• - L'enfer est pavé de bonnes intensions.

    - Pardon.

    - L'enfer est pavé de bonnes intensions. Mon ex mari dit toujours ça.

     

    Comment pouvait-elle penser à son ex mari en un moment pareil ? Marie José n'en revenait pas. D'abord il y a eu les plantes vertes, où l'excuse des plantes vertes pour voler la clé et maintenant c'était son ex mari.

     

    Et puis il y avait cet Helmut. Helmut !!! On n'a pas idée de nommer un chien si moche de la sorte. En même temps, les laideurs s'accordent. Sans plus tourner la tête qu'un jour de torticolis, elle posa un œil sur l'ensemble des taches noires et la masse de poils blancs.  Que pouvait-on trouver de si merveilleux aux chiens ? Et encore plus à celui-là ? En plus d'être hideux, il lui semblait sournois. Oui sournois, malhonnête, près à lui bondir dessus en dépit de son calme apparent.  Marie José s'obstinait à regarder bien droit devant elle pour ne pas le voir. Elle le détestait.

     

    Des bancs brutes autour de la table. Fixer les bancs en bois pour l'oublier. Au moins essayer.  Mais quelle idée avait bien pu lui traverser l'esprit pour placer dans sa cuisine ouverte une table en bois encadrée par deux bancs vulgaires ? Les bancs c'était bon pour les vieilles écoles de village, une cuisine de ferme en mille neuf cent mais pas pour une cuisine de maison de centre ville à notre époque. Chez But ou Ikea on trouvait de très belles chaises pour trois fois rien. Elle aurait pu être magnifique cette cuisine si elle avait été bien aménagée. Ce qu'en avait fait Philippine était  absurde, laid, oui laid. A l'image de son chien. Mais pourquoi ne la lâchait-il pas du regard ? Marie José ne le supportait pas. Il était sournois, arrogant.

     

    Elle avait choisi le fauteuil afin d'être certaine qu'il ne vienne pas s'installer contre elle. Elle le soupçonnait d'avoir du vice. Philippine s'était posée sur le canapé, bien contre l'accoudoir gauche. Pour être au plus près d'elle ou pour laisser un espace maximal au tas de taches ? Quand elle l'avait vu monter sur le canapé, une patte après l'autre, elle avait cru s'évanouir. En partant de chez elle, elle portait en elle, la certitude que ses yeux allaient devoir se poser sur une scène d'horreur. Et bien elle avait été servie. Voir un chien prendre place sur un canapé de si belles finitions était tout simplement abominable. Cela faisait presque accepter la faute de goût dans la cuisine. Deux bancs vulgaires à trois mètres d'un canapé si parfait. Non cela n’effaçait rien, au contraire, dans cette maison les horreurs s'additionnaient. Marie José n'en doutait plus, Philippine n'avait absolument aucune notion de décoration. Par contre l'aménagement intérieur de Elvira l'avait étonné. Elle s'attendait à entrer dans un véritable capharnaüm et elle avait découvert un petit bijou.

     

    - Avant de l'appeler il serait bien que l'on se mettre d'accord sur ce que l'on va dire.

    - Pardon !

    - J'ai dit qu'on devait d'abord réfléchir à ce que l'on va leur dire.

     

    Marie José ouvrit de grands yeux ! Réfléchir à ce que l'on va dire. Philippine ne valait pas mieux que son chien.  Mais pourquoi s'était elle adressée à elle ? Tout cela était la faute de son mari qui ne la croyait pas. Bon d'accord il avait raison, Elvira n'était pas morte au pied de son escalier. Mais ce qu'elle avait découvert était peut-être bien plus grave. Et dire que Philippine les avait volées sous ses yeux !

     

    - Écoutez, Philippine, n'attendez pas de moi que je mente. Vous les avez volées et vous ne me ferez pas changer la vérité. Jamais je n'ai fait un faux témoignage et je ne compte pas commencer pour vous. Mais il ne peut pas arrêter de me regarder ce chien ! Vous ne pouvez pas le mettre dehors !

    - De un, il est chez lui, donc si il vous dérange c'est à vous de passer dehors, non à lui. De deux, vous lui avez piqué son fauteuil

     

    Philippine ne put finir sa phrase, un éclat de rire, début d'un fou rire dévasta les mots suivants. Marie José avait bondi sur ses pieds au moment où elle apprit qu'elle était assise dans le fauteuil préféré d'Helmut. Une armée invisible de fourmis rouges semblait lui attaquer le fessier. Sans parvenir à se calmer, des deux mains elle se frottait le dos, les arrières cuisses tout en tournant sur elle-même. Entendait-elle seulement les rires de son hôte ?

