant de toi.

     

    Vivre un après toi ... Je ne l'envisage même pas.

     

    Tu écris n'être pas tactile ordinairement. Je n'en crois rien. Tu es un dragueur professionnel Cole. Ce n'est pas au billard que tu as joué. Tu m'as exposée les échantillons de toutes tes techniques de séduction. Le corps si rigide de Monsieur le Directeur Tchigrenkov est au antipode de la souplesse de celui de Cole le séducteur, l'aguicheur. Regard de velours, mains baladeuses, vocabulaires appuyés.

    Irrésistible !

     

    Je n'ai pas dû jouer au billard depuis mes 22, 23 ans. J'en ai tout de même 50, c'est dire comme cela remonte à très loin.

    J'avoue :

    Avant le premier verre de champagne, je n'étais pas bonne.

    A un demi verre, j'étais devenue mauvaise.

    A un verre j'étais pleinement nulle.

    A un verre et demi plus de doute, j'étais une calamité.

    Et à la fin du second verre, alors là c'était de la désespérance totale, je déshonorais le pays tout entier, je méritais le peloton d'exécution.

    Heureusement que je t'avais prévenu  en entrant dans l'appartement que j'étais imbattable, que ton orgueil allait en souffrir.

     

    C'est de ta faute, Dragueur.

    - Concentre toi Mi Kaï Elle.

    Mais comment veux-tu que MiKaïElle se concentre, tu la touches tout le temps. Bien sûr c'est pour m'aider, placer mon corps dans le bon angle. Discours de coach et gestes d'espion payé par l'équipe adverse. Comment veux-tu que je me concentre sur le jeu alors que tu me tournes autour? Tu n'arrêtais pas de te passer la main dans les cheveux, de me fixer avec tes yeux de velours, de te poster à un millimètre de moi, d'abandonner ta main (quand ce n'était pas les deux) sur mon corps en prétextant vouloir mon attention le temps d'écouter tes précieux conseils.  Et ton sourire, tes éclats de rire... Bourreau des cœurs.

     

    De quel style es-tu ? Tu changes de maîtresse tout le temps ou en as-tu plusieurs en même temps pour les garder plus longtemps ? Tu m'accuses d'être éphémère ! Là tu ne parles que de toi Colerige Alesh.

     

    Je sais que je ne t'oublierai pas, je vieillirai en revisitant mes souvenirs de toi alors que tu continueras à exceller dans la séduction au près d'autres. Tu n'es pas un iceberg au cœur en glace à la vanille, tu es un iceberg sur un lit de braise. Tu es un collectionneur de femmes Colerige. Tes mots, tes gestes, tout ton corps le dit.

     

    Ce n'est pas un reproche, c'est un constat.

    Une tristesse aussi... Parce qu'en me présentant cet aspect de ta personnalité j'ai compris que nous avancions vers notre dé-union.

     

    Là maintenant, chez moi, le bic en main, je vois ton refus d'être embrassé comme un merveilleux cadeau. Tu as fait reculer le temps, l'arrivée du point final. Jamais encore je ne l'avais compris de la sorte, mais là maintenant, en notant le mot tristesse une partie de moi s'accroche à un espoir d'encore et elle prend comme argument ce baiser interdit. Comme quoi on peut voir tout dans tout.

    Oui je recommence une mayonnaise. Et d'ailleurs j'ai faim. Alors je te quitte pour me cuisiner un repas de midi qui sera manger à l'heure du goûter. Il est 15H29.

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    Je reprends.

     

    Tout en mangeant j'ai réfléchi (tu me fais tournée en bourrique, j'ai horreur de ne pas maitriser les situations) et ma question est encore plus justifiée : Pourquoi moi ? Pourquoi m'avoir offert l'avenue Foch ? Tu peux raconter ce que tu veux, pour que je le comprenne il faudra que tu lâches une nouvelle pièce du puzzle. Il me manque des bouts pour te suivre.

     

    Tu ne m'as jamais raconté ta vie sentimentale passée. Fais moi plaisir, continue à la taire. Merci. Tu n'es pas un homme qui offre des avenirs, aussi laisse moi aimer mon présent.

     

    D'accord, autour du billard, j'en ai profité aussi. Mais que l'on soit clair. Tu es un être très attirant, alors quand en plus tu te joues séducteur comment veux -tu que je me concentre sur une boule de billard blanche ?

