• 31

    Elle est dingue Arlequin. Mais comme elle fait du bien.

    Ok elle me veut bien à nouveau chez elle mais je ne dois plus payer mon loyer à la semaine, elle veut un paiement au mois et elle décrète que les 4 jours qui restent à celui-ci ne comptent pas et elle exige que je me taise toutes les  fois, sur les vingt ans à venir,  qu'elle appellera Edgar : Matoucha.

     

    Elle est dingue mais ça fait chaud au coeur.

     

    Quand elle m'a enlacée... ça aussi cela fait vraiment  chaud au coeur.

    Même quand elle dit " Bonjour Matoucha bébé".

     

    Nous sommes tellement opposées ....

     

    Je suis contente de l'avoir dans ma vie.

     

    Le premier jour où j'ai posé mes valises chez elle j'avais une envie forte de déguerpir au plus vite. Cette fois j'ai l'impression que je ne suis pas prête de m'en aller. Je vais finir ma vie avec une femme ! Cela va me préparer à l'ultime étape : la maison de retraite.

     

    Elle ne m'a  posée aucune question. Au travers de la vitre, elle m'a vue traverser la terrasse avec la lourde valise de ma mère et Edgar dans sa boite à chat toute neuve. Elle est devenue rayonnante. Avec elle tout est simple comme un dimanche de plein soleil.

     

    Plus tard je  lui raconterais que demain Samuel et Marie Pierre seront à manger chez maman. Je suis sûre qu'elle va me comprendre.

     

    Depuis qu'elle a encaissé que je suis celle qui a brûlé Samuel, elle n'est plus que joie de le savoir en bonne santé. Alors dimanche avec Lukasz et Zofia, c'est la fête à la maison. Maman veut revoir l'homme qui était un amour de petit garçon. Elle m’écœure.

     

    Merde c'est MA mère, pas la mère de ce mec. Elle croit que c'est facile pour moi de voir ce mec en col roulé et manches longues qui cachent tout le mal que je lui ai fait. Elle croit quoi maman ? Que tout va bien pour moi ? Je suis obsédée par sa peau. Dix fois, vingt fois, cent fois je suis allée sur internet voir des peaux brûlés pour savoir ce qu'il y a sous son pull. Et maman l'invite. Elle a retrouvé son charmant  kochanie.  Rien d'autre n'importe pour elle. C'est quoi l'étape suivante? Elle va souffrir de savoir Solange veuve et elle va l'invitée à partir avec eux en vacances pendant le mois d'août ? Elle déboulonne complet la mère ! Merde c'est Ma mère, elle devrait être de mon côté, elle devrait comprendre que je suis mal d'avoir foutue en l'air la vie de ce type.

     

    Et de Mickaelle. Qu'est devenue Mickaelle ? Qu'en ont-ils fait ?

     

    Alors quand elle est venue vers moi avec les bras chargés de bouquins de cuisine, pour que je l'aide à élaborer le menu de dimanche, c'est tout logiquement que je l'ai invitée à refaire le gâteau des un an de Janko, d'y planter une bougie et d'offrir la boite entière à Samuel tant qu'elle y était.

     

    Merde pour l'heure il ne savait pas que c'était moi qui lui avait foutu sa vie en l'air, il croit que c'est sa soeur, mais avec l'invitation il va se souvenir que nous étions ses voisins, et si il n'arrive pas seul à nous revoir dans la cabane avant que je ne referme la porte sur lui, je compte sur maman pour ne rien lui cacher de ma monstruosité.

     

    Bien sûr il doit le savoir, mais merde pas comme ça, non pas comme ça.

    "oh comme je suis heureuse de te revoir après l'enfer que ma monstrueuse de fille t'a fait subir". Merde pas comme ça.

     

    Elle croit quoi maman ?

     

    Elle ne pense même pas une minute à Samuel. Il va vouloir savoir pourquoi il doit aller chez les parents d'un homme qu'il vient juste de connaitre.

     

    Quand il a vu un livre, juste un livre, qu'il a lu " Brûler" sur la couverture, il a explosé de rage, et là, pour les beaux yeux de maman il va resté bien sage à table.

     

    Merde pourquoi papa et Lukasz ne réagissent pas eux non plus. C'est de la débilité totale ce repas. Pourquoi je suis la seule à le réaliser ?

     

    Alors oui, j'ai dit à maman de lui offrir en cadeau de retrouvailles une boite de bougies. Je me suis même proposée d'aller les lui acheter car je me souviens très bien de celles que j'ai utilisé pour lui foutre sa vie en l'air.

     

    Là j'aurai voulu que maman comprenne qu'elle mettait la charrue avant les bœufs, que ce n'était pas opportun de l'inviter maintenant. Mais non, elle n'a rien capté, elle m'a rétorquée que si je n'avais pas meilleur humeur dimanche, j'étais invitée à être absente.

