• Mon Fils

    vient de s'achever.

     

    Jean Charles vit depuis quatre mois avec Billy

    sans avoir quitté le domicile de ses parents.

     

    Yvane l'une des actrices amateurs

    de la troupe de Théâtre

    que Charlotte a quitté

    pour cause de déménagement,

    est restée complètement dans l'ombre

    sur les pages de ce roman.

     

     

    Je vous invite à les retrouver tous les 3

    au coeur du roman

    Kumara

    dont la rédaction débutera

    d'un jour à l'autre.

     

    Merci pour votre fidélité.


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  • MN - Tu es aussi butée que Jean Charles.

    M - Il ne veut pas y aller ?

    MN - Il ne veut même plus entendre parler de Titouan. Depuis son retour de Roumanie, il n'est plus le même. Je ne sais pas ce qu'il fabrique. Il n'a plus de rat, il ne veut plus rien savoir de Loulou, de Charlotte et de Titouan. Il reste enfermé des heures avec ses dessins ou alors il part en voiture avec Billy.

    M - La dernière fois que tu m'as parlée de Billy, tu n'avais pas l'air enchanté de la voir emménager chez toi. Tu ne la supportes toujours pas ?  Et Edmond ?

    MN - Tu sais Edmond, il arrive tard, part tôt, il ne la voit pas. Elle est totalement invisible de toute façon. Tu ne l'entends jamais. Ce qui ne me plaisait pas au début c'est qu'elle va dans la piscine. 

    M - Elle a repris les habitudes de Titouan.

    MN - Oui mais lui ne vivait pas à la maison. Et puis lui, je l'aime bien, elle, la voir dans la piscine... je ne sais pas... cela ne me plaisait pas du tout. Et cela ne m'enchante pas encore. Jean Charles nage avec elle. Je te jure, le spectacle au début... enfin cela ne me faisait pas plaisir qu'elle aille dans ma piscine. Et puis avec Jean Charles. Cela fait quoi quatre - cinq mois qu'elle est là. Elle colle Jean Charles. Il n'y a que lui qui compte. Jamais elle ne viendrait me tenir compagnie. Elle vit comme si il n'y avait que Jean Charles sur terre. Elle est vraiment discrète. Je n'ai rien à lui reprocher. Elle n'est pas voleuse, elle n'est pas envahissante, elle n'a rien cassé, elle est propre. C'est une gentille fille comme dit Jean Charles et c'est vrai. Elle n'est pas méchante. Peut-être que cela passerait mieux entre nous si elle était plus exubérante. Elle est super timide, tu as l'impression qu'elle ne sait que raser les murs... et aller dans la piscine. Alors là elle n'est plus timide du tout. Elle ne demande rien à personne, elle y va. Je vais m'y faire. Tu sais, j'ai bien eu jusqu'à six rats à la maison, je vais m'y faire. Je m'y fais. Et puis on a trouvé un sujet d'entente : les gâteaux. Si Edmond continue à répéter qu'il est toujours  convaincu que j'ai eu tord de racheter la boulangerie de ton père en février, elle, elle est heureuse que je rentre tous les jours avec des invendus. Si tu voyais comme elle mange, elle va devenir obèse. Elle peut engloutir quatre croissances au petit déjeuner. Jean Charles la laisse faire, moi, manger autant m'affole. J'ai l'impression de grossir rien qu'en la regardant manger.

    M - Fine comme tu es, tu peux prendre trois kilo sans stress. Je te les donne avec plaisir. Pour revenir au sujet de la boulangerie. J'ai eu papa au téléphone hier. Il est vraiment heureux, je l'entends dans sa voix. Il passe son temps à rénover sa petite maison. Il a fait des plantations aussi dans son jardin, parait-il cette été. C'est vrai qu'au début quand tu t'es proposée à lui reprendre la boulangerie, je me suis demandée ce qu'était ce délire, mais tu tiens très bien ta barque. Franchement tu m'impressionnes. Georgic et papa se téléphonent souvent. Si tu veux une confidence, ton associé est ravi de t'avoir avec lui et pas uniquement pour l'argent que tu as apporté. Il t'apprécie. Il dit que l'ambiance a totalement changé. Voilà qui est facile à imaginer.

    MN - Est-ce que ton père t'a convaincue de monter avec Andrée et moi à Langres pour les deux ans de Lou-Evan, la semaine prochaine ?

    M- Je te l'ai déjà dit, je n'y irai pas. Je viens de commencer ma formation de moniteur autoécole à Quimper, je ne vais pas faire l'école buissonnière à mon âge.

    MN - C'est bien ce que je dis. Tu es aussi butée que Jean Charles.