     

    Quand je l'ai ratée, tu as reproduit un geste qui m'était devenu familier (avantage d'avoir beaucoup raté). Tu masques tes yeux de ta main, puis tu l'élèves  au ciel et au final tu la fais claquer sur ta cuisse. Avant cette blanche intouchable, le temps de ton rituel, je réalisais le mien, je m'écrasais la tête sur la table en riant bien plus fort que toi. Mais pas cette fois, cette fois là je n'ai pas courbé le dos, aussi, j'ai découvert ta bouche. Bien sûr que je pouvais déjà la dessiner les yeux fermés mais là, je ne sais pas, tes yeux dissimulés, il ne restait qu'elle.

    Ce devint obsessionnel.

     

    Je ne songeais plus qu'à elle, je ne voyais plus qu'elle. Alors dans de telles conditions, même une médaillée régresse, songe donc à une calamité.

     

    Ta bouche.

    Ses lèvres qui s'ouvrent pour offrir la lumière à l'orgueil de ta dent.

    Ta bouche.

    Ses lèvres que ta langue a le droit de caresser.

     

    Trop c'est trop, comment aurai-je pu ne pas basculer ?

    Cole quand tu as posé ta main sur ma nuque, comment aurais-je pu rester à ma place ? Je n'ai pas pu, pas su, pas voulu. Je me suis hissée sur la pointe des pieds et j'ai basculé vers toi.

    Là tu ne peux m'accuser d'indifférence.

     

    Tu écris que ce fut dur de me retenir. Ce n'est pas ce que j'ai vécu. J'eus l'impression que ce fut très simple au contraire pour toi. En une fraction de seconde, le charme était rompu. Plus de séducteur, plus de velours, plus de Cole, mais les rayons lasers et Tchigrenkov directeur dictateur.

     

    78 caresses pour aboutir à un "Je crois le temps que tu ailles coucher. MiKaïElle bonne nuit."

     

    Non je n'en crois rien, ce ne fut pas dur pour toi ou alors tu es encore plus géant, plus maître de toi que je ne puisse l'imaginer. Tu es un séducteur. Beaucoup de séducteur jouissent de leur œuvre, ils veulent juste un signe de réussir. Une fois obtenue, suivante. C'est moche ce que j'écris. Mes mayonnaises sont plus belles que les réalités souvent. Oui souvent le monde est triste à pleurer.

     

    Tu avais découvert que mes yeux ne s'intéressaient plus qu'à ta bouche. Ne nie pas, tu le savais. J'affirme qu'alors tu te mordais plus souvent les lèvres, que ta langue passait sur tes dents plus souvent. Tu m'as allumée, tu aimais mon désir et tu l'as amplifié. Ne nies pas. Tu as bossé à ma capture. Tu es comme les pêcheurs qui restent des heures les pieds dans l'eau et qui relâchent la carpe qu'ils ont tant voulue, quand ils l'ont. Je dis que c'est con. Que c'est con. Les hommes jouent et la carpe a un trou dans la joue. Elle ne sera plus jamais comme avant. Et d'ailleurs lui reste t-il un après ? Peut-être bien qu'elle en meurt. Cela rime à quoi ? Fais tomber la reine des échecs, fais le autant de fois que cela t'inspire, elle s'en fout, elle est en bois. (En pierre ?) Mais  moi je ne le suis pas. 

     

    Merci pour ma très mauvaise nuit sans toi.

     

    Je n'aurai pas du accepter ta décision, j'aurai du te retenir, t'empêcher de fuir, te basculer sur le tapis (ok je n'ai pas de force, donc au moins essayer).

     

    Je n'ai simplement rien compris. Simplement rien compris. Je ne peux pas dire que tu m'es fait mal, non, cela n'a pas fait mal. Tes mots, ton départ ont tout cassé. Je suis comme tombée du grand plongeoir dans une piscine vide. Je me suis écrasée. Une fois remise je suis allée me coucher. Avec un trou dans la joue.

     

    Jamais je n'ai connu un homme aussi persévérant dans sa séduction et si doué (triste drame) qui se ferme au moment de la récompense. Tu prétends que c'est à cause de l'aquarium. Cole tu te mens ou tu me mens ? Nous n'avons évoqué l'aquarium qu'à mon arrivée, quand tu m'as expliquée ton arrangement avec Charles. Je ne sais pas pourquoi tu as refusé ma bouche, mais je sais que l'aquarium n'y est pour rien. Tu me caches quelque chose. C'est amusant, toi qui me reprochait mon secret, tu agis comme si tu en avais un aussi.