     

    Samuel était le bienvenu et moi je devais m'en aller.

     

    J'ai déjà connu des rapports de force avec papa mais jamais avec elle. Je ne sais pas comment Solange a jeté Mickaelle mais là j'ai senti, et ça glace le sang, j'ai senti que ma mère me repoussait. On était là, elle assise, moi debout, nos regards ne se lâchaient pas. Il y avait une force incroyable dans les yeux de ma mère. Une force bien plus puissante que n'aurait été celle de ses bras sur mes épaules pour me repousser vers la porte de sortie.

     

    J'ai compris qu'il était tant que je m'en aille. De toute façon à 50 ans on ne vit pas chez ses parents. Mais tout de même, quand je lui ai piqué sa grosse valise, que j'ai vidé ma chambre comme jamais encore je ne l'avais fait, j'étais glacée. Si je n'avais pas su Kara Anne sur Terre j'aurai paniqué face au gouffre qui m'attendait. J'avais un refuge où aller. Virée, jetée, oui mais j'avais un replis, un avenir.

     

    Et puis il y avait Edgar.

     

    Encore une totale incompréhension.

     

    Comme j'avais hurlé  "Samuel" face à ma maison en feu, en rassemblant mes affaires je suis devenue obsédée par Edgar. Le plus dingue c'est que son nom m'est venu comme ça. Avec Kara Anne nous l'avons toujours appelé Matoucha à cause de Macha et Chama ses soeurs. Et jamais il n'a été question que je l'adopte. Il était le dernier de la fratrie, celui en attente d'une adoption, rien d'autre.

     

    Alors que je vidais tiroirs et étagères, il est devenu Edgar. Edgar mon chat. Je ne sais pas pourquoi, c'est ainsi. Son nom c'est Edgar. Et son avenir est avec Guénady et moi. J'avais pris Guénady et sa soeur Cveta tant la misère du lieu où ils étaient me désolait. Pourquoi je voulais Edgar ? Je ne sais pas. D'ailleurs je ne le voulais pas, c'est comme si une force ésotérique me l'imposait. 

     

    Au début  j'ai été comme obsédée par lui. Ensuite je fus habitée par une peur de le laisser derrière moi. Pas une seconde je n'ai pensé que maman pouvait monter pour une dispute ou une volonté de réconciliation, non, dans mes tripes, ma tête il y avait "fuit vite, emporte tout car tu ne reviendras jamais et surtout, surtout, SURTOUT n'oublie pas Edgar, ne laisse pas Edgar derrière toi".

     

    Bref j'ai fait un crochet chez ses naisseurs et je l'ai embarqué. C'est fout quand j'y pense, cela s'est passé comme si j'étais passée reprendre mon chat chez sa nounou. Ce fut comme si lui et moi nous nous connaissions, nous nous aimions déjà depuis ... depuis toujours. Il m'attendait derrière la porte, presque. Et les gens ! C'est horrible quand on y pense comme ils n'en ont rien à faire. Si j'étais passée leur acheter un kg de tomates de leur jardin, je suis sûre qu'ils en auraient fait plus de cas. Ils ne m'ont même pas consacré trois minutes. Jamais je ne les avais prévenu de mon désir. "Il est là". Voilà tout ce que la femme m'a dit "il est là". Elle aurait désigné un tas immondices elle n'aurait pas eu pire grimace. Lui il a levé les yeux sur moi, et il a sauté de sa boite en carton d'où il dormait. Il a couru vers moi (où vers la porte ouverte). Je l'ai pris dans mes bras. On s'en va  lui ai-je dit en l'embrassant sur le crane. Je me suis retournée et j'ai entendu la porte qui se refermait derrière nous.

     

    Quand il fut dans la voiture, que nous roulions vers Guénady, ma peur, ma souffrance due au rejet de ma mère se sont envolés. C'est un peu comme si je venais de sortir d'un long tunnel sombre, qu'enfin je retrouvais la lumière. J'aurais presque pu sortir de la voiture pour lever la tête au ciel, étendre les bras et hurler "La vie est BELLE" en tournant sur moi telle une toupie. Mais Monsieur bébé qui a déjà plus de trois mois, donc n'est plus si bébé que ça, vagabondait sous les sièges avants, alors ni chanson ni hurlement de bonheur, mais une absolue concentration sur la route qui mène au premier magasin qui vend des boites de transport pour chat.

     

     Kara Anne m'a pris la boite, et m'a suivie avec dans la chambre.

    J'ai ouvert la valise, elle a libéré Edgar.

     

    Je n'arrivais pas à parler. Elle ne m'a posée aucune question.