    M - Parle moi plutôt de tes exploits à la boulangerie.

    MN - Je m'éclate comme une petite folle à jouer à la vendeuse. Avec Oksana on a refait toute la décoration sur la semaine où on a fermé en septembre. C'est plus moderne, plus vivant, plus coloré. Je ne veux pas te blesser mais c'était vraiment vieillot. On a poussé vers la gauche le comptoir aussi, cela fait plus grand. Il y a quelques semaines j'ai trouvé dans un vide grenier, un panier en osier géant. J'ai pris une petite table ronde de la maison pour l'y poser et  pour faire un décor, j'y ai mis des fruits. On ne manque pas de fruits dans la réserve.  Et bien tu sais que cela marche. On les vend à l'unité, même les cerises.  Le jour de la vente, en février, Claudine nous avait affirmé que seule sa boulangerie allait survivre, surtout que Solène allait ouvrir son "Déjeuner sur le pouce".  Georgic a continué à faire du bon pain et des délicieux gâteaux. Oksana va au fournil l'aider, ton père manque, tu penses bien, et moi je suis dans la boutique. Oksana est une sacrée bosseuse. Elle devient une véritable pâtissière professionnelle. Au déjeuner sur le pouce, Solène a toute une gamme de glaces, de boissons fraiches, on ne peut pas rivaliser, donc nous on est parti sur les fruits. Les gens achètent leur baquette pour le midi et leur pomme, leur poire du soir. Enfin je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça, tu es notre comptable, tu sais déjà tout ça. Mais bon, j'aime bien avoir repris un travail et je m'éclate bien à jouer à la marchande comme une petite fille. 

    M - Enfant, même adulte, jamais je n'aurai imaginé que papa vendre sa boulangerie et que ce soit en plus à toi. Je l'imaginais rodant dans le fournil jusqu'à sa mort. Il a eu raison de prendre sa retraire. Jamais je n'aurais pensé qu'il s'achète une maison à l'autre bout de la France.

    MN - Et dis moi toi, comment tu vas ? Tu continues à revoir ton ex mari.

    M - Ne va pas t'imaginer que nous allons nous remarier, mais oui on se revoit. J'aime vivre dans l'appartement de Mickaelle à Chateauneuf du Faou. Et elle, elle est heureuse d'avoir trouvé une locataire. Depuis son mariage avec Colerige elle vit majoritairement sur Paris. Elle ne voulait pas mettre en vente son appartement, donc voilà nous avons trouvé une solution qui convient à tout le monde. A Roger aussi. Il n'a pas envie de me revoir surgir à la maison, mais oui nous passons du temps ensemble. Nous sommes même aller dîner au restaurant en tête à tête. Voilà bien quinze ans que nous ne l'avions plus fait. Cette été il a rencontré Titouan avec les filles. Anastasia et Charlotte communiquent beaucoup sur les réseaux sociaux entre elles,  semble-t-il. D'ailleurs Anastasia ira passer Noël chez son grand-père où normalement Titouan, Charlotte, Andrée et Lou-Evan passeront leur réveillon.

    MN - Et tu n'en sauras pas ?

    M - Non. J'irai voir papa pour le nouvelle an. Je remontrais Anastasia avec moi ensuite. Normalement, mais bon, elle et moi ... Les rapports sont encore très tendus.

    MN - Elle est enceinte de combien de mois maintenant, Charlotte ? Le bébé est prévu pour quand déjà ?

    M - Ce sera un bébé de janvier, comme son père. Anastasia veut absolument en être la marraine. Charlotte est déçue, c'est encore un fils. Elle voulait sa fille Diane.

    MN - Elle t'a dit ça au téléphone.

    M - Non. Tu sais Charlotte et moi... J'ai du mal avec elle. J'ai l'impression d'avoir Solène adolescente face à moi. Et crois moi, dire ça, ce n'est pas lui faire un compliment. j'ai eu un mail de Titouan. Il m'y annonce que son second  fils se nommera Rodolphe. 

     

    FIN.

     


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  • Trop c'est trop. Point final. Non négociable. L'hésitation n'est pas autorisée.

     

    Alors. Où es-tu Charlotte ? Commençons par toi mon amie si précieuse pour ne pas dire si prétentieuse.  Charlotte, Charlotte. Charlotte. Ok. Charlotte : supprimer. A ta pomme mon pote. Tit, où es-tu Tit ? Régis, Thierry, Tit. Le voilà. Tit : supprimer. Voilà cher pote comment le con te salut bien bas.

     

    Maintenant que j'ai allégé le répertoire de mon téléphone, reste à vider puis fermer le compte bancaire que j'ai ouvert pour mon filleul.