     

    Tu es marié Colerige ? Tu plaisantes en me racontant ta femme à tous, mais tu en as déjà une, une qui ne passe jamais à Paris, ne vient jamais en France. Pourquoi reste-t-elle donc en Russie ? A moins que tu n'aies épousé une américaine. Une consolation comme tu dis. La femme que Charles avait pour maîtresse ? Non ce n'est pas cela, tu ne m'aurais pas invitée en Afrique du sud, en même temps tu savais que je n'y irai pas. Tu es un dragueur professionnel, avoir plusieurs maîtresses à la fois ne doit pas te déranger.

     

    Ou alors tu es comme Philippe, tu veux bien couchée avec toutes les femmes que la Terre porte, mais pas avec moi car je prends tout trop au sérieux. Il parait que je suis de celles  qui une fois  touchées, s'accrochent telles des sangsues. Non ce n'est pas cela non plus. Tu m'as offert Foch. J'ai lu la close qui stipule que tu ne peux pas enlever mon nom. Même si tu décides ce soir de ne plus jamais entrer en contact avec moi, nous resterons uni par Paris. Nous sommes unis à vie. Divorce impossible. Emmurés ensemble.

     

    Mes pensées me font peur. J'en suis arrivée à me dire que tu te sers de moi contre Welch. Tu comptes... Tu sais, Mon dieu ! Tu sais disparaitre de France, mais tu ne veux pas lui rendre l'appartement, aussi tu l'as donnée à une inconnue française qui t'a souri. Cole est-ce que tu vas mourir ? Cole tu as le sida comme ta soeur et tu n'as pas voulu me contaminer?  Est-ce que tu vas bientôt mourir Cole ?

     

    Je n'aurai pas dû aller manger, l'estomac plein, mon humeur a coulé, je me mets à divaguer.

     

    Je sais que ce que je ressens est réciproque. Tu l'avoues dans ta lettre écrite en Russie. Alors quoi ?

     

    Cole, je crois que tu as écrit des choses alors que tu étais au côté de Pavel qui résume ta vérité mais qui dépasse ce que tu es près à me donner. Je crois que l'âme de Pavel, avant de quitter la Terre à guider tes doigts. Ne lui en veux pas. J'espère vraiment que tu ne regrettes pas de m'avoir ouvert ton coeur. Je t'aime Cole. Ce n'est pas grave si nous ne sommes jamais amants, si nos bouches ne se découvrent jamais. Si tu me laisses encore le droit de poser mes yeux sur ton visage, si tu me laisses encore voir ton sourire, si j'ai encore l'espoir de te faire rire, alors tu me combles.

    Merci Pavel de m'avoir permis de te voir sous ton si beau costume d'homme fort.

    Pardonne lui.

     

     

    Le lendemain matin je t'ai trouvé douché, rasé, habillé, dans la cuisine. Je sortais du lit, j'avais juste passé un peignoir et enroulé ma tresse. Je me souviens encore de mes mots guère plus réveillés que moi :

    - Bonjour .... ça sens bon .... Oh quelle horreur !

     

    Et ma super grimace qui t'a fait éclater de rire.

     

    J'étais montée à Paris avec des petits pains au lait de boulangerie, pas de supermarché, de la confiture de myrtille, de cassis et toi tu étales du camembert sur des tartines en surveillant la cuisson de tes œufs au bacon. Oui quelle horreur. Et ton café ! J'ai dû le couper à 50% pour le juger buvable.

     

    Tu es beau en col roulé anthracite. Il n'est pas trop tard pour te le dire.

     

     

    Douchée, maquillée, habillée même chaussée je t'ai retrouvé dans ton bureau. Tu étais sagement à travailler à ton ordinateur. D'abord je t'ai regarder de loin, puis je me suis avancée sur ton autorisation. Le temps que j'arrive tu avais fermé ton dossier.

     

    C'est fou comme dans la vie on peut être sot. Tu parles russe, tu es russe et je suis choquée de découvrir un clavier présentant un alphabet cyrillique.

