• Après le choc, un énorme silence envahit l'espace.

     

    Comment en étaient-ils arrivés à se disputer si violemment ? Plus personne n'osa ajouter de la souffrance à la souffrance.

     

    Quand Marie José s'était levée furieusement pour fuir cette atmosphère malsaine, le banc jusqu'alors sous elle, avait basculé au sol. Le bruit du bois rencontrant le carrelage réveilla les esprits. Ils se disputaient. Seulement à cet instant ils réalisèrent le ridicule de la situation. Ils en étaient arrivés à se disputer, à se reprocher du grand n'importe quoi. Marie José n'était pas venue pour ça. Personne n'était venu pour ça. Ce choc les fit constater l'absolue absurdité de la situation. Tous, d'agressifs, ils passèrent à penauds, n'osant même plus relever les yeux, respirer pleinement. La honte s'additionna au silence. Marie José debout, stoppée dans son élan par la chute du banc, ne savait plus que faire. Partir ou rester ? Les mots les avaient tous conduits dans une autre dimension. De retour à la réalité, comment se comporter ? Comprendre comment et surtout pourquoi, ils en étaient arrivés là ? Ou reprendre plus avant comme si jamais ils n'avaient dérapé?

     

    A l'étage Helmut changea de couche. Il était le seul dans cette maison à avoir constaté le recul des nuages, l'entrée du soleil par la fenêtre. Soucieux de son bien être, il alla s'éteindre au plus haut du lit, sous la chaleur naturelle.  En bas Philippine seule s'ouvrit à son petit manège : sauter pour descendre de son lit double, quitter la mezzanine, traverser la chambre, monter dans le lit de Philippine qu'il jugeait sien aussi. Elle n'entendit pas les oreillers tomber sur le tapis, mais elle les imaginait expulsés par une patte rapide, efficace. A son tour elle constata le soleil dans la maison. Les feuilles et cahiers étalés sur la table de la cuisine en étaient inondés.

     

    - Un thé, un café, des chocolats, un verre de vin, n'importe quoi ? Quelqu'un veut quelque chose ? demanda Philippine pour que cesse la diffusion du vide qui les isolaient les uns des autres, pour repartir sur de nouvelles bases. Marie José tu prends quoi ?

    - La porte.

    - Je te suis.

     

    Le résultat obtenu ne fut pas le souhaité. Marie José sortie de sa torpeur, récupéra hâtivement son sac à main  dont la lanière était écrasée par le banc échoué. Elle tira, s'énerva. Philippine voulut l'aider mais son mouvement énerva encore plus Marie José. Rien ne se passait comme espéré.

     

    Antoinette fut la première arrivée à la porte.

     

    Les deux femmes sorties, Arno et Philippine échangèrent une grimace.

     

    - Ton n'importe quoi englobe quoi ?

    - Ecoute Arno, franchement  je ne sais même pas ce que j'ai.

    - Tu as des barres Kinder ?

    - C'est pour les gosses, ces trucs là.

    - Je suis un gosse.

    - L'homme est enfance éternelle !

     

    Du tiroir gauche de son vieux meuble en bois, elle extirpa des emballages vides. L'un deux, lourd, contenait encore deux petits sachets rouges.

     

    - Kitkat ?

    - Va comme lot de consolation. Je peux aller fumer sur ta terrasse ?

    - Helmut on va dehors, tu viens ?

     

    Pourquoi Philippine criait pour l'inviter à se joindre à eux ? Il était interdit de chocolat et le nommé Arno était un homme. Vraiment pas de quoi abandonné l'ami Soleil. Helmut ne comprenait pas comment Philippine pouvait encore le connaître si mal ? Depuis le temps qu'il l'éduquait !

     

    A l'origine tout était si simple pourtant.

     

    L'idée était venue d'Arno.

     

    Suite au passage de la police au restaurant, les employés s'étaient interrogés. Que leurs avaient-ils demandé ? Que leurs avaient-ils appris ? De quels  éléments disposaient-ils ? L'échange n'avait rien révéler à Arno. Il y avait ceux qui ne pensaient qu'à eux, ceux qui voyaient dans l'absence de Elvira, une chance d'être remarqué plus fortement et ceux qui étaient déjà passés à autre chose. Aussi affreux que cela puisse-t-être seule Marie José le rejoignait, et encore non, elle, elle l'avait déjà tuée. Comme il le résuma ensuite à sa femme Odile, il y a d'un côté ceux qui rêvent de prendre du galon additionnés de ceux qui ont déjà oublié qui fut Elvira et de l'autre Marie José qui voudrait retrouver son corps pour comprendre comment elle est morte, et puis moi qui voudrait savoir ce qui l'a pousser à aller respirer un autre air que le notre.

     

    Le sur-lendemain, il ajouta Antoinette à sa liste. Celui-ci jugeait Marie José trop expéditive et Arno par assez lucide. Selon elle, Elvira vivait toujours mais ne pouvait qu'être séquestrée. Antoinette rejoignait Igor sur ce point, Elvira n'avait pas décidé seule de les abandonner tous. D'abandonner surtout le restaurant. Les jours qui s'additionnaient sans faire sonner le téléphone lui faisait délasser l'idée de rançon. Mais alors quoi ? Antoinette voulait aider, elle voulait retrouver Elvira. Elle  se pardonnait de moins en moins son indifférence des dernières années. Elle avait besoin de s'activer pour Elvira, à moins que ce ne fut pour la tranquillité d'esprit.

     

    Riche des deux femmes, Arno pensa qu'il fallait commencer par rencontrer la voisine de Elvira, même si  Marie José l'avait dépeinte comme une personne déplaisante. En réalité Marie José n'avait aucun réel souvenir de Philippine. Le dalmatien collant, la table de cuisine tout droit sortie d'un vieux cliché des années mille neuf cent et la clé volée suffisait à étiqueter Philippine  "non fiable". 

     

    Helmut était seul dans la maison lorsque Arno sonna. Ne supportant pas les hommes il lui aboya de reculer. Il s'entendit répondre "bon chien" preuve que les hommes sont sots. Il renforça son message mais l'odeur masculine ne s'éloignait pas. Et pour cause, Arno venait de s'appuyer contre le mur qui encadrait la porte pour rédiger un mot à destination de Philippine. Il commença par Madame, ignorant ses prénom et nom, Marie José n'ayant su les lui donner. Sans se soucier des aboiements rageurs il retourna vers la voiture de Elvira, la petite coccinelle rouge qu'elle s'était offerte d'occasion, crédit à l’appui, à l'époque où Igor commençait à songer à sa retraite sans envisager encore la vente du restaurant. Il ne l'avait pas souvent vue cette voiture. En repensant au jour où Elvira était passée chez eux prendre ses filleules pour la journée, il déposa la paume sur le capot. Pourquoi les jumelles ne passaient-elles pas plus de temps avec leur marraine ? Pourquoi passe-t-on chaque jour autant à côté des vraies importances  de l’existence ? Arno se sentant de plus en plus mal à l'aise, chercha des yeux, la boite aux lettres. L'une sur l'autre, parfaitement identiques, elles avaient été placées devant les places de parking, au plus près du portail de Elvira. Elvira Malacorne - Philippine Rozamin. Plus qu'il ne le déposa, il jeta le mot dans la boite du dessus et s'en alla comme un voleur. Helmut put enfin se taire. Satisfait, il se rendit à la cuisine. Aboyer après l'odeur désagréable lui avait donné soif.

     

    Madame,

    Marie José m'a dit que comme nous

    vous vous inquiétiez pour Elvira.

    Unissons nos forces, si vous le voulez bien.