     

    Dans la pièce seul Helmut gardait son calme. Il se leva, descendit du canapé, y abandonnant Philippine à son fou rire, traversa l'angle du tapis pour rejoindre le fauteuil bien chaud qui n'attendait que lui. Enfin il allait pourvoir reprendre ses méditations là où les avait laissées quand l'inconnue l'en avait tiré. Enfin non ce n'était pas exactement ça. D'abord il y avait eu les odeurs de cuisine. Quand les oeufs se cassent pour aller s'enfariner avec du sucre, il y a du lèchage de gamelle sympa à faire. Cela valait bien un stoppage de siestage. Alors, oui, il avait quitté fauteuil et méditation pour rejoindre Philippine en cuisine. C'est là que l'inconnue était apparue à la fenêtre. Elle voulait monter chez Elvira. Du bien tout nouille, ça, Elvira elle est pas chez elle. L'inconnue elle était pas seule, elle était avec un mâle. il aime pas les mâles, alors il avait aboyé bien fort dur et Philippine comme l'inconnue elles avait fait du gestaculage de bras. C'est du toujours pareil. Quand Philippine et Elvira elles font du gestaculage de bras, après Elvira elle passe par la porte. L'inconnue tout pareil, elle est passée par la porte après. Mais pas le Mâle, lui il a continué son escaladage d'escalier pour aller voir Elvira qui est pas là. Ils sont d'un tout nouille les mâles. Helmut, lui il  les aime pas ceux là.

     

    - Ca y est ? C'est bon ? Tu as un sérieux problème avec les chiens toi. Prends le pouf de l'autre côté de la table basse, il n'y va jamais, si cela peut te rassurer. Tu es vraiment sûr que tu veilles que l'on appelle les flics ?

     

    Marie José voulait surtout reprendre ses esprits. Sans même s'en rendre compte ses pas l'avait conduite dans la cuisine où la pâte d'un gâteau avait bien levée. Il était plus que temps qu'elle passe dans un plat, puis entre au four. 

     

    Marie José se tenait exactement à l'emplacement qu'occupait Philippine quand elle l'avait vu derrière la vitre. Elle se souvint comme ce fut pour elle un soulagement de l'apercevoir. Une grande femme au visage carré, une stature d'homme sous une sensibilité de femme, l'exacte besoin de Marie José. Si il n'y avait pas eu le chien debout contre la vitre qui aboyait, l'image aurait été idyllique.

     

    Comme toujours Paul avait été lâche. Ou indifférent. Comme toujours elle lui avait demandé de l'épauler et comme toujours elle avait du se débrouiller seule. Quand elle lui avait annoncé l'absence de Elvira au restaurant le mercredi, son mari ne s'était pas formalisé. Elle n'avait pas insisté. Quand le lendemain, elle avait ajouté qu'elle ne donnait plus signe de vie depuis vingt quatre heures, qu'avec Igor ils avaient été sonné chez elle, idem, Paul n'avait pas cru bon d'y accorder de la valeur.

    Il faut laisser les gens vivent comme ils l'entendent.

    Quand le vendredi elle lui avait dit qu'elle n'était toujours pas venue travailler, et qu'elle ne doutait pas qu'elle était morte au bas de son escalier faute d'avoir été secourue à temps, il soupira. La récurrence du sujet, de l'image macabre commençait à le saouler. Il lui avait alors promis de s'occuper du problème le samedi matin. Et c'était ce qu'il avait fait d'une certaine manière. Le samedi matin, il prit un rendez-vous à 10H30 pour sa femme, devant chez Elvira, avec un serrurier. Voilà pourquoi Marie José s'était trouvée avec un homme devant la fenêtre de la cuisine de Philippine.

     

    Alors qu'elle s’apprêtait à monter l'escalier extérieur qui conduisait chez sa collègue, une terreur bien plus grande que sa terreur des chiens l'habitait. Elle allait voir le cadavre de Elvira. Le serrurier l'avait prévenu, il ouvrait et c'est tout. Son mari avait refusé de l'accompagner, alors oui, de découvrir une femme de près d'un mètre quatre vingt, une femme qui connaissait Elvira, la réconforta. A deux on est toujours plus fortes que seule.

     

    Ce fut Helmut qui poussa la porte entre-ouverte. Helmut. Jamais Marie José n'aurait imaginé qu'il soit de l'inspection. Pour Philippine en revanche,  il n'y avait pas d'elle sans lui. De toute façon c'était déjà trop tard, Philippine avait tout pris en main, il ne restait que le rôle de suiveuse à Marie José.

     

    La queue dansant, l'éclaireur à quatre pattes pénétra dans un appartement qu'il devait connaitre par coeur. Ensuite, Philippine poussa la porte. Pour la dixième fois au moins elle affirmait qu'il n'était pas possible que Elvira soit morte chez  elle. Pour unique argument elle proposait le comportement de son chien. Si elle avait été blessée au dessus de leurs têtes, Helmut l'aurait prévenu depuis longtemps. L'intelligence des chiens, Marie José y croyait autant que Donald Trump dans le réchauffement climatique.

     

    Autant chez Philippine le style était simple et dépouillé, autant chez Elvira l'espace avait été savamment utilisé. Jamais elle n'aurait imaginé y trouver autant de plantes. Les deux appartements étaient disposés pareil, mais en sens inverse. Chez Philippine dont la porte d'entrée donnait sur l'allée des nids, la cuisine était à gauche et le salon à droite, alors que chez Elvira qui occupait les deux étages supérieurs de la maison, la porte d'entrée se trouvait à l'arrière et la cuisine était à droite vu de l'allée des nids, mais comme l'appartement s'ouvrait par l'arrière, de la porte d'entrée, la cuisine pareillement à chez Philippine se tenait à gauche et le salon qui accueillait les visiteurs occupait la droite de l'espace.