    Au bout d'un moment elle a pris Edgar contre elle et elle lui a dit :

     

    - Matoucha il y a deux étapes dans une vie. D'abord tu luttes pour être toi et que les autres acceptes que tu sois toi tel que tu es. Ensuite il faut accorder à autrui ce même droit d'existence. 

     

    Alors elle l'a posé au sol et elle m'a enlacée. Comme je lui tournais le dos, elle a écrasé sa lourde poitrine  contre ma colonne  vertébrale et ses mains se sont repliées sur mon ventre. Ce n'a pas été un geste furtif, elle est restée longtemps sans bouger, sans desserrer son étreinte.

     

    Depuis quand  quelqu'un ne m'avait pas offert une si libre preuve d'amour ?

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 8 Mai 2016 à 17:14

    J'aime beaucoup les 2 étapes de la vie à la fin. Tellement difficile, accepter les gents comme ils sont et non tels que l'on voudrait qu'ils soient.

    Edgar a bien de la chance, ça m'a rappelé un souvenir lointain, du vécu avec une minette méprisée par ses "naisseurs" comme tu les appelles

    Quand à Mickaelle, je me pose de plus en plus de questions, mais tu vas bien nous la sortir de quelque part, si tant est qu'on ne la connait pas déjà ....

    2
    Dimanche 8 Mai 2016 à 17:38

    Tu vas voir ce que j'ai mijoté dans ma cervelle de crâne.wink2

    Non non tu ne la connais pas. Mais tu vas la connaitre. Mais ce ne sera pas comme tu l'imagines, même si je ne sais pas ce que tu imagines. intello

     

    3
    Dimanche 8 Mai 2016 à 17:49

    Lolo & Kizende sont nés chez mes anciens voisins. Un jour quand ils avaient environ 1 mois, 2 des filles ont fait le tour du quartier avec les 7 bébés dans une couverture. Arrivée chez moi il restait deux frères presque identiques, Laumail et Kizende. 4 je trouvais que c'était beaucoup. J'avais Eichane & Yanoula déjà.

    Quelques jours + tard j'ai entendu un chaton pleuré. J'ai trouvé l'un des petit frère devant mon grand portail. Les gamines (la petite devait avoir 4 / 5 ans) les promenaient comme des nounours, et comme des nounours ils les oubliés partout.

    comme je suis très respectueuse des lois ( ça veut dire conne) je l'ai prise et je l'ai remonté chez lui. La mère m'a ouvert la porte, l'a pris car je le lui tendait et dès que j'ai eu le dos tourné elle a ré-ouvert la porte pour le mettre dehors.

    Je crois que je ne me suis toujours pas pardonnée de ne pas l'avoir mis dans le lit entre Kiki & Lolo. Surtout que cette famille a déménagé ensuite. J'aurai pu aussi revenir sur mes pas pour dire qu'en fait je le prenais. Mais non je n'ai rien fait pour lui.

    Il y a aussi un petit chien que je n'ai pas aidé car je suis ... respectueuse des lois.  Il s'appelle Joé.

    Ils sont morts tous les deux aujourd'hui mais je ne me suis toujours pas pardonnée de ne pas les avoir aider alors que la Vie attendait ça de moi. Peut-être que c'est à cause de ce double non pardon que Mégara est là ?

     

    4
    Lundi 9 Mai 2016 à 10:39

    Des explications très claires. J'attends pour Mickaelle donc ... Tu sais tu n'es pas la seule à te reprocher ce genre "d'erreur", on en a tous fait en se disant "si j'avais" .... moi le premier. (relis "if" de Kiplink ou l'adaptation de Maurois, les 2 premiers vers ...)

    J'essaie d'avancer en regardant si l'équilibre penche plutôt du côté de ce que j'ai fait, sans renier mes erreurs.

     

    5
    Lundi 9 Mai 2016 à 13:56

    Avant de le relire .... il faudrait que je le lise.yes

    errare humanum est : J'ai pensé à cette phrase parfois dans les 2 sens de lecture : l'erreur est humaine = l'humain à le droit de faire des erreurs, mais aussi, il n'y a que l'homme a nommé les choses "erreurs".

    Je pense que celui qui ne fait jamais d'erreur est celui qui ne regarde jamais sa vie. Il faut avoir une volonté d'amélioration pour soigner que l'on peut faire mieux.

    Là tu vois avec mon 110L je me dis "il est le brouillon et le 260 sera le chef d'oeuvre" beurk. C'est en faisant que l'on apprend.

     

    Perso ce qui me "sauve" c'est d'être très très spirituelle donc de savoir que la volonté de la Vie est + forte que mon petit personnage.

     

    Tout est éducation.

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