     

    Arno Coursel

    serveur au resto d'Elvira

    arno.coursel.@hotmail.fr

    06 95 20 81 48.

     

    Philippine connaissait Arno d'en avoir mille fois entendu parlé par Elvira, ce fut donc sans hésitation qu'elle lui envoya un mail résumant la situation, dès assise sur son canapé, Helmut et elle revenus de la plage.

     

    " Bonjour Arno,

    Je fus heureuse de découvrir votre mot.

    Les flics sont aussi passé ici.

    Marie José a du vous le dire,

    j'ai les clés de chez Elvira.

    Avec eux, nous avons étudié sa comptabilité

    et inspecté ses placards.

    Il en résulte deux choses :

    * Depuis mai 2004 elle donne de l'argent à PLAN.

    Les sommes sont toujours les mêmes.

    Mais nous n'avons aucun indice

    sur ce qui se cache derrière les quatre lettres.

    * * A daté de juin de cette année,

    elle a sérieusement augmenté 

    sa collection de sous vêtements.

    Le neuf est bien plus sexy que l'ancien

    (avis de fille).

    Elle ne m'a rien dit,

    mais je sais qu'elle a un mec depuis cette période.

    Je voudrai le retrouver.

    Je suis en RTT vendredi toute la journée,

    je vais donc remonter chez Elvira

    fouiller dans ses albums photos, ses papiers.

    Objectif :

    trouvez qui elle nomme PLAN + les coordonnées du mec.

    Est-ce lui P Lan.... soit Plan.

    Ravie si tu viens te joindre à moi.

    Philippine".

     

    Tout le temps qu'elle écrivait le mail pour Arno, Helmut l'observait de son fauteuil. Elle ne voulait pas le regarder mais toujours son attention revenait sur lui. Il était calme, n'émettait aucun son, la contemplait simplement. D'autre aurait pu penser qu'il attendait qu'elle se lève, passe à la cuisine, qu'elle commence à préparer le repas du soir, mais pour Philippine le message était autre. Philippine était de celles, non qui croyaient, mais de celles qui savaient que les chiens étaient télépathes, aussi, elle savait que Helmut lui soulignait que commencer une relation par un mensonge manquant de valeur morale.

     

    Oui elle mentait à Arno. Les flics ne s'étaient pas déplacés chez elle, ce n'était pas eux qui avaient passé l'appartement de Elvira au peigne fin. Benoit n'avait même pas voulu monter chez la disparue.

     

    Le repas comme la soirée achevée, une fois au lit, la lumière éteinte, elle le prit contre elle un peu trop brutalement, ce qui le fit se retrouver le dos contre la couette, les quatre pattes en l'air et le cou tordu. Il comprit ce qui l'attendait. Résigné, il bougea difficilement pour libérer sa tête coincée et  ce fut parti pour une longue séance de massage, un cours de philosophie encore plus long.

     

    Philippine lui expliqua que dans le monde des chiens seule la vérité compte, or dans la race humaine elle a bien peu de valeur, cette vérité. Les hommes vivent suivant une logique de sociabilité qui oblige à sélectionner les vérités bonnes des vérités pas  bonnes à dire. Raconter que Benoit avait été dans son lit avant Helmut n'était pas une vérité bonne à dire. Raconter à Arno qu'il avait eu affaire à deux petits flics quand elle, elle avait eu le droit au gros bonnet, n'était pas plus racontable.

     

    Comme chaque fois, tout le temps du cours du soir, Helmut dormait d'un œil. En effet chaque soir, il avait le droit à une leçon de la collection inachevée "comment survivre dans le monde des humains déshumanisés". Il s'endormait donc chaque soir avec le même rêve, que la collection s'achève pour qu'en commence une seconde, mille fois plus passionnante comme par exemple la collection : "Comment faire entrer des saucisses dans les barquettes de poissons que la géant boite glaçée qui se nommait Congelle porte en elle".

     

    Depuis la veille, elle était gueule ouverte. Congelle était morte. Il n'y avait plus de petits carrés sauce / poisson en glace dans son ventre. Helmut avait bien pris le temps dans la journée, de l'inspecter en détails olfactifs. Morte.  La bête qui avait l'habitude de ronronner jour comme nuit s'était tue. Helmut était resté une longue partie de sa matinée à se demander quel serait la vie sans les boites sauce / poissons de Congelle. La vie n'allait-elle plus être que gamelle à croquettes ? Philippine allait-elle manger les croquettes avec lui, chose qu'elle ne faisait pas encore ou allait-elle juste vivre de barres de chocolat poison ? 

     

    Pour Helmut ce fut un jour de déprime, perturbé par un sonneur sot qui complimente quand il faut fuir. Heureusement il y avait eu la plage, le jeu de course avec Vaillant le berger allemand vacancier. Et l'apothéose : Philippine l'emmenant chercher un poulet rôti tournant. Existe-t-il plus gros festin ? Oui : Un poulet rôti farci à la saucisse, mais ce plat là ne devait être servi que au paradis. C'était peut-être bien là-bas que Elvira était partie ? Elvira n'était pas sotte. Helmut adorait Elvira.

     

    Helmut ne se souviendra pas de la leçon des vérités bonnes et des vérités pas bonnes à dire, mais il se souviendra comme la mort de Congelle  offre du poulet rôti. Helmut n'est pas pour la résurrection de Congelle.

     

    Il dormait profondément quand Philippine qui n'avait pas achevé sa leçon, le repoussa pour récupérer son téléphone portable qui venait de lui annoncer que Arno avait répondu à son mail par un texto.

     

     

    Grosse galère.

    Son mec est suédois.

    Elle est en suède.

    Je mène l'enquête ici pour plan - mai4.

    Je débarque à 9h30 vendredi

    avec des pains au chocolat. Ok ?

     

    Suédois  !!!!

     

    Je t'expliquerai.  9h30 c'est ok ?

     

    Ok mais croissant + pain au chocolat.

    Le chocolat = poison pour mon mec à moi.

     

    Philippine reposa son téléphone perplexe. Pourquoi Arno tenait tant à ce qu'il soit suédois ? Que savait-il qu'elle ignorait ? Suédois ! Cela lui semblait tellement absurde. Plus qu'absurde, impossible. Philippine  s'endormit en souriant. Les mecs étaient bien tous les mêmes, il fallait toujours qu'ils aient raison, surtout quand ils avaient tord. Le mec de Elvira avait autant de chance d'être suédois, que Helmut d'être Cavalier king Charles Spaniel. 

     

    Il ne lui avait jamais été présenté, ils  ne s'étaient jamais retrouvés face à  face. Pour tout dire c'était sa voix qu'elle avait entendu le plus. Quand il montait avec Elvira chez elle, quand ils passaient du temps ensemble dans la cours. Il lui aurait été facile de suivre les conversations de sa voisine quand celle-ci était de l'autre côté de la palissade. D'ailleurs souvent, il leur arrivait de discuter sans se voir, sans ouvrir la porte qu'elles avaient voulu entre leur deux terrains. Philippine n'était pas de nature curieuse, elle n'aurait jamais eu l'idée de se poster contre la cloison pour ne rien perdre de  la vie de sa voisine. Souvent d'ailleurs, elle allait sur sa terrasse accompagnée d'un lecteur CD.