     

    L'abominable escalier meurtrier ne se voyait qu'une fois la porte d'entrée refermée.

     

    Pourquoi ? Les chiens sont-ils doué de raison ? Pour L'une oui, pour l'autre non, dès la porte franchie, Helmut s'y précipita. Pourquoi ? Que comptait-il trouver à l'étage ?

     

    Marie José qui visualisait Elvira à son pied depuis trois jours, fixait le vide. Helmut suivi de Philippine escaladèrent les marches où Elvira avait déposé les biscuits interdits de restaurant depuis son rachat par Bernard. Leur présence réchauffa le coeur de Marie José bien plus que l'absence de cadavre. Allez savoir pourquoi. Ce fut plus fort qu'elle, il lui fallut en soulever certains, en caresser d'autre. Elle savait encore quelle table chacun avait décoré. Le lecteur : la 4, la fillette au deux chats : la 12, l'écolier : la 7 ... Elle n'avait pas fait ouvrir l'appartement pour eux, néanmoins les retrouver, c'était un peu comme avoir des nouvelles de Elvira, affirmer qu'elle avait un bon début.

     

     Marie José, heureuse d'être libérée du chien, entreprit d'inspecter le salon en ne toucher à rien. Jamais elle n'aurait imaginé que sa collègue vivre dans un pareil espace. C'était lumineux, chaleureux. Les murs étaient recouvert de tableaux, mais pas seulement, pour casser l'espace, l'impression de longueur, trois largeurs de briques en relief avait été additionner. C'était du plus bel effet. La cuisine d'Elvira enlaidissait (était-ce possible plus ?) celle de Philippine. C'était une cuisine équipée moderne, d'un ton gris clair. L'appartement était parfaitement rangé.

     

    Les deux femmes se rejoignirent devant la porte d'entrée. Contre le mur, à sa gauche il y avait un meuble d'accueil pour chaussures, parapluie, et manteaux. Sur l'un des crochets, le sac à main de Elvira se tenait tout contre la veste qu'elle prenait pour aller travailler.

     

    Sans gène, Philippine s'en saisit sous les yeux médusés de Marie José. Elle l'ouvrit, le fouilla pour en extraire le téléphone portable.

     

    - On sait maintenant pourquoi elle ne décroche pas, ne répond pas aux SMS.

     

    Et les clés de l'appartement. Le trousseau avec le porte clé papillon.

     

    Les deux femmes échangèrent un regard. Comment était-ce possible ? Elles le connaissait ce papillon en métal argent, avec une aile bleue, une verte, une autre violette et la dernière jaune. C'était le porte clé de la clé de l'appartement.

    Elles le savaient et voulaient douter, parce que ce n'était tout simplement pas possible.

    Philippine, histoire d'en avoir le coeur net, ou de les paniquer complètement,   referma la porte qui avait été laissé entrebâillée, puis la verrouilla à clé. Puis la déverrouilla et récupéra la clé. Le doute qui n'existait pas, ne pouvait pas naitre : elles avaient en leur possession la clé de l'appartement.

     

    Comment la porte pouvait elle être fermée à clé alors que la clé était dans le sac à main ? Marie José n'était jamais allée chez Elvira contrairement à Philippine. Mais ne faisions nous pas tous pareil ? De toute façon quelque soit la technique la clé doit toujours être du même côté de la porte que son utilisateur. Que Elvira après être entrée, ait préférer jeter la clé au fond de son sac plutôt que de la placer dans la serrure côté intérieur, c'est un détail. Ce qui était essentiel et grave c'est qu'elle ne soit pas chez elle, que la porte soit fermé à clé, et que la clé soit dans le sac à main.

     

    Elvira n'était pas chez elle, elle était donc sortie. La porte aurait pu être juste fermée, non verrouillée. Igor, Marie José, Bernard, Philippine, tous à tour de rôle avant appuyer sur la poignée : c'était fermé à clé. Elvira avait verrouillé avant de partir. Chose logique.

     

    Comment donc la clé avait-elle pu se retrouver à l'intérieur du sac, à l'intérieur de l'appartement ?

     

    Il faut appeler la police avait articulé Marie José et Philippine avait penser à son mari.

     

     


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  • Il était là dans son fauteuil beige, depuis une heure bien obèse. La conversation ne donnait plus de mot, seuls les silences entre les phrases gardaient de l'éloquence. Que dire d'ailleurs ? Un autre café ? C'était manger qu'elle voulait, pas rester au salon à attendre qu'un bruit de pas se fasse entendre. Manger. Manger mais seulement en tête à tête avec Helmut. Elle n'avait aucune envie de l'inviter.