     

    Mon filleul.

    Tout le délire que je me suis inventé. Il n'y a pas que pour les BD que j'ai de l'imagination !!! Mon petit pote, mon petit pote à moi. Les bateaux que l'on irait voir ensemble, les châteaux de sables que l'on érigerait pour qu'une vague vienne les engloutir. La cabane dans les bois qu'on fabriquerait ensemble. Je t'en ai promis des trucs mon petit pote. Oui je t'en ai raconté des trucs que l'on ferait ensemble. Je te ferai visiter le monde pendant que tes vieux bossent à l'usine. On irait en Angleterre pour te faire apprendre la langue fastoche. Je te trouverai le chien que tes parents ne voudraient pas que tu aies. On louerait une péniche, pour toi, ton chien et moi. Que t'ai-je raconté encore ? La montagne et ses marmottes, la Thaïlande et ses éléphants... Et bien voilà, tous les beaux projets s'envolent en fumés car quand tu marcheras, moi je ne serais pas là.

     

    Putain quelle vie de con !

     

    Merde, putain c'est dingue comment on peut s'attacher autant à un tube digestif qui a moins de vocabulaire qu'un rat ? Mon petit gars tu me manqueras, ce que tu me manqueras ! T'étais vraiment mon petit pote. Oh merde je vais me mettre à chialer comme une fille. Comme un PD, oui.

     

    Quel con je suis. Il n'y a rien de plus traite que l'imaginaire.

     

    L'intelligence que j'ai eu  en m'ouvrant juste un autre livret. Heureusement que je n'ai pas suivi ma première idée : ouvrir un compte à son nom. Dire que je fais mettre 250€ sur ce compte, chaque mois, depuis sa naissance. Dire que je voyais dans ce gosse, un peu mon neveux, mon fils, mon héritier. 250 chaque mois, sur 20 ans. Je voulais qu'il ait une fortune pour débuter dans la vie. Avec les intérêts cela aurait été 50% de sa baraque qu'il aurait pu payer cash.

     

    Mais qu'est-ce que je croyais, bordel !

    Je croyais en l'amitié, voilà tout. Je croyais en l'amitié. Je me suis bien faire entuber sur ce coup là, bordel. J'ai vraiment merdé d'offrir ma confiance à Titouan. Ouai j'ai vraiment merdé sur ce coup là.

     

    Je tombe vraiment de haut, de vraiment très haut. La gifle de Charlotte qu'il a laissé passer aurait du m’alarmer. Mais non. Vraiment trop con. Je suis vraiment trop con. Ça veut dire naïf. Je veux dire gentil. Con.

     

    Merde, comment j'aurai pu voir venir ? Mon père lui a offert un job. Ma mère le traite comme son troisième fils. Il avait tout à gagner en restant. Je suis allée parler à Maxime pour qu'il se sache son fils, qu'il puisse être le père du sien. Quel salaud ! Après tout ce que j'ai fait pour lui, me planter comme ça ! C'est pire que d'abandonner un chien sur une aire d'autoroute. Pour les chiens il y a les SPA. Des familles biens mieux les adoptent ensuite.

     

    Mais putain moi...

     

    Un vieux clebs sans patte, lui en fourrière aurait le droit à l'euthanasie. Aux humains on offre un fauteuil roulant en lot de consolation. La piqûre pas le droit. Quelle vie de merde. Un clebs au pire se traine quinze ans. Le bol ! Moi j'en ai pour quatre vingt quinze, et cela ne va pas aller en s'améliorant. Quelle merde la vie quand elle s'y met.

     

    " Ton père est vraiment un super mec, Jean Charles. Sérieux, un super mec".

     

    Espèce de pourriture. Comment tu peux me jeter à la gueule une saloperie pareil ?

     

    Pour être super, il est super. Il forme Titouan pour qu'il monte en grade. Oui ça c'est un super boss, il n'y a pas à dire, peu de directeur ferait ça, surtout que c'est pour un ouvrier qui se casse.

     

    Un super boss, mais un véritable connard de père.

     

    " Comme Titouan va partir, tu pourrais peut-être envisager à reprendre son poste, au moins à mi-temps. Cela te changerait de glander. Il faudrait peut-être qu'un jour tu te prennes en main".