     

    Une fois alors qu'elle était affairée en cuisine, Elvira avait cogné à la vitre pour la saluer. C'était une journée de pleine été, Helmut devait se prélasse à l'ombre dans sa baleine bleue, sur la terrasse. Elles s'adressèrent un signe de la main. Il était là. Par la fenêtre entre-baillée,  elle entendit sans la moindre difficulté sa voisine la présenter à l'homme qui l'accompagnait. Philippine se souvenait encore de la main sur le bras masculin. Il portait une chemise, ou alors un polo, de toute façon quelque chose de bleu pâle à manches courtes. Ce n'était pas un t-shirt, c'était une chemise, oui une chemise, ou alors un polo, ce qui était sûr, c'était qu'Elvira  touchait la peau. Philippine le revoit lui sourire de l'autre côté de la vitre, articuler un "bonjour" en français, pas en suédois, en français. Un français qu'elle lui avait entendu utiliser par la suite. Elle se souvenait surtout avoir constaté qu'il portait des lunettes, des petites lunettes rectangles aux montures en métal. Il n'avait pas de cheveux. Philippine ne comprenait pas les hommes qui se rasaient le crâne. Il se rasait le crâne. A moins qu'il les ait tous perdus déjà. Elle connaissait si peu d'hommes de couleur qu'elle ignorait si les noirs perdaient leurs cheveux comme les blancs, prématurément, aussi, pour elle, il se rasait le crâne.


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  • Il avait minci, laissé ses cheveux allongés mais surtout minci. Il portait un pull-over en laine verte qu'elle ne lui connaissait pas, un  pull tricoté à la main, enfin à deux mains, les deux mains de sa mère. Elle la détestait. Comment pouvait-elle lui faire ça, à elle sa fille unique ? Elle la détestait. La prochaine fois qu'elle l'aura au téléphone, elle le lui dira, non, mieux, la prochaine fois qu'elle songera à lui téléphoner, elle ne le fera pas, et la prochaine fois que sa mère lui téléphonera, elle ne décrochera pas.

     

    Sa mère, sa fille, même déloyauté. C'est beau la famille ! Vive les dalmatiens. Eux au moins ils aiment pour toujours, ils ne trahissent pas, ils ne copinent pas avec les malfaisants.

     

    Les amis de mes ennemis sont mes ennemis, c'est bien connu. Sa mère était une ennemie. Et lui, lui, il jouait à quoi ? Il avait bien dans sa commode, d'autres pulls. Pourquoi avoir choisi celui-là, précisément celui-là, pour venir la voir ? Choisir un pull tricoté par sa mère, et surtout un nouveau, revenait à s'afficher avec le slogan " Ta mère m'aime, elle". Oui et bien, voilà, elle, elle n'aimait plus sa mère. Sujet clos.

     

    Il semblait  porter son pull à même la peau. De la pure provocation. Il était encore plus beau qu'avant, c'en était déprimant. Elle le savait, elle allait déprimer sur toute la fin de semaine.

     

    Elle, le sachant venir, elle avait enlevé toutes traces de maquillage, sorti ses chaussons en forme de dragons rouge et jaune, des trucs que Helmut prenait pour des jouets, des trucs qu'il oubliait dehors et qui passaient donc quatre vingt pour cent de leur temps entre machine à laver et terrasse. Elle avait aussi enfilé un vieux pantalon de jogging noir et un pull  polaire à col camionneur d'un noir devenu gris foncé d'avoir connu plus de tours de tambour que les  dragons.

     

    - Viens m'expliquer un truc.

    - S'il te plait.

    - Oh tu m'emmerdes.

     

    Elvira le lui payera. Sûr qu'elle le lui payera quand elle sera revenue.

     

    Philippine alla s'asseoir au côté de son ex mari, sur le banc de sa cuisine. Devant eux, deux cahiers à spirale, comme on en trouve des centaines au moment de la rentrée scolaire, dans les supermarchés. Philippine les avait récupérés dans le tiroir du bureau, de la chambre de Elvira.

     

    - Dans les dépenses, chaque mois il y a 112€ qu'elle nomme plan. Tu sais à quoi cela signifie ? Sur décembre en plus de plan 112 tu as aussi Plan 168. Si on fait l'addition nous arrivons à 1512 euros par an. 1512 c'est précisément son salaire. Regarde là, décembre 2015, ce n'est pas 168 comme sur 2016 mais 46 euros, ce qui donne 1390. Bingo. C'est son salaire de l'époque. Conclusion cette fille donne  chaque année, un mois de salaire à plan. Son cahier commence en 1998. Pas de plan. Il faut attendre mai 2004 pour que cela commence. Là c'est 25 par mois et 300 euros, on va dire en cadeau de noël. Mais sur 2005 on a 75 par mois et 217 en conclusion. 75 x12 auquel tu ajoutes 217, tu trouves son salaire mensuel : 1117. Elle reverse un mois de salaire à plan depuis 2005.  Tu as une info là dessus ? Qui est celle ou celui qu'elle nomme plan ? Il y  a quelqu'un qui profite d'elle depuis mai 2004. Retrouve ce qui lui est arrivé en mai 2004.  Tu l'as déjà entendu parler de plan ?

    - Non.

     - Plano, plani, plané quelque chose ? Ou P lan quelque chose ? Pascal, Patrick, Pierre, Pierrette, Patricia.

    - Patricia c'est sa mère.

    - Elle aide sa mère. Non, je n'y crois pas. Elle écrit tout en entier : EDF, prêt, assurance... Elle aurait du noter maman. A la rigueur mère.

    - Encore plus improbable que tu ne le crois. Elle est morte quand elle était super jeune.

    - Interroge ses collègues, ses amis, son père. Mai 2004 et plan.

     

    Philippine n'avait pas ouvert ce cahier avant l'arrivée de Benoit, elle s'était concentrée sur l'autre, celui de l'inventaire. Il l'avait à peine regardé. Des heures de travail pour une indifférence d'une minute au plus. Pourtant ce cahier d'inventaire lui avait confirmé ce qu'elle soupçonnait depuis plusieurs semaines même si Elvira ne lui en avait rien dit. Benoit était bien un mec, songea-t-elle en quittant l'assise, en retournant vers Helmut qui devait sentir un danger, puisqu'il était resté dans son fauteuil au lieu de partir à l'étage comme chaque fois qu'un homme entrait chez lui. L'argent, l'argent, encore l'argent. Pour les hommes seul l'argent comptait. Ridicule. Elle sentait bien la colère qu'elle était en train de cultiver en elle. Rien que de relever les yeux sur les torsades de sa mère, la mettait hors d'elle.

     

    - Tu as vu ça, aussi ?

    - Quoi ?

    - Mais tu ne peux pas oublier ton chien dix minutes ? Articula-t-il après s'être détourné pour voir où elle se situait et la découvrir assise sur le bras du fauteuil réquisitionné par le chien.

    - Désolé je n'ai pas ton caractère, je suis fidèle moi.

     

    Benoit soupira en courbant l'échine. Il savait qu'il n'y couperait pas. En acceptant de passer, en sonnant à la porte, il savait que d'une façon ou d'une autre, à un moment ou un autre, elle le piquerait.

     

    Toute sa vie il allait devoir payer une connerie. Il s'était pardonné. Sa belle mère lui avait pardonné. Sa fille aussi. Mais Philippine restait bloquée sur les seins de Cynthia.

     

    Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris de déboutonner son chemisier, de lui dégrafer son soutient-gorge,  et de se mettre à genoux devant elle pour lui embrasser le nombril ? Qu'est-ce qui lui avait pris ? Jamais il n'avait flirté avec, jamais il ne lui avait touché la main, la joue, jamais il n'avait approché ses lèvres de sa bouche. Jamais, il n'avait jamais même songé, simplement songé, à la prendre pour maitresse. Jamais. Elle, elle avait depuis le premier jour des yeux qui le déshabillaient. Très vite c'était devenu bien plus qu'une rumeur, d'une blague de couloir, pour  tous, le seul avancement que Cynthia voulait était l'avancement de la braguette du lieutenant pour cause d'augmentation. Tout le monde en riait, derrière comme devant elle. Et elle, elle ne démentait pas, ne s’insurgeait pas, même juste pour la forme, au moins quand elle se tenait devant lui. Cynthia se nourrissait de la rumeur, en avait les yeux qui brillent.