     

    N'avait-il pas dit qu'il irait au restaurant pour la remplacer ? Il fallait qu'il s'en aille. Elle devait le lui faire comprendre puisqu'il ne semblait pas le deviner. Sa gentillesse de l'avoir reçu, de l'avoir fait asseoir, de l'avoir écouter se retournait contre elle.

     

    En six années, pas une fois il ne lui avait accordé un regard, c'est le genre d'homme qui prononce en serrant la main "Bonjour vous allez bien" mais qui est déjà à vingt mètres quand le mot "bien" atteint les oreilles. Pour lui ce n'était pas qu'elle comptait pour du beurre, le beurre a beaucoup de valeur pour un restaurateur. Elle n'était rien, simplement rien pour cet homme ordinaire.

     

    La misogynie est devenue un trait de caractère ordinaire pour Philippine suite à son divorce d'avec Benoit. Avant, elle le savait porté par une minorité, maintenant elle l'affirmait dans les gênes de tous ces mâles qui peuvent dépasser le mètre quatre vingt, mais qui jamais n'atteignent l'age mental de huit ans. Oui elle était ce que les gens nomment une vieille femme aigrie. Pire elle cultivait son amertume comme d'autres des orchidées. A chacun sa passion.

     

    Sur le réfrigérateur, longtemps était resté affiché :

    Les hommes sont aux femmes,

    ce que les puces sont aux chiens :

    des parasites.

    Le slogan s'était décroché mais elle continuait le militantisme avec Helmut qui mordait bien moins qu'elle, mais qui détestait les hommes tout autant. D'ailleurs où était-il, ce dalmatien,  sur l'instant ? Sur le canapé pour la soutenir ? Non dans son lit sur  la mezzanine. Lui aussi rêvait que l'importun s'en aille. Les visiteurs mâles,  toutes espèces confondues,  faisaient toujours plaisir à Helmut... quand ils partaient.

     

    Elle avait  eu le sentiment, dès la première rencontre, que ce vieux type serrait la main des femmes, comme il aurait posé un peu plus à gauche, ou à droite, un carton qui encombre son passage. Pas les premiers temps, certes, mais plus tard, un peu plus tard, quand elle était devenue amie avec Elvira, elle avait fini par lui avouer son sentiment.  Elvira en avait ri, mieux elle lui  avait dit adorer l'image. Ensuite, un jour où elle était lasse, épuisée, celle-ci lui en avait reparlé, preuve que la réflexion avait été retenue. Elle  lui avait alors résumer son père de la sorte :  Si une pièce de monnaie à un côté pile et un côté face, lui avait son côté resto, fondant et délicieux, et son côté hors resto, pressé et glacé. Maintenant qu'il s'était défait du restaurant, il n'existait plus que l'être désagréable.

     

    Elle ne lui connaissait que ce second côté.

     

    Ce soir, alors qu'il semblait collé au fond de son fauteuil, il était glacé oui, mais absolument pas pressé. Dommage. Désespérance.

     

    Ce soir, en plus, il était sans gêne. Oui sans gêne. Il l'avait intercepté pour une question qui n'importait qu'à lui, et il lui volait une heure de sa vie. Alors oui, elle commençait à le juger sérieusement sans gêne. 

     

    Elle s'était levée, était allée à la fenêtre derrière le dos de son beau canapé en tissus bleu dont Helmut avait voulu découvrir la solidité le jour même de la livraison, et dont une griffe avait tiré une maille. Elle en aurait pleuré. Dehors la nuit était tombée,  les lampadaires étaient entrés en scène. Il lui avait dit  vouloir assurer le service d'Elvira. Il s'y prenait bien mal, il ne faisait que copier son absentéisme.

     

    Elle s'était levée du canapé, il n'avait pas bougé du fauteuil. Que faire pour l'inspirer à quitter son logement ? Faute d'une meilleur idée, elle s'étira en baillant. A quoi bon, il ne la regardait pas, il attendait un bruit, juste un bruit mais rien, absolument rien, l'appartement du dessus restait désespérément vide.

     

    19h42.

     

    Elle ne pensait qu'à la tourte. Sa faim avait commencé à s'exprimer vers 17h30. Depuis cette heure là, elle n'avait fait que songer au contenu de son congélateur. Elle s'était souvenu qu'il devait lui rester une petite tourte aux poissons. Dans sa voiture, elle s'imaginait qu'elle aurait ouvert son congélateur afin de vérifier, avant même de prendre le temps de retirer son blouson, mais après, tout de même, avoir ouvert la baie vitrée à Helmut. Jamais elle n'aurait imaginé que plus d'une heure après son arrivée elle n'aurait toujours pas été vérifier si il lui en restait une. Elle  ne voulait pas nuire à Elvira. Celle-ci lui donnait une quantité de plats qu'elle sortait du restaurant. Toujours elle remerciait sans se soucier de l'implication du geste. C'était bien la première fois qu'elle se demandait si Elvira volait de la nourriture, ou si elle la sortait en toute légalité.