     

    Bien sûr. Je glande. Bien sûr. J'ai fait quoi au festival de la BD de Perros-Guirec début Avril ?  J'ai tenu le bar ? Non, laissez moi deviner, j'ai joué de la cornemuse. Ah personne ne jouait de la cornemuse, donc j'ai du être un auteur qui a dédicacé ses BD. Et le concours que je prépare, concours où j'ai fini troisième l'an passé,  ça c'est quoi ? Du pipi de chat ou un job ? Il est bien incapable de remplir deux bulles, de dessiner un personnage, un arbre, une banale pomme. Comme tous les cons bourrés d'orgueil qui sont incapable d'écrire une ligne, de jouer une note, tous les artistes sont des losers, juste des losers. je suis juste un chômeur non pire, un ignoble fainéant qui se la coule douce chez ses vieux. Ouai il est cool mon père, super cool. Un vrai super mec. On va commandé des prothèses directement moulées dans les bottes de sécu. Super mec ! Un directeur comme tous les directeurs, un gus qui n'a aucun sens des réalités, un type qui ne connait de la vie que les chiffres. Ça rapport combien à une usine d'embaucher un handicapé ? Connard, ta laiterie je m'en bas les couilles.

     

    Putain ils font tous chier.

    Déjà que je suis interdit de vie, ils pourraient au moins me foutre la paix, me laisser dessiner tranquille.

     

    Il est super mon père ! Si il était si super que ça, il aurait passé la semaine de la BD d’Angoulême avec moi, il ouvrirait un de mes albums, il passerait quelques coups de téléphone pour me faire percer dans la profession. Mais non. Il se fout de ce que je dessine. Le taux protéinique du lait, voilà un thème essentiel. Les états d'âme de son merdeux de fils, il s'en balance. Aucune influence sur les charges patronales.

     

    Papa est comme maman, il prend Titouan pour son troisième fils. Son premier a crevé, le second est un absolu naufrage. Le troisième sauve l'honneur. Tu vas voir qu'il l'a collé sur son testament.

     

    François Xavier serait fou si il voyait ça. Est-ce que lui, il l'aurait fait chier pour aller bosser à la laiterie ? Non. Devant François Xavier, il rasait les murs. Faut dire que le frérot était vraiment un gros con. Il est très bien dans son trou au cimetière.

     

    Lou-Evan aura ses un an le six novembre. Le vingt quatre Titouan commencera son nouveau job. Je fais quoi ? Je mets le fric dans une enveloppe et je le donne au paternel en cadeau d'adieu ?

     

    Il y a combien sur le compte ?

    2250€.

    Charlotte m'a giflé et ni l'un ni l'autre ne s'en est excusé. Titouan vient de me traité de con. C'est sur, ils ne roulent pas sur l'or, avec le déménagement, cette somme leur ferait du bien, mais pourquoi ferais-je ça pour eux ? Comme à reconnu Titouan, je lui ai offert son avenir sur un plateau. J'ai agi un pote, en vrai pote. Il faut croire que l'amitié est comme l'amour, rarement réciproque.

     

    Je vais me garder ce fric. Non je vais me dépenser ce fric. Je vais m'offrir un truc géant. L'ennui est que je n'ai envie de rien.

     

    Bon réfléchissons. Tu es Titouan, tu as 2000 € en poche et tu veux offrir un super truc à ton pote Jean Charles pour le remercier de t'avoir sauvé la vie. Qu'est-ce que tu lui offres ? Réfléchis Titouan, qu'est-ce que Jean Charles t'a dit vouloir ? Un jour, dans un délire, il a lâché quelque chose. Alors j'écoute.

     

    J'écoute et je n'entends rien.

     

    Je n'ai envie de rien.

    C'est affreux à dire, mais c'est la vérité. Le fric n'est pas un moteur pour moi et n'a aucune valeur consolante.

     

    Je n'ai envie de rien. Mais j'ai une bonne liste de choses dont je n'ai pas envie, comme de voir ma mère jouer à la mémé avec Loulou, comme entendre Titouan me raconter ses soucis de déménagement.

     

    Putain je sais ce que je vais faire de ce fric. Je vais le griller en essence, je vais me casser. Je vais foutre un matelas dans le doblo maxi que ni maman, ni papa utilise, je vais prendre ma petite Luciole, et on va tracer vers est. Avec mille euros d'essence on peut faire combien de kilomètre ? Quitte la France. Traverser l'Allemagne. Gagner l'Autriche. Arriverons nous en Roumanie ?

     

    Je ferais la route dans l'autre sens, ensuite. Avec les milles autres. Je me prends une semaine , dix jours pour m'organiser, et je trace début Août. En prenant mon temps, je ne serais de retour que début décembre. Cool. Cela va m'éviter des adieux qui ne viendront pas. Cela va me faire éviter d'assister à des scènes qui vont me dégouter.

     

    Je vais prendre la route. Aller nul part. Juste m'éloigner toujours plus. L'essentiel est que ce soit ailleurs.