     

    Le seul avancement que Cynthia voulait était l'avancement de la braguette du lieutenant pour cause d'augmentation. Il n'y eu jamais d'augmentation. Pourquoi avait-il dégrafé son soutien-gorge ? Pourquoi avait-il embrassé sa peau ? Même à ce moment là, il ne la désirait pas. Non vraiment non, il n'y eu pas augmentation pour avancement.

     

    Cynthia était l'exact opposé de sa femme. Autant Philippine était grande, et généreuse, autant Cynthia était petite et fine. Sa fille à treize ans devait déjà la dépasser qu'une tête. Philippine certes très carrée, très anguleuse était féminine. Cynthia n'était qu'un garçon manqué. Philippine portait les cheveux  longs le plus souvent détaché, un maquillage raffiné, toujours des bijoux discrets mais présents, des vêtements coupés dans des imprimés fleuris, colorés. Cynthia ne dépassait pas le mètre soixante, toute habillée au mieux elle devait peser quarante huit kilos. Elle ne connaissait que le kaki, et le bleu marine. Ses cheveux étaient six fois plus court que les siens. Ce devait être le genre de fille à rêver se raser le crâne mais à ne pas oser le faire. Son soutient-gorge ne lovait pas une belle poitrine lourde, il cachait deux oeufs de caille sur le plat. Il n'y avait tellement rien dans son soutient-gorge que le tissus formait des plis, c'était à se demander pourquoi elle en portait. Quand Séverine avait acheté son premier, sa poitrine était déjà bien plus formée. Cynthia avait le corps d'une gamine de dix ans pubère et musclée. Jamais il n'avait fantasmé sur ce genre de plastique. Que lui était-il passé par la tête ? Il n'avait ni l'excuse de l'alcool, ni celle de la drogue. Que lui était-il passé par la tête ?

     

    Mille fois il s'était demandé jusqu'où il aurait été avec Cynthia, si Philippine et Séverine ne les avaient pas surpris. Et mille fois il n'arrivait pas à croire qu'il aurait pu aller jusqu'à l'acte sexuel.

     

    - Dans la colonne linge, colonne déserte sur des mois, au mieux, chaque année on a deux ou trois petites sommes, là, depuis juin c'est la flambée. Juin 697€60. Tu te rends compte, plus d'un tiers de son salaire.  Juillet 439€80 - Août 243.40 et même septembre 305.60. Elle est partie quand tu dis ?

    - Elle n'est pas partie, elle a disparu. Le 6. C'était un mercredi.

    - En cinq jours elle a dépensé 305€60 pour s'acheter des fringues alors que jamais avant elle n'y pensait.

     

    Tout en parlant il faisait l'addition avec son téléphone portable. Elvira en un trimestre s'était offert pour plus d'un mois de salaire de  flingues. Pourquoi ?

     

    - C'est quoi l'histoire ? Ta voisine est partie début juin en vacances et on lui a volé sa valise, ou elle a subi une liposuccion qui lui a fait perde quarante kilos en un jour ?

     

    Il posait la question à haut voix, mais il connaissait la réponse. Pas d'achat de billets d'avion ou de train, pas d'augmentation significative des passages à la pompe. Pas plus de frais médicaux.

     

    Benoit tournait les pages pour comparer les mois, les années. Le cahier était coupé en douze parties, une par mois, ce qui permettait de comparer les chiffres sur six années. Cette fille était une perle pour un flic. Elle devait d'ailleurs posséder un journal intime. Philippine devait le trouver puis le  lire. Grace à lui, en commençant par le mois de mai 2004, elle saurait vite qui est le fameux P.L.A.N. Ce n'était peut-être pas un nom mais un sigle.

     

    A la ligne linge du mois de juin, sur   2013, 2014, 2015, 2016, rien, juste du vide, et puis en 2017 on avait 697€60. Elle avait retiré 450€ de son livret pour pouvoir boucler son budget.

     

    En Juillet, même constat, sur les quatre années précédentes, case vide, et sur 2017, deux chiffres, 119€70 et 320€10. Retrait au livret 150€.

     

    Sur août, rebelote, avec comme seule variante, aucun retrait sur le livret.

     

    Et sur septembre, en 2014 il y avait eu 25€30. Rien de comparable avec la somme dépensée cette année.

     

    Le temps qu'il compare les chiffres, Philippine était revenue s'assoir à son côté, mais à bonne distance, cette fois-ci. Quand il tourna la tête vers elle, elle lui poussa le cahier étiqueté " Inventaire ". Le geste fut un peu trop brusque, les deux cahiers entrèrent en collision.

     

    - Les chiffres au crayon papier sont les miens. Si il n'y a pas de chiffre c'est que je trouve comme elle.  Cela m'a pris un temps fou, elle est dingue cette fille, tout est répertorié chez elle, regard.

     

    Déjà elle repartait dans son dos. Histoire de l'obliger à demeurer dans son champ de vision, il lui demanda un café. Elle ne lui répondit pas, mais ses pas se rapprochaient, allait le dépasser par la gauche. Il ouvrit le cahier.

     

    Cuisine :

    grandes assiettes - assiettes plates - assiettes creuses - assiettes non rondes - petites assiettes ....

    Verres à vin rouge - verres à vin blanc - coupes à champagne - flûtes à champagne - chopes à bière - bocks - verres droits - ballons - verres tulipes... et la liste continuait encore. Jamais Benoit n'aurait imaginé qu'il en existait autant de sorte. On voyait là l'éducation et la discipline de l'enfant élevé dans un restaurant. Elvira avait établi les colonnes du cahier en tenant compte de tout ce qui existait. Beaucoup de lignes restaient sans chiffre.

     

    Combinaison de ski : jamais le chiffre 1. Benoit non plus n'était jamais allé au ski, le vide de la case ne le choqua pas. Il bloqua  par compte sur la ligne maillot de bain. Elvira n'en avait pas.

     

    - Elle se baigne toute nue ?

    - Ton café, tu le veux avec un sucre où tu préfères que je te le balance à la figure ?

    - Viens voir par toi-même, elle n'a pas de maillot. Elle habille à moins de un kilomètre de la plage et elle n'a pas de maillot de bain. Elle a une phobie de l'eau ? Peur des vagues ou des méduses ?

     

    Il tourna le cahier vers elle, mais elle ne s'avança pas, elle bascula dans sa mémoire, elle se revoyait devant  la penderie d'Elvira, penderie qui occupait le mur entier. Il avait raison, elle n'avait pas vu de maillot de bain. Souvent, le soir, après son travail, Philippine rejoignait l'océan. Elle n'avait jamais convié sa voisine à l'accompagner puisqu'elle faisait la fermeture du restaurant. Mais il y avait tous les soirs où elle ne travaillait pas, et ceux où elle était en congé. Était-ce possible d'habiter Royan et ignorer l'eau ?

     

    Philippine servit à Benoit un café sans sucre, avec un nuage de lait, comme il l'aimait. Elle ne s'en était pas servi un aussi, elle avait préféré un verre d'eau du robinet avec du pulco. Il avait gardé longtemps, très longtemps la bouteille entamée, dans son réfrigérateur. Plus tard il en avait acheté une autre, l'avait rangée dans la réserve. Sa date limite de consommation devait être dépassée depuis bien longtemps.