     

    Le russe, l'anglais, le français, le zoulou. Tu passes d'une langue à l'autre. Tu m'as expliqué les différences, les similitudes, tu m'as appris tes techniques pour progresser. En t'écoutant, très naturellement je suis venue m'asseoir sur l'angle de ton bureau, toi tu n'as pas quitté  ton fauteuil. A nouveau tu étais Monsieur Tchigrenkov aux yeux en rayons lasers. Je l'admire celui-là. Un vrai géant, crois moi.

     

    Tchigrenkov mais Cole un peu aussi. Au milieu de ton monologue, tu glisses que le russe est la langue dans laquelle tu fais l'amour. Je ne relève pas mais archive. Ton discours est déjà ailleurs de toute façon.

     

    Cette toute petite phrase, ne me dis pas qu'elle n'est pas provocante, qu'elle ne raconte pas l'avenir que tu te veux. Alors pourquoi n'avoir pas voulu accélérer le temps, mettre au présent ton projet d'avenir ?

     

    Je ne te comprends pas. Il me manque encore trop de bouts de toi pour pénétrer ton mode de fonctionnement. Je compte sur la sangsue en moi pour y parvenir. ... Et Foch aussi. Cette petite close est ma meilleure alliée. Comique ! Ce grand vide qui m'a semblé si froid se transporte en cabane au fond du jardin.

    Mais vraiment je ne vais pas bien ! Pourquoi ai-je écrite cette phrase. Pourquoi ai-je eu cette tendre image d'une cabane d'enfants où les peluches et les poupées s'amusent.

    Est-ce un signe de la vie, un signe qui m'annonce ta mort ?

    Mais alors pourquoi cette voie qui m'a affirmé que tu es mon mari, toi qui ne cesses de me dire ta femme ?

    Oh non, non, je ne vais pas te tuer quand même. Je ne vais pas te tuer comme j'ai tué mon frère.

     

    Je perds pieds, je m'en vais. Je stoppe là. Pardon.

    Il faut que je respire.

     

    --------------------------

     

     

    Je t'ai dit que le russe me semble trop compliqué, que je ne suis pas très  motivée pour l'apprendre. Est-ce parce que cela ne fait pas des semaines que j'utilise google pour assimiler tes mots que tu me juges indifférente ?

     

    Cole, te rends-tu compte que je ne me rappelle même pas la phrase que tu m'as faite répéter des dizaines de fois. Il y a de quoi avoir honte. Un jour à l'école, ma prof principale m'a dit que j'étais de ces élèves qui ne font que ce qu'ils aiment, que pour ma part je devrais tomber amoureuse d'un anglais qui travaille dans un domaine lié à l'histoire. Si j'avais l'opportunité de la revoir, je lui affirmerais qu'être éprise du prof de russe ne me rend pas plus douée pour assimiler les langues étrangères. Il y a en moi comme une volonté de demeurer fidèle au français que j'aime tant. Je t'admire. Savoir passer d'une langue à l'autre aussi facilement, oui je t'admire mais cela n'éveille pas en moi l'envie de te ressembler. Au contraire même, je crois que savoir pouvoir compter sur ton talent amplifie ma non envie.

    J'avoue tout, la seule langue étrangère qui m'inspire est celle de ta bouche.

    Dis moi qu'elle ne me restera pas étrangère infiniment.

     

    Au début j'étais face à Tchigrenkov, j'étais une élève pas douée mais désireuse de plaire au prof. Ensuite tu as combiné tes deux personnages : Tchig le prof exigeant mais patient, Cole le séducteur aux mains baladeuses. Comment veux-tu que je m'en sorte ? Que je le dise ou le taise, je suis amoureuse de toi alors les mots, la phrase...Je m'en fous. Il n'y avait pour moi que mon genoux gauche contre le haut de ta cuisse, que tes mains sur mes jambes. Et ta bouche, toujours elle, encore elle. Plus tu voulais que je la regardes pour parvenir  à bien articuler, plus je la voyais et désirais y goûter.

     

    Je suis une fille qui ne comprends rien. La leçon de la veille ne m'a pas suffit, j'ai recommencé. J'ai encore accordé de la valeur à mon désir.

    Au moins là tu ne peux pas m'accuser d'indifférence.

    C'est totalement obscur pour moi ta certitude d'indifférence. Où la puisses-tu ?