     

    Aller en cuisine, commencer à préparer le dîner aucun pu l'inspirer à partir, mais si au contraire, il s'était approché, qu'il avait reconnu le plat, la tourte, peut-être une colère l'aurait pris. Elvira risquait-elle de perdre son travail pour vol de denrées alimentaires ?

     

    Aujourd'hui elle risquait bien plus un licenciement pour non présentation à son poste de travail.

     

    - Monsieur Malacorne.

    - Igor, je vous ai déjà dit Igor.

    - Igor elle a 45 ans, elle sait ce qu'elle fait. Vous ne pouvez pas rester à l'attendre toute la nuit comme si elle était encore qu'une toute petite fille. Je suis sûre qu'en ce moment elle rit aux éclats.

    - Dites que je vous dérange, que vous voulez que je parte de chez vous mais ne me dites pas qu'elle rit aux éclats. Elle ne va plus travailler, elle ne décroche pas son téléphone, elle n'est pas chez elle, il lui est forcément arrivé quelque chose de grave. Je m'inquiète pour elle, et vous, vous n'en avez rien à faire. Il y a quoi ? Je vous empêche de regarder votre feuilleton à la télé ?

    - Vous êtes injuste.

    - Je suis inquiet et vous devriez l'être aussi.

     

    Être inquiète. Elle devrait être inquiète. Pourquoi ? Parce que sa voisine du dessus n'avait pas été travailler la veille et ce jour. Il lui en aurait fallu plus pour l'inquiéter.

     

    Quand Igor était sorti de sa voiture à son arrivée chez elle, qu'il lui avait à peine laissé le temps de sortir de sa propre voiture avant de l'interroger, ce ne fut pas de l'inquiétude qui s'éveilla en elle, mais une once de plaisir, oui de plaisir. En ne se présentant pas au restaurant Elvira clouait le bec à son patron. Cette idée lui plaisait. Si d'ailleurs cela avait été Elvira qui lui était tombé dessus en lui disait " je suis là ce soir, j'ai dit merde à Bernard" Philippine aurait oublié sa petite tourte qui n'existait peut-être même pas, et aurait sorti une bonne bouteille pour fêter l'évènement.

     

    Mais ce n'était pas Elvira qui l'attendait, c'était son père.

     

    Il était devant chez sa fille depuis dix heures du matin. Marie José l'y avait rejoint. C'était elle qui l'avait avisé de ce qu'il nommait une disparition. Ensemble ils avaient constaté la présence de la voiture d'Elvira, de son vélo aussi. Vélo qui n'était utilisé que par les araignées pour étendre leurs toiles. Les fenêtres de l'appartement étaient fermées mais les volets ouverts. Ils avaient sonné, appelé, surtout écouté. Elvira ne semblait pas chez elle. Ils avaient fouillé le petit jardin dans l'espoir d'y trouver une clé de secours. Rien. Ensuite ils s'étaient rendu au restaurant et Marie José avec l'autorisation de Bernard et de Igor avait fouillée le vestiaire d'Elvira. Là encore, pas de clé d'appartement.

     

    Alors il était revenir seul, à sa voiture  garée sur l'allée des nids, et il s'y était assis ne sachant que faire d'autre. Mettre un nouveau message sur le répondeur de sa fille ? La messagerie était déjà saturée.

     

    Quand il vit Philippine garer sa voiture au côté de cette de Elvira, il avait bondi. Un espoir fou venait de lui traverser l'esprit. Sa fille avait confié le double de ses clés à sa voisine du dessous. Raté, elle n'en possédait pas. Même quand Elvira était partie trois semaines en Italie, elle ne les lui avait pas confiés pour arroser les plantes vertes qu'elle possédait nombreuses. C'était l'hiver, les programmateurs de température des radiateurs avaient été baissé, les plantes pouvaient supporter trois semaines sans apport d'eau.  

     

    Riche de sa réponse, il aurait dû s'excuser de l'avoir déranger avec ses soucis familiaux, et faire demi tour, mais non, il l'avait suivi chez elle, s'était effondré dans le fauteuil d'Helmut. Helmut qui s'était réfugié à l'étage sans passer par la case Pipi dehors. Elle lui avait alors proposé un café. Politesse quand tu nous tiens ! Il n'avait pas répondu, il avait juste articulé la phrase si juste pour lui, totalement excessive pour elle, cette phrase qui les avaient isolés sur le même espace : Elvira a disparu. Elle était allée ensuite leur faire un café pour ... pour quoi d'ailleurs ? Oui vraiment, elle n'avait agit que par logique sociale. Ce fut cette même logique sociale qui fit vider les tasses, car ils n'en avaient pas envie plus l'un que l'autre.

     

     A la radio, sur toutes les chaînes d'info et les généralistes, on ne parlait que de la disparition de Maëlys. Elle a 9 ans. Une petite fille de 9 ans peut disparaitre si on la kidnappe ou si elle tombe dans un trou, mais une femme de 45 ans, non. Une femme de 45 ans qui ne va pas à son travail sans au préalable prévenir son patron, n'est pas une femme qui disparue, c'est un être impoli. Philippine ne chercha pas à le faire comprendre au père, il semblait trop certain qu'Elvira n'était pas responsable de son silence.