     

    Philippine avait cru le dégoûter en ne se maquillant pas, en revêtant son vieil ensemble noir. Si lui, toujours passait le premier truc qui lui tombait sous la main, n'accordait aucun intérêt aux vêtements, à l'image qu'il renvoyait, il savait comme tout avait de l'importance pour elle. Dès qu'elle franchissait le seuil  de la maison, elle racontait son humeur, son ambition du jour. Il n'y avait que les dimanches matins, où elle se laissait libre d'elle, où elle s'acceptait sans soutient-gorge, sans chaussures, avec un pyjama ou un jogging.

     

    Elle avait surement voulu lui signifier qu'il ne méritait aucun effort de sa part. Elle lui offert le meilleure d'elle, sa version naturelle.

     

    Si il s'écoutait, il se lèverait et irait repousser ses cheveux pour l'embrasser dans le cou tout en ceinturant sa taille. Ensuite, il regarderait comme elle, par la fenêtre, où plus exactement comme elle, il se détacherait de ses yeux pour n'être plus qu'un avec l'instant, le bonheur de l'avoir toute à lui, l'immensité de savoir posséder l’absolu tout.

     

    Une profonde peine alourdie sa mâchoire, ses paupières. Il en avait envoyé en taupe des pourris et même des biens plus que cela, mais eux, ils n’écopaient que de condamnations temporaires. Certes longues parfois, mais toujours temporaires. Certains gagnaient même des remises de peine. Lui, lui... pour une faute pas si grâce que ça,  il avait pris perpette. Même sur sa tombe, elle ne lui accorderait pas son pardon.

     

    Pour oublier son enfer, il retourna aux chiffres de Elvira. Et il éclata de rire. Le contraste était si grand. Philippine sut alors qu'il avait compris.

     

    Sûr que Elvira le lui payera quand elle reviendra.


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  • Bonjour et merci d'être là. Je suis vraiment morte de peur pour elle. Je connais mon Elvira par coeur, il lui est arrivé quelque chose de très très grave, il faut la retrouver au plus vite. J'ai tellement peur que ce soit déjà trop tard.

     

    Pardon, pardon, l'émotion me fait oublier la politesse.

     

    Je suis Marie José Rastocle, épouse de Victor Rastocle qui est technicien soudeur au zoo de la Palmyre. Nous habitons 19 Allée des Pins à Saint Augustin 17 570. Dans deux ans il sera à la retraite. Nos deux enfants travaillent aussi au zoo. Magalie est vendeuse à la boutique et Elodie est dans les bureaux, elle s'occupe des achats de la nourriture pour tous les animaux. J'ai deux petits fils et Manon qui n'a que cinq ans mais qui travaillera au zoo comme soigneuse des petits singes quand elle sera grande. Elle a su le dire avant d'avoir articulé Maman. Manon est l'ainée de mes petits enfants. Ils sont tous les trois les enfants de Elodie et Rémi, Magalie est encore célibataire. Elle vient de s'acheter un terrain pour construire et en attendant elle vit encore avec nous. Rémi et Elodie ont acheté sur Arvert.

     

    Je suis entrée au service de Igor voilà trente trois ans. En décembre cela fera trente trois ans. Je vais sur mes cinquante six ans. Pour mes trente ans au restaurant, Elvira m'avait promis une médaille du travail, mais en décembre 2015 Igor a vendu à Bernard, alors il n'a plus était question de ma médaille.

     

    Je ne sais pas si Igor vous l'a dit, le pauvre il est si déboussolé actuellement, L'eau à la bouche a été ouvert en juin 1982. Au début ce n'était pas si grand, il n'y avait que la partie de droite, là où il y a les deux grandes tables. Les cuisines étaient dans le fond, soit sur l'espace où il y a la terrasse maintenant. Tout a été rasé. Igor a perdu sa femme Patricia alors que Elvira n'avait que trois ans. Elle a eu un cancer des os. Il n'en parle jamais mais je sais que la dernière année fut atroce pour elle comme pour Igor et la pauvre Elvira. Elle était si jeune la pauvre petite. Igor travaillait alors pour un patron, dans un restaurant sur Angoulême, mais la mort de sa femme l'a mis cahot, alors il ne travaillait plus aussi bien, il s'est mis à boire. Il était si jeune aussi. A vingt ans on se marie, on ne devient pas veuf. Ce qui l'a sauvé fut d'ouvrir son propre restaurant. Il a trouvé ce petit local avec l'appartement minuscule au dessus, pour lui et sa fille. C'était ce qu'il leur fallait.

     

    Elvira a toujours été livrée à elle-même.

     

    Antoinette a été embauchée pour l'été 83 et n'est jamais repartie. Sergio était là depuis un mois ou deux. Elle a donc connu Elvira quand celle-ci n'avait que cinq ans. C'était déjà une petite grande dame. Son père lui avait fait un gilet de costume sur lequel était brodé : Elvira petite chef - fille de Igor. Moi je suis arrivée  en décembre 85 pour remplacer Antoinette qui devait accoucher de Pauline. J'ai donc connu Elvira à six ans et demi. Antoinette était comme sa mère, enfin sa tante. Moi j'ai préféré un rôle de grande soeur.

     

    Je vais vous dire quelques choses. J'aime mes filles. Elles sont intelligentes, courageuses, mais Elvira est bien plus que cela.

     

    Igor, les premières années s'adonnait un peu à la boisson. Je l'ai vu le porter à bout de bras, lui remonter le moral. Igor au début, avait des périodes de grandes déprimes, surtout à l'arrivée de septembre. Les clients devenaient moins nombreux et c'était le mois de la mort de sa femme. Je vous jure que plus d'une fois Antoinette est passée en cuisine et il a fallu se débrouiller sans lui. A cet moment là, on n'avait vraiment pas le temps pour supporter une gamine de sept ou huit ans entre nos pattes. Et bien elle comprenait la situation et c'était comme si par miracle, sans grandir d'un centimètre, Elvira devenait une femme de dix huit, vingt ans. Elle prenait les commandes, elle servait, débarrassait les tables. On lui disait d'aller se coucher puisqu'elle avait école le lendemain, mais elle n'écoutait rien, elle nous aidait et il faut l'avouer, certains soirs on avait tellement besoin d'elle que Antoinette et moi, nous profitions de son courage. Bien sûr ensuite à l'école elle devait dormir sur sa table.

     

     Elle en a ramené des mots à signer par les parents, à cette époque là, croyez moi, et pas qu'une fois.

     

    Un jour de février 90 Aristide Balabris a fait un AVC. Aristide tenait la quincaillerie juste à côté. Igor a dit : J'achète, on agrandit. Antoinette a tapé du poing sur la table. Elle avait raison. L'eau à la bouche suffisait à nous faire vivre, pourquoi vouloir plus, et surtout comment y arriverions-nous les soirs où il était ivre ? Ce fut donc donnant donnant, il achète mais il ne boit plus. Antoinette lui promit qu'elle démissionnerait le soir même où il serait saoul. Sergio est un homme taiseux qui ne se mène jamais de rien, il n'est donc pas intervenu. Moi non plus d'ailleurs. Qu'aurais-je pu dire ? Je n'étais que salariée pas décisionnaire. Je ne suis pas comme Antoinette, je n'ai jamais su me mêler des choses qui ne me concernent pas. Antoinette, elle, a toujours agi comme si elle était l'égale de Igor et je dois reconnaitre que cela nous a bien servi. 