     

    Toi tu comprends tout. Tu as croisé les bras, dis adieu à mes jambes. Tu as même reculé un peu, laissant mon genoux sans bonheur. Tu as ré-enfermé Colerige en toi, toi Tchigrenkov l'inébranlable. Admiration, félicitation pour ta maîtrise de toi. N'attends jamais une telle performance de moi. Déjà parce que je ne la voudrais pas. Tu es un Janus, je suis une candide. Tu n'as rien dit, tu as fait celui qui n'a rien vu, alors que tu as tout su. Tu as continué à vouloir m'enseigner ta langue, tu as juste changé de phrase histoire de, prétendument, faire moins compliqué.

     

    D'elle non plus je n'ai pas eu le droit à la traduction. Tant que je ne l'avais pas correctement articulée je n'avais pas le droit de savoir ce qu'elle racontait. Tu es dur comme prof. Après coup j'ai songé que tu m'as fait te dire des trucs inavouables... D'où l'interdiction de traduction.

    Si au moins cela t'a fait plaisir...

     

    Cole autant je ne peux croire qu'il te fut difficile de me repousser la veille au soir, autant je crois qu'à ce moment là tu m'as voulu.

     

    Cole, tu m'aimes. Tes yeux l'ont révélé, ils m'ont fait cet aveux, tu m'aimes.

    Ta bouche s'est tu quand tes yeux ont affiché ton immense amour. Ta respiration a changé. Tu étais là face à moi, bien droit, les bras croisés et l'amour a débordé. Mon Dieu ! Je n'imaginais pas.

     

    Adieu rayons lasers, adieu beau velours, ouverture sur l'amour, le vrai, l'éternel. Est-ce qu'il y a un peu de cette beauté là quand je pose les yeux sur toi ? Oh Cole si je pouvais t'offrir un vingtième de l'infini délice que tu m'as offert,  tu saurais qu'il n'y a aucune indifférence en moi. Tout mon corps t'aime, et les cellules une fois mortes t'aiment encore.

     

    Je ne trouve aucun vocabulaire à la hauteur de l'immensité qui émanait de tes prunelles. Leur noir était devenu la couleur des perles les plus précieuses. Cole, tu m'aimes. Tes yeux m'ont révélé ton secret,  tu m'aimes.

     

    Si tu savais comme je suis fou de toi, m'écris tu de Russie.

     

    Je le sais, tes yeux me l'ont dit. Et c'est un miracle. Je ne pouvais rêver si fort. Tu m'aimes.

     

    Tu vois Cole, mille autres feraient des bonds de bonheur en se sachant invitée d'honneur à Foch. Maxime m'a dit : "Tu vends ton appart, tu demandes ta mutation sur Paris, et tu vis cool. Pas de loyer, pas de facture d'électricité, d'eau, tous les meubles du monde gratos. Songes, tu rentres dans l'appart un meuble cher, tu le revends illico, et avec le fric, tu refais ta garde-robe, en quelques années ton livret bancaire qui voit le zéro de près depuis trente ans va enfin monter au plafond".

    Je te l'ai dit, l'argent n'est pas un moteur pour moi.

     

    Quand tes yeux m'ont fait cet aveu j'ai accepté Foch car il  contient un trésor : toi. J'ignore tout de nos avenirs, mais je sais maintenant pourquoi je vis : Pour revoir une autre fois ce miracle, tout cet amour dans tes yeux. Cole je ne le savais pas sur Terre et je le découvre dans tes yeux. Cole toutes les galères de mon passé, je sais maintenant pourquoi j'ai dû les endurer : Parce qu'elles menaient jusqu'à toi, mon délice amour.

     

    Non je n'imaginais pas. Je n'imaginais pas que toi, un si grand géant puisses ... tombé si bas. Je suis si toute petite comparativement à toi. Enfin maintenant tu peux comprendre les gens passionnés par les fourmis.

     

    Ce qui devait arriver arriva, ma main s'est élevée vers ta joue, mon corps a basculé vers ton corps.

     

    Tu m'aimes Cole. Mais tu n'aimes pas m'aimer.

     

    Ta main a capturé la mienne au moment où elle atteignait ta joue. Tu l'as guidée vers ta bouche, as embrassé ma paume. Il est beau ce baiser, belle délicatesse.

    Puis tes lèvres dissimilées par nos mains ont articulé un "On arrête là pour aujourd'hui". Phrase de prof.