     

    Pour Marie José, sa collègue de travail, Elvira avait chuté dans son escalier et gisait morte au sol de son appartement.

    Pour Igor, elle avait disparu contrainte et forcée, autant dire, elle avait été kidnappée.

    Pour Philippine, la vérité était bien plus belle que ça. Elvira riait au éclat dans les bras de son amoureux et elle se foutait bien de son patron, de sa collègue et de son père.

     

    Comment le dire ? Comment le lui faire comprendre ? Elle lui avait offert un café puis doucement elle avait évoqué une troisième voie. La possibilité que Elvira avait fait le choix de vivre un moment de bonheur sans en aviser personne.  Il l'avait rejeté et venait de le recommencer. Philippine n'était pas de son avis, c'était inacceptable. Elle devenait coupable de ne pas s'en faire pour sa voisine. Encore quelques minutes et Igor l'accuserait de complicité.

     

    Alors elle s'était remise à penser à sa tourte aux poissons, et soupirait intérieurement. Et elle se demandait pourquoi, alors qu'il était enfermé depuis 13h00, Helmut ne demandait pas à sortir ou manger.

     

    20h06.

     

    Un téléphone sonna. Celui d'Igor pas le sien. Il fit un mouvement comme si il s'était pris une décharge électrique à l'endroit que touchait le téléphone. Ce n'était pas un appel mais l'annonce d'un SMS. Bernard voulait savoir si il comptait vraiment venir l'aider au restaurant.

     

    Enfin le vieux père s'arracha du fauteuil. Enfin Helmut allait pouvoir sortir faire son pipi dans la cour, enfin elle allait pouvoir savoir si il lui restait une tourte aux poissons. Ou aux fruits de mer. Oui une tourte aux fruits de mer ferait très bien l'affaire.


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    21h43.

     

    - On pourrait appeler Igor.

    - Laisse le en dehors de ça. Et pose ce téléphone.  Il me semble que tu es là pour travailler. Non ? Il faut qu'il manque combien de personne pour que tu commences à t'activer ?

     

    La 12. Elle était entrée en cuisine pour récupérer les desserts de la 12. Une glace deux boules : noix de coco / chocolat et un vacherin vanille.

     

    Elle avait voulu l'aider, juste l'aider. Chez elle l'inquiétude montait, chez lui c'était la colère. 

     

    Où était-elle ? Déjà 14 SMS d'envoyés et restés sans réponse. 14 d'elle mais combien de lui ? Où était-elle ?

     

    Appeler Igor lui semblait pourtant être une bonne solution. Parce qu'il pouvait venir aider. Certains habitués auraient aimé pouvoir le saluer. Et surtout parce qu'il pouvait passer chez elle, avant. Elle était peut-être évanouie au bas de l'escalier suite à une chute. Les accidents domestiques sont bien plus fréquents qu'on ne le croit. Il devait avoir la clé de chez elle.  Pourquoi l'aurait-il eu ?  Oui c'était absurde, il ne l'avait pas. Elle cachait peut-être un double dans un pot de fleur. On devrait tous avoir une clé de sécurité quelque part. Il savait peut-être où elle la cachait. Si seulement elle avait eu le numéro de téléphone de Philippine ! Mais que faisait-elle et surtout où ?

     

    Bernard la fixait. Elle n'avait pas bougé. La 12. Marie José récupéra hâtivement la coupe et l'assiette après avoir déposé son smartphone dans la poche de son tablier.

     

    La 12. L'unique table qui avait changé de place depuis l'arrivée de Bernard, depuis qu'il avait fait disparaître la fresque représentant la plage de Royan avec son port, sous une peinture anthracite. Elle avait basculé avec l'ilot d'accueil. A l'unanimité ils avaient détesté, avant de s'habituer et de finir par trouver que ce n'était pas une si mauvaise idée que cela, après tout. Sauf eux, le couple de la douze, le prof de math aujourd'hui à la retraite et sa femme. Comment s'appelaient-ils déjà ceux-là ? Closier ? Clauzière ? Ausier ? Ausière ? Nozier ? Comment aurait-elle pu s'en souvenir, tout le monde les nommait été-hiver. Sur le cahier de réservations Elvira notait toujours E-H 12 pour été-hiver table douze. Alors leur nom de famille, qui s'en souciait ? Ce soir, encore moins de monde qu'à l'ordinaire.

     

    Mais que ferait-elle ? Son absence devenait insupportable. Ce n'était tellement pas elle.

     

    Elvira et Marie José commençaient toutes les deux à 17H. Pas une fois en treize années Marie José n'était arrivée la première bien que toujours là entre 40 et 45. Sauf aujourd'hui mercredi 6 septembre 2017. Et il n'y avait vraiment pas de quoi triompher.