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  • J'en ai marre, putain ce que j'en ai marre. Quand ce n'est pas l'un c'est l'autre. Mais quand est-ce que je pourrai avoir une vie pénard ? Je ne demande pourtant pas grand chose, je veux que l'on me foute la paix. Oui je rêve juste d'une petite vie pépère, une vie de vieux con peut-être, mais une vie de paix. Un canap, deux trois rats, mon fils et un job pas trop con pour payer le loyer. Ce n'est pas beaucoup demander, il me semble.

     

    Mais qu'ont-ils tous contre moi, putain ?

     

    Et je voudrai que mon mal de tête cesse aussi. Il commence à se transformer en vertige, ce n'est plus supportable. Dès installé dans ma nouvelle vie, j'irai voir un docteur. Je dis ça mais au fond de moi, je sais qu'il ne sera pas du voyage. Là-bas, loin de tous, j'irai mieux. C'est aussi pour qu'une tumeur ne s'installe pas dans mon cerveau que je dois partir. Mon mal de tête vient d'eux, pas de moi, d'eux. Il y en a qui ont mal au crâne d'avoir trop picoler, moi c'est l’absorption de reproches, de haine, de colère qui me fait mal. Je ne supporte plus la méchanceté. Je suis en overdose depuis des années.

     

    Dès le début de ma vie on me reproche qui je suis. Trop mou pour le père, trop sensible pour le grand-père, trop tête à claques pour la mère, trop insolent pour la grande-mère. Personne n'a jamais voulu savoir qui j'étais, tout le monde savait mieux que moi ce qui était bon pour moi. En vérité, pas un n'a songé une heure de sa vie que je pouvais avoir mes propres pensées, mes propres désirs, volontés. Élie - Andrée - Yves - Solène même combat : tu es à nous , tu nous dois d'être la prolongation de nous.

    Boucher de génération en génération.

    Mais cela ne m'intéresse pas. Je n'ai pas un esprit de viandard. Quand je vois un canard battre des ailes, je ne me réjouis pas qu'il va nous faire de bons magrets, je vois un canard qui s'étire, qui se fait du bien. Je ne ramène pas toujours tout à moi, à mon tiroir caisse, ma réputation.

     

    Merde pourquoi ils ne peuvent pas piger ça.

     

    Merde pourquoi ils acceptent que Charlotte fasse ce qu'elle veut de sa vie, et pourquoi moi, dès sorti de l'utérus je devais me transformer en bon petit soldat boucher ? Putain je ne suis même pas de leur sang. Il a fait preuve d'intelligence Titouan, en mourant après avoir vu dans quelle famille de tarés il était tombé.

     

    Maxime les connaissait, elle savait dans quel enfer Solène allait m'embarquer. Comment a-t-elle pu me laisser partir avec elle ?

     

    D'accord, seul avec Maxime, la vie aurait pu être dur, mais je n'avais pas besoin de beurre dans les patates de ma purée. Mais merde je n'avais pas besoin d'une chambre de vingt cinq mètre carré, un tiroir posé au sol suffisait. Son lit et ses bras auraient été encore mieux.

     

    Comment a-t-elle pu me planter aussi facilement ? Elle était ma mère ! Elle savait que je n'avais aucune chance de bonheur chez des bouchers.

    J'étais son ange écrit-elle.

    Pourquoi est-elle devenu mon bourreau ?

    Elle m'a laissé partir chez des sans affect, des tueurs, des réducteurs de corps en morceaux entrant dans des casseroles. Ils ne savent que vider la vie de son sang. Rendre mort. Même entre eux, ils sont des monstres de froideur. Pas une fois je n'ai assisté à un geste de tendresse entre maman et papa, mémé et pépé. Bosser : Découper et hacher pour les hommes. Bosser :  Emballer et encaisser pour les femmes. Et laver le sang, lessiver pour rendre blanc, pour faire disparaitre tous traces de sang versés. Mais le sang, il y en aura toujours dans un mort. Parce qu'avant eux, il y avait des êtres en vie dans les corps, des êtres qui comme moi ne demandaient pas grand chose, juste pouvoir vivre en paix. Mais eux la paix ils n'en veulent pas, même pas pour eux. Je n'ai jamais vu mes parents prendre un dimanche pour aller pique-niquer au bord d'un ruisseau, sur le sable d'une plage. Je n'ai jamais vu mon père avec une bière devant un match de foot à la télé. Bosser, amasser du blé. Pourquoi ? Ils sont tous aussi morts que les cochons ouvert en deux et suspendus au crochet. Ils ne s'en rendent même pas compte.