    Les rayons lasers avaient repris le pouvoir en toi. Tu jongles avec les langues comme avec les regards.

    Tu étais déjà parti que je n'avais toujours rien compris.

     

    Ce second rejet m'a bloquée plus longtemps en apparence mais ce n'est pas vrai. Ce qui m'a laissé assise sur ton bureau, (j'ai envie de dire, des heures) c'est l'aveu. Tu m'aimes. Personne ne m'a jamais aimé autant. Cole tu n'imagineras jamais comme pour moi cela signifie beaucoup. Cole c'est comme si tu avais cassé une malédiction. Personne n'a jamais voulu de moi. Ok je suis restée 9 ans la maîtresse de Serge, mais le jour où il a enfin divorcé, il a coupé les ponts avec moi. J'étais son oxygène dans son asphyxie chez sa femme, mais une fois qu'il a pu respirer à pleins poumons, qu'il n'avait plus besoin de moi, sa vieille bouteille d'oxygène, il m'a jetée. Et Philippe, si tu savais le sordide de cette histoire là. Depuis toujours je me répète que je ne peux attendre qu'un inconnu m'aime puisque mes propres parents ne le peuvent. Souvent je me trouve bien, oui parfois je me le l'affirme même "je suis quelqu'un de bien" mais aucune beauté, plastique ou intérieur ne développe de l'amour dans le coeur d'un autre.

     

    J'ai mes poissons. Parce qu'ils sont prisonniers. Mes filles aiment Stoyan. Quand j'arrive elles viennent me saluer, mais si il est là, elles retournent avec lui, elles ne me suivent pas. Quand il est en vacances, elles le cherchent. quand je m'absente elles n'en font aucun cas. Et Madame Tillyou que je vois comme une mère depuis 50% de ma vie. Sais tu que depuis que je sais qu'elle a démarré une procédure pour vendre une partie de son terrain à Jérémy, je ne suis plus entrée chez elle. Chaque semaine je lui consacrais des heures et des heures. Crois-tu qu'elle s’inquiète de mon changement de comportement ? Non. 

     

    Cole tu m'aimes.  Tu m'aimes. Tu es probablement le premier de la Terre.

     

    Mais tu n'aimes pas m'aimer. Cela ne me blesse même pas, je n'en suis pas étonnée. Tu es un géant. Je n'ai rien à t'offrir. Tes yeux m'ont fait cet aveu TU M'AIMES. Je veux croire que cela m'aidera à pouvoir demeurer dans ta vie. Tu m'aimes mais n'aimes pas m'aimer. Ne t'en excuse pas, c'est sans gravité.

     

    " Il nous reste combien de temps".

     

    Je me suis retournée sans me lever. Appuyé contre le mur tu voulais savoir combien de temps il nous restait à passer ensemble.

    Rendez-vous  BlaBlaCar : 16h30  près de la porte de Clichy, rue Fragonard.

     

    " Tu veux faire quoi d'ici là ?"

     

    Ce que je veux faire ? Cole tu le savais très bien, je voulais me blottir dans tes bras. Rien d'autre que me blottir contre toi.

     

    Cole pourquoi ne veux-tu pas de moi, alors que tu m'aimes tant ? Pourquoi les gens qui aiment traitent aussi mal que les gens qui n'aiment pas ? Toutes ces filles qui tu as allongées dans ton lit, elles avaient quoi que je n'ai pas ? Si les hommes qui aiment traitent aussi mal que ce qui n'aime pas, où puiser de l'espérance, il n'y a déjà tellement pas d'espoir.

     

    Je ne sais d'où me vint la force, l'audace, mais je suis fière de ma réponse.

     

    - Tu veux faire quoi d'ici là ?

    - Je veux faire ce que tu as envie de faire. Et que tu le fasses.

     

    Il n'est pas possible qu'un homme aux yeux débordant d'amour soit rassasier d'un baiser dans la paume. Geste délicieux soit dit en passant.

     

    Quand j'ai tourné la tête pour voir ta réaction, je t'ai vu disparaitre. Si je n'en fus pas accablée c'est que j'étais fière de moi. J'étais sûre de t'avoir mis échec et mat. Que de prétention !

     

    Merci de m'avoir repris la main sur le trottoir.