     

    Je me souviens encore de Elvira ce jour là. On en a parlé pas plus tard que hier soir avec Antoinette, elle s'en souvient tout aussi nettement que moi. Elvira avait été impressionnante de calme et de détermination. En février 90, elle avait quoi ? Elle est née le 29 avril 78, elle n'avait donc pas encore ses douze ans. Et bien ce soir là, après nous avoir écouté nous disputer, elle a dit qu'elle savait que sa voix ne comptait pas, mais qu'elle parlerait quand même. Elle voulait avoir sa chambre à elle. C'était vrai que leur appartement était bien petit, qu'il n'y avait aucune intimité. Donc elle commença comme ça. Elle voulait sa propre chambre, donc si au dessus de la quincaillerie on pouvait lui faire une chambre, elle était pour que le restaurant s'agrandisse. Ensuite elle ajouta quatre choses qui nous laissa sans voix. Elle affirma que les clients reprochaient souvent qu'un restaurant du bord de mer ne servent pas plus de plats de poissons et de fruits de mer, qu'aussi, dans ce nouvel établissement, la carte devra être radicalement différente de celle actuelle. Ensuite, elle s’engageait à apprendre toute l'histoire de Royan et de sa région car les touristes lui posaient des questions auxquelles elle n'avait jamais aucune réponse.  Pour continuer, elle affirma que le jour où son père serait saoul, que Antoinette donnerait sa démission, elle, elle demandait à la directrice de son école de partir en pension très loin de Royan, alors que si le père ne buvait plus, elle ne serait plus jamais mauvaise à l'école et elle apprendrait tout ce qu'il fait pour s'occuper des papiers du restaurant. Igor déteste  la partie administrative, ce n'est un secret pour personne. Elle a tenu sa promesse.

     

    Le restaurant nouvelle version ouvrit en mai 91. Elvira eu plus qu'une chambre à elle toute seule, elle garda l'appartement et Igor s'installa seul au dessus de l'ancienne quincaillerie. Elle n'avait donc que treize ans quand elle se retrouva seule. Elle ne l'était pas vraiment car tous ses repas elle les prenait au restaurant. Je dis seule car elle se levait avec son réveil, elle faisait son ménage, sa lessive. En fait je crois que le jour où Igor passa dans l'autre appartement, cela lui fit moins de responsabilité. Elle n'avait plus à porter son père.

     

    Je dois dire que Igor m'a impressionnée. Il n'a plus jamais rebu une goutte d'alcool. Je crois que c'est le genre d'homme qui a besoin d'être toujours occupé, sinon il coule. C'est même plus que cela, il a besoin du stress pour être performant. Bernard est un peu de la même trempe.

     

    Avec l'ouverture de la seconde partie, pour l'été les embauches de saisonniers ont commencé, et il y  eut des apprentis aussi. C'est comme ça que l'on a connu Arno et son frère. Mais ça c'était plus tard. Arno et Elvira se sont toujours très bien entendu. Il lui faisait du bien, elle était tellement sérieuse. Arno et Philippe ont du faire trois ou quatre saisons au restaurant. Philippe est ensuite resté en CDI puis il est parti ouvrir son propre restaurant en Australie. Avec mon mari, on s'est promis que nous passerons deux semaines là-bas avec les enfants et les petits enfants, Rémi aussi bien sûr, pour fêter le départ en retraite de Victor. Arno lui est parti vivre et travailler en Angleterre, avant de rejoindre son frère en Australie. Il voulait améliorer son anglais. Est-ce que quelqu'un vous a dit que Elvira parle très bien l'anglais, l'allemand, l’espagnol et l'italien ? Je ne sais vraiment pas comment elle fait. Je vous le dis, j'aime mes filles, elles sont très bien, mais Elvira a quelque chose de plus.

     

    Après le départ d'Arno pour l'Angleterre, sur le temps où Philippe était en CDI,  Elvira est tombée amoureuse. J'étais contente pour elle. Elle devait faire sa vie en dehors du restaurant, car le restaurant c'est son père, pas elle, son père. Je ne sais pas où et comment elle l'a rencontré mais nous l'avons vu parfois. Souvent même. Il faut dire que pour monter chez elle, il fallait traverser la salle du restaurant et que Elvira ne cuisine pas. Ce peut sembler étrange pour une fille de cuisinier, mais elle ne sait pas cuisiner et ne veut pas apprendre. Elvira s'est toujours servie en cuisine. C'est encore le cas. Je n'ai pas ouvert les placards chez elle, mais si je l'avais fait, je doute que j'aurai découvert beaucoup de casseroles. Chaque soir elle emporte des plats qu'elle n'a plus qu'à passer au micro-onde chez elle, le midi ou les jours où elle ne travaille pas. C'est d'ailleurs à cause de cette manie qu'elle a, que Yohann offre des barquettes à tout le monde. Ils ont inventé ça à l'arrivée de Bernard, ils lui ont affirmé que c'était une coutume ici. Ces plats gratuits sont le treizième mois que nous n'avons pas.

     

    Savez vous que les jours où elle ne travaille pas, Elvira n'achète même pas son pain dans une boulangerie, non elle passe en prendre  un bout ici.

     

    Son amoureux c'était Frédéric Jarriau. Son père a travaillé un temps au super U. Il y a un moment que je ne l'y vois plus. Il est peut être à la retraite après tout.

     

    Antoinette et moi nous étions heureuses pour la petite. Elle avait fini ses études, travaillait au restaurant, et avait un amoureux bien gentil et sérieux. Nous pensions qu'ils allaient se marier. Frédéric était comme Igor, non, pire, comme Bernard, un obsédé de la perfection. Il voulait réussir, réussir et réussir. Frédéric avait un bac + 4. Quand elle l'a rencontré il suivait une formation pour entrer dans l'école des avocats, je ne sais plus comment cette école s'appelle, mais c'était ça. Et il y est entré dans cette prestigieuse école. Elle était à Bordeaux. Bordeaux est à moins de deux heures de Royan, ils avaient leur permis tous les deux, ils arrivaient à se voir. Si vous saviez comme ils étaient beaux ensemble. On l'aimait tous un peu Frédéric. Comme elle était heureuse quand il était là. Igor l'appelait mon gendre, et je crois que Frédéric appréciait. C'était la belle époque en ce temps là.

     

    Juste après le départ de Philippe, Frédéric a rompu. Je vous jure que ce n'était pas drôle de venir travailler sur cette période là. Igor fulminait après le traitre. Philippe était devenu comme son fils, alors son départ, il ne l'a jamais accepté. Philippe avait pourtant toujours été honnête, il voulait partir en Australie ouvrir son propre restaurant. Igor ne l'avait jamais pris au sérieux, alors le jour où c'est arrivé, il s'est senti trahi. Donc Igor fulminait contre son fils spirituel et n'a pas eu un mot gentil pour sa fille détruite. Oui détruite. Elle se faisait insulter autant que nous. La pauvre petite.

     

    Elle n'a jamais voulu nous dire ce qui c'était passé mais nous avons vite compris qu'il était inutile de lui parler de réconciliation, de rupture temporaire. Elvira ne parlait plus, ne souriait plus. Vraiment cet hiver là ce fut très difficile au restaurant. Igor hurlait, Elvira ne lâchait pas le sol des yeux et n'articulaient pas trois mots, et les intérimaires qui valsaient. Trouvé Grégoire mit beaucoup de temps. Il est parti après l'arrivée de Yohann. L'envie de vivre autre chose, je crois.

     

    Je n'ai jamais entendu dire que Elvira avait eu un autre amoureux. C'est comme si le jour où Frédéric l'a quittée, elle a renoncé à l'amour. Elle n'est pas restée triste, mais il y a comme quelque chose de cassé, d’éteint en elle depuis. Bon en même temps, elle est comme nous, elle a vieilli, elle ne peut pas être restée gamine comme avant. Gamine, je veux dire insouciante. Je crois qu'elle ne l'a jamais été d'ailleurs. Elvira est née sérieuse.