     

    En devenant végétarien j'ai cru qu'ils allaient me foutre la paix, me laisser vivre ma vie. Non je suis devenu la cause de tous leurs soucis. Une baisse de chiffre d'affaire dans le mois, c'était de ma faute. Une livraison en retard : de ma faute. Une panne de frigo : de ma faute. L'être nuisible : MOI. C'est fou le pouvoir destructeur que j'avais à leurs yeux.

     

    Quand j'ai appris pour l'accident, pour Benjamin, Clément, François Xavier, Jean Charles, c'est horrible à dire mais j'ai pensé, qu'à moi, cela n'aurait pas pu arriver et cela m'a filé le bourdon. C'est monstrueux à dire, mais bon, avoir été élever par des monstres déteint toujours un peu. Comment aurai-je pu être d'un accident entre potes ? Je n'avais pas de pote. Un fils du boucher qui ne mange pas de viande, pensez donc !!! J'étais la risée de l'école, la honte de la famille.

     

    Je marchais seul. Je survivais seul.

     

    C'est sûrement pour ça que je me suis tant attaché à Charlotte. Elle est tellement tout ce que je ne suis pas. Elle est un rayon de soleil, je suis la face cachée de la lune. Elle est la joie de vivre, je ne parviens pas à voir la beauté de la vie.

     

    Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis allé voir Jean Charles à l’hôpital. Je sais par contre très bien pourquoi j'y suis retourné encore et encore. Parce que j'étais bien avec lui. Nous étions pareil. Et il y avait sa mère.

     

    Jean Charles n'avait pas d'avenir. Il a su dès le début qu'il n'avait aucune chance de mourir, mais par contre, qu'il ne marcherait plus, donc il avait conclu qu'il n'avait plus aucun avenir. La phrase aurait pu me choquer mais elle m'était tellement familière "Mon pauvre enfant, mais tu n'auras aucun avenir si tu t’obstines à ..." à être autre chose qu'un bon petit gosse docile qui dit oui à ses parents et grands-parents. Vivre sans avenir, je connaissais par cœur. C'était mon programme de destinée à en croire tous les membres de ma dite famille.

     

    On a passé des heures à nous demander comment sera notre vie sans avenir. Jean Charles finissait toujours par conclure "on est coincé comme  des rats". Alors un jour je suis allé à l'hosto avec le number one : un vrai rat. Il a éclaté de rire. Et c'est là que notre amitié est née. Et notre famille de rats aussi. Toutes mes pensées vont vers toi Mayonnaise. Tu te souviens de la tête de Marie Nelly quand elle a cru que le pied de Jean Charles bougeait et qu'elle t'a découvert mangeant un mini babybel sous les draps. Elle a été super de discrétion après avoir vider ses poumons en hurlant. Elle est géniale cette femme.

     

    On avait un second point commun, Jean Charles et moi : nos pères. Le mien ne m'a jamais supporté. Au début le grand-père m'a pris sous son aile pour faire de moi un vrai Brahic. L'absence de chaleur paternel ne se ressentait pas. Pépé était là. Après ma révolte, ma décision de ne jamais tuer personne, il m'a abandonné, pour ne pas dire renier. J'aurai fait n'importe quoi, alors, pour que mon père me regard, mais il a continué à n'être pas un  père. Pour lui j'étais du décor, de celui qu'il n'aime pas mais qu'il sait là, pour l'éviter, pour ne pas s'y cogner. Pour mon père je suis un fauteuil, un angle de table, une rampe d'escalier. Un truc dont il ne faut pas oublier l'existence par instinct de protection. Il s'est toujours souvenu de moi mon père, pour mieux savoir m'éviter.

     

    Quand j'ai pris des années, il s'est mis à m'adresser la parole. Changement de stratégie.  Il y a deux méthodes pour ne pas se cogner dans une table : l'éviter ou la sortir de la pièce. Dès mes seize ans, il m'a motivé à sortir de chez lui. Il aurait pu me payer pour faire accélérer le temps. C'est un peu ce qu'il a fait d'ailleurs, en m'offrant un chèque signé pour passer chez But afin de m'acheter le nécessaire vital. Quelques sous de perdus valent mieux qu'un retour pour une lessive, une récupération de blouson.

     

    Jean Charles espérait son père, mais son père ne venait pas à l'hôpital. Il n'est même pas venu le jour où il fut amputé de son premier pied.

     

    On va coupé au dessus du genoux lui avait expliqué le chirurgien. Comme pour un cochon. Je la connaissais par cœur, cette opération. Une scie et on coupe. D'un côté le haut de la cuisse pour le jambon, de l'autre, le pied de cochon.