     

    J'ai usé de tous les stratagèmes pour savoir où nous allions. Je n'en ai rien su, sauf bien sûr que tu allais faire ce que tu avais envie de faire. Tu t'es bien amusé, moqué de moi.

    C'est beau de te voir heureux Cole.

     

    Au final tu m'as fait entrer dans un magasin et tu as demandé à la vendeuse si elle avait ton manteau en taille jeune homme, une taille qui irait à "Madame".

     

    Qu'ai-je crié ? "Mais tu es malade" ou "Non mais t'es dingue" ? Je ne m'en souviens plus. Ma mémoire a gardé l'effroi qui s'est peint sur le visage de la vendeuse.

     

    Cole si je ne t'avais pas connu, si comme elle j'avais été spectatrice, pareillement  en mon for intérieur je t'aurais traité de connard.

     

    Tout a été si vite. Je rentre heureuse, je t'entends et comprends que tu vas m'acheter un manteau qui doit valoir un mois de salaire pour moi, de main dans la main, amoureusement j'ose dire, me voilà entravée, les deux mains dans le dos retenues fermement par les tiennes, le front contre ton front , le nez contre ton nez et j'entends que tu lâches, la mâchoire crispée par la contrariété un "Tais toi" sonnant et trébuchant.

     

    Alors oui si j'avais été la vendeuse je me serais dit que tu n'es qu'un connard et que Madame ne doit pas rigoler tous les jours.

     

    Depuis, j'ai repensé souvent à cette scène trop agressive. En la vivant je fus tellement choquée, par la rapidité, la fermeté que je l'ai classé comme le pire moment avec toi. Maintenant je la vois autrement.

     

    La concierge a peur de toi, la vendeur te déteste, si je raconte la scène à Maxime elle te haïra encore plus. Moi ce que je vois c'est que tu m'as offert un manteau, petit frère du tien. Tu as constaté mon admiration et tu m'as offert le tissus de mes rêves. L'intention est très bonne, mais que de maladresse. Comment toi si chef de tout n'es-tu pas parvenu à demeurer maitre de tes émotions ? Pourquoi tant de violence ? Quelle danger je représentais ? Encore une pièce de puzzle qui me manque.

     

    Hier je me suis souvenue d'un de mes gestes guère plus glorieux. J'avais acheté un cadeau à Olivier. Je n'en étais pas amoureuse, c'était mon binôme imposé à l'école, mais il était gentil, il m'accordait temps et valeur. Il était bien le seul de la classe à le faire. Bref un jour j'ai voulu lui offrir un cadeau avec ma misérable monnaie de la Cantinière. Je ne sais plus ce que je lui choisis mais crois moi, ce fut un achat réfléchi. Je l'ai enveloppé. Tu sais comment je le lui ai offert ? En le lui jetant à la tête. Il est tombé au sol. Le paquet, pas Olivier. 

    Ce que je veux que tu comprennes c'est que l'action m'a été facile tant que je n'avais aucun spectateur, mais face à lui, je n'ai pas su m'affirmer.

     

    La vendeuse t'a catalogué Dictateur. Moi je me souviens de moi et je crois que tu es sans violence, juste maladroit. Mais si tu es violent pour une si petite contrariété, je peux avoir peur, car lors d'une grosse, je rentrerai sur la longue liste des femmes battues.

     

    En conclusion je reprendrai une de tes phrases : "Ne me refait plus jamais çà". Mais moi j'y ajoute SVP.

     

    Colerige Alesh tu es un géant, un homme très très bien mais dont la rigidité effraie, aussi je pense que beaucoup ne découvrirons jamais l'ange en toi car ils resteront bloqués par un acte, un mot trop violent.

     

    Pavel est mort non à cause de toi mais à cause de la mort. Mille mots de toi, mille regards ne sont rien pour celui qui ne sait recevoir. Je suis assurée que le temps des mots de cette immense lettre (je n'ose pas compter les pages, j'ai peur du chiffre que je vais obtenir... ) tu as pensé à plusieurs reprises "je n'ai pas vécu cela comme ça". Déjà pour le manteau, tu veux me faire un cadeau, je dis non, tu me prends dans tes bras, pose ton front contre le mieux et me dis de ne pas refuser. Je suis sûre que tout était des plus délicat pour toi, sauf que pour la vendeuse, tu m'as emprisonné et pour moi aussi car tes mains bloquaient trop fort mes poignets, et le ton de ta phrase, les mots de ta phrase : fermeté sans appel.