     

    Pour ses trente ans, Elvira s'est achetée une maison. Le petit appartement est devenu nos vestiaires et les archives du restaurant. Le bureau est resté chez Igor, donc maintenant chez Bernard.

     

    Antoinette et moi connaissons Elvira depuis toujours et pourtant, nous n'étions jamais allées chez elle, et il a fallu sa disparition pour que j'ouvre ma porte à Antoinette. Elle a quitté le restaurant quand elle a su que Igor vendait. Elle a pris ça comme un coup de poignard dans le coeur. Pour  elle cela revenait à déshériter Elvira. Elle l'a vécu très très mal, bien plus mal que Elvira elle-même. Pour Arno et Antoinette, qu'il vente à un inconnu fut très difficile à digérer. Antoinette n'a pas voulu connaître Bernard. Arno serait reparti en Australie si Odile avait accepté de le suivre, mais elle ne veut pas vivre loin de ses parents, elle veut que ses enfants aient des souvenirs avec leur grands-parents.

     

    Pour tout dire je ne sais pas vraiment comment Elvira a vécu l'arrivée de Bernard et Bastien. D'un côté, oui, je crois qu'on peut le dire, c'est un peu comme si elle avait été déshéritée. Quand ensuite Bernard a voulu, non exigé, qu'elle retire toute la décoration qu'elle avait conçue sur des années, je ne sais pas mais à sa place je me serai un peu comme sentie doublement expulsée. Elvira a du pleurer chez elle. Je ne sais pas. Elle ne m'en a jamais rien dit. Elvira sourit. Elvira va toujours bien. Parfois je me demande comment elle fait pour parvenir à encaisser tout cela. Je pense que la mort de sa mère a du créer en elle, une carapace. Malgré tout,  parfois, seule dans son lit, elle doit pleurer. Personne ne la prend jamais dans ses bras dans ces moments là. Sa mère ne l'a jamais consolée, son père non plus. Elvira n'a eu que l'amour de Frédéric. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre eux. Ils avaient tellement l'air amoureux. J'ai voulu le retrouver depuis la disparition de Elvira. Antoinette m'a fait comprendre que c'est ridicule, il y a tellement d'années d'écoulées. Mais je ne sais pas, il est peut-être revenu dans sa vie, avec les réseaux sociaux et tout ça, peut-être que quelque chose de son passé ... enfin je ne sais pas. J'ai noté sur ce papier les coordonnés des parents de Frédéric. Si vous pensez que c'est utile, prenez le.

     

    Depuis sa disparition, chaque soir avec Antoinette on se téléphone ou on se voit, et on s'en veut beaucoup. On était un peu comme sa tante et sa soeur aînée et pourtant jamais nous ne l'avons invitée chez nous. Nous avons eu nos enfants, Antoinette en a deux comme moi, je ne sais plus si je vous l'ai dit. On aurait pu l'inviter pour noël, ou le premier de l'an, ou alors à un anniversaire. Quand elle était jeune, cela lui aurait fait du bien de partir une semaine en vacances. C'était une enfant adorable, serviable, elle n'aurait pas posé de problèmes si nous l'avions pris avec nous et cela aurait pu lui faire du bien. On s'en veut beaucoup de l'avoir laissée se débrouiller si seule.

     

    Vous voyez quand elle a acheté sa maison, elle aurait surement apprécié que Hervé le mari d'Antoinette ou Victor passe pour bricoler ou porter quelque chose, monter un meuble. Elvira n'est pas le genre de femme à demander de l'aide mais nous aurions dû nous proposer. On savait bien que Igor n'a pas fermé le restaurant un jour pour lui venir en aide. Qu'est-ce que cela nous aurait coûter d'aller l'aider à s'installer? Vous voyez quand je suis entrée chez elle avec sa voisine du dessous, je n'ai pas vu une maison qui ressemble à Elvira. Je ne sais pas, je veux dire, si les biscuits qui étaient sur les tables du restaurant n'avaient pas été sur les marches de son escalier, rien ne m'aurait fait dire que j'étais chez Elvira. C'est comme si je ne savais rien d'elle, comme si j'avais pénétré chez une parfaite inconnue. Vous voyez par exemple, il y a de nombreuses plantes vertes et plutôt très grandes, donc vieilles. Je ne savais pas qu'elle aimait les plantes. Non je ne le savais pas. Et puis sur ses murs il y a des tableaux très futuristes. Enfin je veux dire modernes. Je me souviens de deux qui sont juste des formes noires sur un fond blanc. Au restaurant elle avait fait tout un mur avec des photos, cartes postales de vieilles vues de Royan. C'était sur le mur où Bernard  a mis son horrible horloge.

     

    Antoinette et moi avons vu grandir Elvira, nous avons passé nos vies à ses côtés et à la fois on peut dire que nous n'avons jamais été là pour elle. Ce constat est atroce.

     

    Qu'est-ce qui a bien pu lui arrivée ? Si seulement nous nous étions un peu plus souciées d'elle, nous aurions probablement un élément de réponse. Igor pense qu'elle a été kidnappée. Mais nous sommes déjà  lundi, elle a disparu mercredi. Pourquoi personne n'a encore appelé ? Ce que je ne comprends pas, sa voiture est là, sa porte d'entrée est verrouillée mais les clés sont dans son sac à main. Antoinette se souvient d'avoir vu un film tiré d'une histoire vraie. Un homme était sur le trottoir quand, comme ça, sans choc à la tête ou autre, il est devenu amnésique. D'un coup il ne savait plus où il allait, ni qui il était. Elle aurait pu avoir la même chose. Je ne sais pas elle aurait pu sortir pour s'acheter du pain, enfin non pas du pain, elle prend toute sa nourriture au restaurant, mais bon, je ne sais pas moi, elle aurait pu vouloir aller s'acheter un magasine, elle en a pleins chez elle, mais si elle avait perdu la mémoire sur le trottoir en allant à la maison de la presse, elle aurait eu avec elle son sac à main, au moins son porte-monnaie et ses clés. Or ses clés, son porte-monnaie et son sac sont dans sa maison. Je la connais tout de même Elvira, il y a des années qu'elle a son papillon comme porte-clés. Elle n'a pas pu utilisé un autre trousseau, elle n'en a pas. Je me souviens qu'une fois on avait parlé de perdre ses affaires. On disait que nous devrions tous avoir une photocopie de notre carte d’identité, de notre permis de conduire  et laisser au restaurant un double des clés de la voiture et de la maison. Tout le monde avait dit que c'était une bonne idée sauf elle. Elle a dit qu'elle ne perdait jamais rien. Donc elle n'est pas sortie de chez elle en fermant la porte avec une autre clés que la sienne, puisqu'elle n'en a qu'une. Comme la porte est fermée de l'intérieur, c'est qu'elle est à l'intérieur, mais elle n'est pas chez elle. Elle n'a pas sauté par la fenêtre. Ses fenêtres aussi sont verrouillées de l'intérieur. 

     

    Mais où peut-elle être ? Que peut-il lui être arrivée ?

     

    Quand Frédéric l'a quittée, elle a été détruite, mais elle n'a pas ratée une journée de travail. Antoinette est formelle, et je pense la même chose, Arno aussi, il a du vous le dire : si Elvira ne revient pas, c'est que quelqu'un l'en empêche. Cinq jours c'est énorme. Pourquoi le téléphone ne sonne pas ? Il y a des caméras partout de nos jours, pourquoi personne ne l'a vue?