     

    Le couple de la 12 avait demandé après elle. Par facilité Marie José leur avait menti. Un jour de repos. Qu'aurait fait Elvira d'un jour de repos  en pleine semaine ? Ce restaurant était tout sa vie. Quand elle devait prendre des vacances, elle partait à la chasse aux objets de décoration pour le restaurant. Bernard lui avait fait tout enlever. Elle était devenue verte comme les plantes qu'il avait installé à la place. Chez elle ce devait ressembler à un capharnaüm depuis. En treize années jamais elles ne s'étaient invitées à boire un café, à manger un petit gâteau. Même le jour où elle l'avait aidée à transférer les objets devenus indésirables, elle n'était pas montée. Pourquoi ? Une pudeur ? Un respect ? L'aide inattendue de Philippine peut être ? Elle s'était garée devant leur entrée, avait vidé son coffre dans les bras des deux femmes et déposé le reste sur les marches extérieurs. Si il avait plu, tout aurait été différent. Elvira était en colère, Marie José n'avait eu aucune envie de s’incruster. Elle avait mis sa voiture à disposition, c'est tout.

     

    La nudité de l'ilot central,  lui faisait remonter en mémoire ce jour de décembre 2014. Si seulement elle n'avait pas posé le dernier carton, si elle avait escaladé l'escalier, si elle s'était présentée dans l'entrée de l'appartement, à cette seconde elle pourrait visualiser Elvira au sol au bas de son escalier intérieur, ou sur le tapis du salon. On a tous un tapis dans son salon. Pour Marie José cela ne faisait pas de doute, Elvira était inconsciente chez elle parce que rien ni personne n'avait le pouvoir de la faire oublier le restaurant. 

     

    Si Bernard la connaissait aussi bien qu'elle, il le saurait, et il aurait fait appeler le SAMU pour qu'il se rendre chez elle. Et si elle allait s'enfermer aux toilettes pour leur téléphoner ? Ils doivent avoir des passes, ils doivent pourvoir ouvrir des portes sans en posséder les clés et sans les détériorer. Non ce n'est pas à elle d'assumer cette responsabilité. Sa première et unique idée est la bonne. Il faut prévenir Igor. Il faut le prévenir. Lui saura quoi faire. A défaut Philippine.

     

    Tout le monde l'apprécie, mieux, l'aime, la recherche. Elvira était un mystère entier pour sa collègue. Toujours de bonne humeur, toujours un mot pour tout le monde, toujours une note d'humour. Même après le cataclysme, l'arrivée des plantes vertes, la disparition des cadres, statuettes, et autres sculptures en biscuit de porcelaine qui ornaient chaque table. Au début, quand des clients y faisaient allusion jamais elle ne soupirait un "c'est dommage" même si cela l'aurait fait aller dans le sens du client, non elle trouvait toujours une formule pour défendre la nouvelle décoration épurée. Marie José l'avait entendu articulé qu'il était temps d'aérer l'atmosphère. Aérer l'atmosphère ! Elle n'en était pas revenue, c'était Elvira, elle-même qui passait son temps à alourdir la collection. Il n'y avait plus une table qui ne possédait pas son biscuit, la 1 en avait même 4, autant que de chaises. Et elle la continuait d'ailleurs cette collection réfugiée chez elle. Pas plus tard que fin août elle lui avait confié avoir dénicher à  Angoulême, un homme assis sur un bride contemplant un ouvrage sur ses genoux.  

     

    Elvira était une perle pour tous. Ce n'est pas qu'elle était une beauté plastique, elle était bien plus que cela, elle était le bonheur incarné dans une silhouette de simplicité. Marie José aurait tellement aimé lui ressembler, savoir être toujours aimable. Non elle n'était pas toujours aimable, elle le savait bien. Ce soir elle ne l'était pas. Son esprit était ailleurs, les clients l'irritaient. Ils peuvent être tellement exigeants, maniaques parfois.  Elle détestait les gamins qui couraient autour des tables et les couples qui se léchaient la figure dans l'indifférence de tous. Et puis elle avait peur des chiens. Heureusement Bernard n'était pas Igor, depuis lui, plus un seul n'était autorisé à entrer dans le restaurant. Ils devaient rester en terrasse l'été, dans la véranda l'hiver. Là-bas ce n'était pas son territoire, c'était celui de Arno. De Elvira aussi bien sûr. Elvira naviguait partout. Sauf aujourd'hui.

     

    La pendule affichait fièrement 22HOO. Enfin pouvait-on nommé cela une pendule ? Il n'y avait aucun cercle extérieur pour relier l'ensemble. Sur le mur anthracite ni plus clair ni plus foncé que l'autre, 4 chiffres en nord, est, sud et ouest. Entre eux pour offrir l'illusion d'un cercle des battons d'une désobligeante banalité et au cœur deux aiguilles pour ne pas dire épées additionnaient l'absence d'Elvira. Encore une idée de Bernard cette vision du temps qui s'écoule. Avant c'était le mur des petits cadres. On y voyait Royan en noir et blanc, en divers époques.

     

    Elvira avait cinq heures de retard. Où était-elle ? Mentalement, tout en  débarrassant les 14, 15 & 16 collées pour le groupe de niçois, Marie José remontait l'avenue  de la grande plage, l'avenue de l'oasis, l'allée des nids, la route qui séparait le restaurant L'eau à la bouche du domicile d'Elvira. Si elle y avait eu un accident, on les aurait prévenu. Pourquoi d'ailleurs aurait-elle eu un accident ? Que risque-t-on comme accident sur un trottoir ?