    Ce que je veux dire c'est que Pavel a une image de toi qui te resteras inconnue, peut-être qu'il t'a vu dire ou faire quelque chose, qu'il s'en est nourri bien plus que si tu lui avais consacré une journée entière en tête à tête.

     

    Au billard je me croyais charmante, je me voulais délicieuse, mais tu ne m'y as pas aimée. Le lendemain assise sur ton bureau alors que j'écorchais ta langue, un océan d'amour t'a submergé. Qu'avais-je fait pour mériter ça ?

     

    Cole c'était sa destinée de mourir, nous n'avons pas tous un chemin qui passe par la case 80 ans.

     

    Cole je crois que ma lettre est monstrueusement longue car c'est l'unique moyen que j'ai trouvé pour te garder avec moi, soit loin de ta soeur. C'est plus fort que moi, je pose en superposition Pavel et Alexandra.

    J'ai peur que tu aies mal.

     

    Cole tu as mon téléphone, je suis là pour toi.

    Appels si tu en as besoin.

    Appels si tu veux m'entendre dire n'importe quoi.

     

    Pourquoi suis-je si loin ? Je maudis les 530km qui nous séparent. J'ai vu qu'il y avait un vol Brest Paris : 1h10. Mais je travaille demain, sitôt arrivée il me faudra repartir. Et peut-être n'es tu déjà plus en France.

     

    J'ai reçu tes 2 lettres ce matin, je te poste la mienne demain matin avant d'entrer à l'agence. J'espère  qu'elle t'arrivera avant ton départ.

     

    Tu n'es pas seul mon bel amour maladroit.

     

    Mickaelle.

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 5 Octobre 2016 à 08:38

    Et bien ! On sait tout de l'escapade parisienne maintenant. Ça éclaire pas mal de choses.

    J'aime bien le contraste : Mickaëlle volubile dans ses mots et Cole , disons plus "réservé".

    Il n'appellera pas !

    2
    Mercredi 5 Octobre 2016 à 13:05
    3
    Mercredi 5 Octobre 2016 à 20:16

    J'archive, je le mets sur la liste des livres à acheter. Merci.

      • Jeudi 6 Octobre 2016 à 07:12

        Tu me diras ce que tu en penses une fois lu.

        J'ai aussi lu le dernier bouquin de B. Werber "Demain les chats". Surpris pas sa noirceur et son pessimisme, mais avec humour. De belles réflexions philo tout de même (entre autre sur les relations entre "espèces").

      • Jeudi 6 Octobre 2016 à 19:39

        Ne sois pas trop pressé car il y a encore la taxe d'habitation à passer et ce mois 2 vaccins (Dam & Erg) et le mois prochain ce seront An. & Meg. donc au mieux je me l'offrirais en cadeau de noël.

        Je suis très archiviste et très listes donc oui, un jour il sera de ma bibliothèque.

      • Jeudi 6 Octobre 2016 à 23:12

        As tu une liseuse ou un moyen de lire des livres électroniques ? (moins sympa que le papier mais ... si oui je te dépannerai). 

        Ici c'est contrôle technique véto demain ...

      • Vendredi 7 Octobre 2016 à 21:17

        Comme dit Cole : Non merci.

        J'aime posé les livres que j'ai lu dans ma bibliothèque ensuite. J'ai un voisin qui à une époque m'a prêtée quelques romans et bio, mais cela ne me plaisait pas de devoir les lui rendre, je suis archiviste. 

        J'ai toujours des listes. "Choses à faire" "choses à acheter" "choses à voir" ... J'ai un programme jusque 2022.

        Non je n'ai pas de liseuse. Pas envie, j'aime le papier.

      • Vendredi 7 Octobre 2016 à 21:27

        Je préfère aussi le papier et j'ai acheté ces bouquins. Mais j'avoue commencer à manquer de place ... Si je trouve la liseuse moins sympa et n'ayant pas ma préférence, j'y ai trouvé de bon côtés (je dirais presque hélas). En déplacement je peux lire sans m'encombrer ni me bousiller la vue.

        Bonne soirée

    4
    Mercredi 5 Octobre 2016 à 20:18

    Bien sûr que non il n'appellera pas.

    Ce ne serait plus Cole autrement wink2.

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