     

    - Nous vous avons bien compris. Merci pour tous ces détails qui vont nous être, à coup sûr, très utiles. Vous pouvez disposer.


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  • Olivia Pouzaud. J'habite dans le lotissement entre la N150 et la D25. 13 rue Paul Lamoureux. J'ai 29 ans depuis le onze janvier. Je n'avais que quinze ans et demi quand j'ai commencé à travailler à l'eau à la bouche pour monsieur Igor. La vie est pleine de coïncidence vous ne trouvez pas ? Vous n'avez pas remarqué ? En 2002 Bernard ouvre son restaurant sur Rennes, une ville merveilleuse. Vous n'avez peut-être jamais eu la chance d'y aller, je vous la recommande, elle est merveilleuse. J'ai une tante qui y vit. En 2002 je commence ma carrière. Un moment j'ai envisagé de partir vivre à Rennes mais cela voulait dire perdre l'océan, un véritable crève cœur. J'aurai pu aller travailler avec Bernard dans son restaurant de Rennes, mais c'est lui qui est venu... à moi. C'est une boutade. Bien sûr une boutade. Il n'est pas venu à moi, il ne me connaissait pas, mais c'est vraiment troublant vous ne trouver pas ? Moi je crois beaucoup en la destinée. Pas vous ?

     

    Je sens les choses vous voyez.

    Elvira ne sent rien.

     

    C'est une fille qui n'a jamais eu à se battre dans la vie, tout lui est tombé tout cru dans la bouche. On en connait tous des gens comme ça, quoiqu'ils fassent, tout leur est pardonné, tout leur profite. Elvira c'est ça.

     

    Marie José est certaine qu'elle a été tuée. Pour son père elle a été kidnappée. Ils ne réfléchissent pas, ils sont emportés par leurs émotions. Je vais vous dire la vérité : elle va très bien, Elvira.

     

    Il y a des gens, il ne leur arrive jamais rien de mal. Je vais vous dire le fond de ma pensée : elle fait du chantage à Bernard. Elle a mis de l'argent liquide de côté. Tout cela est prémédité comme vous dites dans la police. En ce moment  elle s'offre une semaine de vacances pendant qu'il stresse. Elle est comme ça Elvira. Elle est capable de beaucoup de choses pas bien belles, mais on lui pardonne tout. Moi je me fais mal au poignet, je ne vais pas travailler parce que j'ai trop mal, je préviens le matin et bien je perds un jour de salaire. Elvira disparait quinze jours sans prévenir personne, non seulement elle aura son salaire plein mais elle aura une augmentation.

     

    - Pourquoi ?

     

    Mais parce qu'il sera tellement heureux qu'elle soit revenue.

     

    - Non pourquoi du chantage ?

     

    Fiona tourna le visage vers PACA, ce n'était tellement pas dans ses habitudes de pousser le premier témoignage dans un sens ou dans l'autre, il veut toujours voir les gens s'en sortir seul au départ. Comment avait-il pu enfreindre ses propres règles, lui qui était si strict toujours ? Que lui inspirait donc cette brune à la ligne de dents made in USA qui avait teint ses cheveux du même roux que son rouge à lèvres ?

     

    Pourquoi ? Mais parce qu'elle le manipule. Bernard lui mange dans la main. C'en est indécent. Je ne comprends pas, c'est un homme si fort, si bien, si chef et face à elle il devient,... il devient,... je ne sais pas quoi mais elle le mène par le bout du nez. Oh je sais il ne faut pas en dire du mal, la pauvre chérie, elle a disparu, elle est peut-être morte. Mais à vous qui voulez la vérité, Elvira n'a rien d'une sainte, c'est une fainéante doublée d'une manipulatrice. Du temps de son père elle prenait le restaurant pour sa cour d'école. Elle a continué. Elle ne fait rien, elle va parler avec les clients, parfois elle fait du zèle, elle aide à débarrasser la table, mais c'est bien rare. Pour tout dire, c'est très simple. Quand elle était enfant, elle n'avait pas de mère, aussi elle restait trainer entre les tables du restaurant, jusqu'à ce qu'elle décide de monter se coucher. Devenue adulte son père l'a salariée pour la garder avec lui, mais il avait déjà son équipe, aussi elle n'avait rien à faire, alors elle a continué. Et l'arrivé de Bernard, n'a rien changé. Parfois elle disparait des heures à l'étage. Ce n'est pourtant plus l'appartement de son père, mais celui de Bernard. Elle se croit tout permis, et donc elle se permet tout. Et puis personne ne lui dit rien. On dirait une princesse avec sa cour.

     

    Ce qui me fait le plus horreur est qu'elle choisit ses amants dans les clients. Arno vous a dit qu'ils avaient couché ensemble. Dire que Odile sa femme travaille au restaurant aussi maintenant. Elle est du matin, lui du soir. Ils vous dirons que c'est pour les enfants, la vérité c'est que Elvira se garde Arno, et lui et bien lui... Il la trouve merveilleuse. Je vais vous dire pourquoi elle n'est plus là Elvira : Parce qu'elle négocie son contrat de mariage. Bernard veut l'épouser, Igor le veut aussi, alors, elle, et bien elle, elle négocie son contrat de mariage. 

     

    Sur 2013 et 2014 Arno et Elvira pensaient, ils ne s'en cachaient pas, que Igor laisserait le restaurant à sa fille, donc à eux. Mais il est intelligent Igor, il sait que sa fille papillonne mais serait bien incapable de mener la boutique, alors il a vendu. Elle n'a pas aimé. Elle se voyait déjà la chef avec son amant. Donc elle prend sa revanche aujourd'hui. Elle va épouser Bernard mais sous ses conditions. Ne vous inquiétez pas pour elle, elle va très bien, elle reviendra quand elle sera sûre d'obtenir tout ce qu'elle veut. C'est une manipulatrice Elvira, une enfant gâtée, une gamine qui en a toujours fait qu'à sa tête et qui n'a jamais trouvé d'opposition chez personne. Vous verrez quand vous la rencontrerez, vous trouverez qu'elle est une personne très agréable. Tout le monde pense ça d'elle. Mais avec moi cela ne marche pas, je sais que derrière la belle façade, il y a une capricieuse, une manipulatrice.

     

    Bernard l'a demandée en mariage. Il vous l'a dit ça ? Non, non bien sûr que non. Il ne s'est pas vanté de n'être qu'une serpillière devant madame princesse. Bernard est quelqu'un de très bien voyez-vous. Il a un talent rare, mais comme beaucoup de grand génie, devant les femmes il est faible. Il travaille depuis des années pour devenir un chef étoilé. Cela me désole de savoir qu'il ne l'obtiendra jamais à cause d'elle. Vous avez vu la tête qu'il a aujourd'hui ? Il n'est pas dans son assiette, c'est le cas de le dire. Il passe beaucoup trop de temps dans son appartement en ce moment. L'absence de Elvira le ronge.

     

    Oui, je ne le cache pas,  je suis en colère car elle est en train de casser un homme, une carrière. Cela ne vous révolte pas, vous ?

     

    Je sais bien que je dois être la seule à ne pas vous avoir dit qu'elle était un ange. Les gens sont aveugles et lâches. Je vous le dis, Elvira n'est pas celle que l'on croit. Entendez moi bien, j'apprécie mes collègues. Je ne vous dis pas qu'ils ont tous fait un faux témoignage. Ce n'est pas à vous qu'ils mentent, c'est à eux. Elvira les a tous manipulé. Avec moi cela ne marche pas. Je sens les choses. Vous l'ai-je dit déjà ?


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