     

    Monsieur Leleuc ne s'est pas déplacé, ce jour là. C'est terrible mais je n'ai éprouvé aucune révolte, limite je ne comprenais pas l'exigence de Jean Charles. Selon moi, aucun père ne se soucie de son fils. Comme elle est belle mon éducation !

     

    Quand Lou-Evan est entré au urgent pour une fièvre trop forte, j'ai cru que j'allais tourner dingue. J'étais hanté par sa mort proche. C'est totalement con, mais ce que j'ai eu peur. Vraiment la trouille la plus incroyable de ma vie. Charlotte a mille fois mieux assuré que moi, ce jour là.

     

    Aujourd'hui je ne comprends pas comment un père peu être absent le jour où on coupe la jambe de son fils. Aujourd'hui, mais pas à l'époque. A l'époque Jean Charles souffrait de l'absence, du silence, de l'indifférence de son père et moi ... moi j'étais fascinée par sa mère.

     

    Dans la chambre vide, madame Leleuc m'a pris la main, m'a serré dans ses bras. Acte que ma mère, ma grand-mère ne font jamais. Jean Charles a perdu une jambe et moi je me suis senti fils pour la première fois. 

     

    Elle est magnifique Marie Nelly. Pour un enfant, Marie Nelly c'est une poupée extraordinaire. Elle passait dans toutes les chambres, remontait le moral à tout le monde, sauf à son fils. Jean Charles attendait son père et voyait sa mère naviguer d'une chambre à l'autre. Elle diffusait du réconfort à tous quand Jean Charles avait besoin d'exclusivité. Je l'ai compris après, bien après. Étant du nombre des réconfortés, étant tellement heureux de l'intérêt qu'elle m'accordait, j'en oubliai Jean Charles, ses problèmes d'enfant.

     

    Et puis je mélangeais tout. Elle était une mère pour moi, elle agissait en mère avec moi, et ignorant tout de la douceur, de la tendresse d'une mère, je me l'imaginais maitresse, je m'en inventais amoureux. Tout s'éveillait en moi en même temps.

     

    Jean Charles n'est pas comme moi. Quand je veux quelqu'un, je baisse les yeux, j'espère, j'attends. Cela n'aide pas à avoir, j'en conviens. Lui, il affirme haut et fort "vas-t-en". Moi je me ferme, ne sachant plus exprimer ma volonté tant elles ont été refusées, critiquées. Lui il repousse pour ne pas vivre l'humiliation qui suit un désir non satisfait. D'une certaine façon, il a raison, à quoi bon soupirer des "s'il te plait" quand on sait que seuls des "vas te faire foutre" nous serons servis ? Autant proclamer sa non-envie dès le départ. Oui mais parfois, il faut savoir se dire : " Et si on avait tord, et si par miracle notre désir correspondait à son intention ? " Avec ma méthode molle et coincé, je peux obtenir. Avec celle de Jean Charles, même le plus motivé reste en arrière.

     

    Les "je me casse" de ce soir, je dois les traduire en "je te veux encore - ne pars pas vivre là où je ne serai pas". Je le sais, je le connais. Mais je dois oublier. Il me faut partir. C'est devenu obligatoire. Il le sait et c'est pour ça qu'il hurle si haut. Pourquoi alors que je sais les messages entre ses lignes, ai-je fait celui qui ne comprend pas ? Pourquoi en plus a-t-il fallu que je l'insulte ? C'est vraiment moi le con.

     

    Marie Nelly est une poupée, mais encore plus une sauterelle, elle ne sait ni se taire, ni se tenir en place, alors face à un muet et un rejetant, elle traversait le couloir de l'hôpital. Ce n'était pas facile pour elle non plus. Son fils François Xavier venait de mourir, son second allait être amputé, sa dite mauvaise éducation avait conduit Clément à la mort et son mari travaillait. On peut dire ce que l'on veut sur Marie Nelly : trop de bijoux, trop d'imagination, trop de vêtements pour adolescentes,  trop d’inconstance... Oui Marie Nelly est un mélange de trop et de pas assez en taille XXL, mais elle est une sacrée nana. Elle semble girouette. Elle le semble, mais elle ne l'est pas. Elle est une femme d'une forte mentale admirable.

    Marie Nelly m'a fait comprendre que la vie est belle.

    Elle ne le saura jamais mais je ne nage que pour m'offrir une chance d'un tête à tête avec elle. Je ne confonds plus rien, je sais ne pas en être amoureux, je sais que c'est le tout petit enfant en moi qui recherche des caresses, des compliments, des regards réconfortants, des sourires qui me font me sentir quelqu'un de bien.