     

    Du temps d'Igor, quelqu'un, probablement elle, ou lui, non pas lui il n'aurait pu quitter ses fourneaux, donc elle ou Bastien, en tout cas quelqu'un se serait rendu à son domicile. Elle s'était proposée. Bernard avait refusé. L'argument était fondé. Une personne manquait, ce n'était pas le moment d'en perdre une seconde. Mais tout de même.

     

    L'ambiance avait bien changé depuis le départ de Igor, l'arrivé de Bernard. Avec Igor s'était familiale, avec Bernard c'était ... c'était quoi d'ailleurs ? Marie José n'aurait su le dire. Même lien, même collègue, même menu enfin presque, mais une froidure s'était abattu sur le restaurant. Bernard n'aimait pas les clients. Bernard n'entrait jamais en salle. Igor ressemblait à Elvira, Bernard à Marie José. Elle le savait, n'en était pas vraiment fière. D'ailleurs était-ce l'ambiance ou son mental qui s'était le plus transformé ? Elle vieillissait. Ses pieds la faisaient tellement souffrir qu'elle n'avait plus goût au travail. Bernard était un être froid, fermé mais il n'était rien par rapport à ses pieds. Igor aurait accepté qu'elle serve en pantalon, qu'elle porte des chaussures plus confortables et plates. Avec Bernard les talons aiguilles étaient obligatoires, comme les jupes droites et noires. Longue pour Elvira, courte pour toutes les autres.

     

    Elvira aux abonnés absents, Marie José courait partout, n'avait le temps de rien. Et c'était ce soir là qu'une quinzaine d'adolescents avaient choisis de venir. Elle détestaient les adolescents. Non ce n'était pas les adolescents qu'elle détestait, ce qu'elle détestaient c'était les gens qui prenaient les salles de restaurants pour des espaces de fêtes. Marie José était de la vieille école. On s'habillait pour aller au restaurant, on se tenait bien à table, on chuchotait plus que l'on parlait, on se faisait discret. Maintenant les gens entraient dans l'établissement en n'importe quelle tenue, ils chantaient, s'échangeaient des cadeaux, ils s'y bagarraient. Limite certains soirs elle aimait mieux les chiens. Eux dans un restaurant, ils ne songeaient qu'à manger. Jamais ils ne renvoyaient leur assiette pleine, jamais ils n'humiliaient la serveuse.

     

    Le petit couple de la 12 voulait l'addition. 48€15. Ils prenaient toujours la même table, les mercredi à 20h,  le même menu, avec la même bouteille. Si elle changeait de vêtement (ils lui connaissaient une vingtaine de robes et autant de jupe avec veste assortie), lui ne semblait posséder que deux costumes. Un vert foncé en velours à grosses côtes pour l'hiver, un marron à fines rayures d'un ton plus foncé coupé dans une toile légère pour l'été. Les jours où il effectuait la rotation tout le monde s'en moquait, même Arno qui ne les servait jamais. Il faut dire que celui-là n'était pas le dernier à critiquer les clients. Dans l'un des tiroirs de la cuisine, il y avait un livre d'or dans lequel les employés annotaient les bons mots des clients, les situations tordantes. C'est bien l'une des seulement choses qui avait survécu au cataclysme. Depuis des années, Elvira notait le jour du changement de costumes. Après le service, autour d'un dernier verre, on feuilletait les vieux livres d'or pour comparer les dates. Ce soir le vieux professeurs de mathématique portait encore le costume marron rayé. Elvira n'était pas là pour le constater.

     

    Mais où était-elle ?

     

    Olivia eut un petit mouvement de tête. Chaque fois que le téléphone sonnait, c'était plus fort que Marie José, il fallait qu'elle sache si c'était Elvira, alors Olivia tout aussi inquiète qu'elle, l'avisait de la désolation. Au bout du fils ce n'était pas la voix de leur collège.

     

    Le silence d'Elvira finissait par paniquer Marie José tant et si bien, qu'elle en oubliait ses pieds douloureux. Il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas déplacer entre les tables avec autant de légèreté.


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  • Vous avez connu Jean Charles tout au long des pages de

    Mon fils.

     

    J'avais prévu de continuer avec lui & Yvane qui dans

    Mon fils n'est que évoquée.

     

    Cela aurait été le roman

    Kumara.

     

    En suite seulement se serait ouvert l'histoire de

    En jours additionnés.

     

    Dans ce roman vous auriez découvert Bernard

    l'ex mari de Yvane.

     

    Et bien il va y avoir un petit changement de programme.

     

    Je vais d'abord vous conter ce que  vit  Bernard en cette fin d'année 2017

    et ensuite seulement nous ouvrions 

    Kumara.

     

    L'avantage de ce changement de programme est que dès les premières lignes nous connaitrons Yvane presque autant que Jean Charles.

    Pour Billy ... il faudra attendre Koumara.


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