     

    Je la veux dans la vie de mon fils. Je veux qu'elle lui apporte ce qui m'a tant manqué. Bien sûr Charlotte n'est pas maman, Lou-Evan saura ce que aimer veut dire, mais je veux qu'il sache Marie Nelly sur Terre, je veux qu'il sache sa folie, sa douceur, sa chaleur, son espièglerie.

     

    C'est terrible à dire mais les gestes des mères, je ne les ai découverts qu'avec Marie Nelly. Les compliments, les mains qui enlacent, qui se posent juste pour dire "je suis là pour toi", je les ai su d'elle.

     

    Quand on a appris que le second pied de Jean Charles ne sera pas sauvé, elle et moi, nous avons pleuré ensemble, mais pas pour la même chose. Dans ses bras j'ai versé toutes les larmes de n'avoir jamais été touché par ma mère. C'est probablement pour ça que je n'ai jamais su dire non à Charlotte. Trop de carence. Je sais notre liaison folie, mais il y a en moi un tel puits sans fond qu'il m'en impossible d'être fort. Trop de carence. On entend souvent les femmes dirent qu'elles ont X enfants + 1. Le +1 étant le père. Il semble que pour les femmes, les hommes restent enfants tout le temps que dure leur vie. Je ne ferai pas exception à la règle.

     

    Jean Charles est sorti de l'hôpital et je suis entré dans leur famille. Une vraie famille. Pas des gens additionnés, affairés à réunir un pactole collectif, une famille, un ensemble d'individus qui interagissent, qui se soucient les uns des autres. Jean Charles a un père. Pas celui qu'il voudrait certes, mais il a un père. Pas moi. C'est vrai Mr Leleuc n'est jamais passé voir son fils à l'hôpital mais à domicile, il le regarde dans les yeux, il lui adresse la parole, il le questionne, se souvient des réponses obtenues. Jean Charles a un père. Froid, peu là, mais il a un père, un vrai père.

     

    Chez eux j'ai toujours eu une assiette à table. Mon végétarisme n'a jamais posé problème à Marie Nelly. Elle a acheté des livres de cuisine pour moi, pour pouvoir me nourrir convenablement. C'est même elle qui m'a fait découvrir le seitan. Cette femme est une mère pour moi. Ma mère de coeur. Je la veux comme grand-mère pour mon fils.

     

    Et Jean Charles est mon frère.

    Sauf que pour tous il est devenu mon amant.

     

    Marie Nelly ne m'en a que plus chouchouté. Mr Leleuc m'a fait entrer à la fromagerie de sa laiterie.

     

    Mes parents ne se sont jamais manifestés. Papa n'a jamais mis les pieds dans mon premier appartement. Pas plus il n'est venu dans le second. Le téléphone, il ne l'utilise pas. Si je ne passe pas à la boucherie on ne se voit pas, et si je passe, on ne se voit pas forcément, monsieur n'a pas de temps et de salive à perdre pour un végétarien.

     

    Maman ne s'adresse qu'à Charlotte depuis au moins deux ans. Elle veut la récupérer. Nous sommes en concurrence. Du très grand n'importe quoi qui illustre merveilleusement bien la chosification  que pose maman sur ses enfants.

     

    Depuis qu'elle sait que je n'ignore plus rien sur l'origine de ma naissance, elle n'a pas cherché à me rencontrer une seule fois. Maxime non plus, mais Maxime m'a écrit une lettre, et Maxime est une étrangère. Maman est ma mère. Elle devrait avoir peur de me perdre. Elle devrait me coller, limite m’écœurer. Non elle n'a rien à me dire. Elle veut juste récupérer Charlotte.

     

    Je veux m'en aller d'ici.

    Je veux mettre de la distance avec cette image d'homosexuel que je porte depuis trop longtemps, avec les membres de ma non famille.

    Mais je veux garder les Leleuc.

     

    Si Jean Charles est si en colère, c'est qu'il refuse mon départ. Il ne sait pas le dire, il préfère tout casser à se faire jeter en novembre. Pourquoi ne sait-il pas comme je tiens à lui ?

     

    Oui j'ai besoin de cet ailleurs pour me remettre à voir clair dans ma vie.

     

    Jean Charles, suite à l'accident, s'est remis debout, s'est levé de son fauteuil, s'est remis à marcher avec ses prothèses, mais il ne veut pas avancer dans la vie. Il reste sur sa vision de non avenir. Je sais qu'il va me lâcher, qu'il est inutile de l'inviter à Noël, à son anniversaire ou au mien, voir à celui de Loulou. Jean Charles a fermé une porte entre nous. Il a ce côté extrémiste que je ne lui supporte pas et qui nous sera fatal.

     

    Avancer nous fait additionner des "Dommage".


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