• Au déjeuner sur le pouce.

     

    Comment ai-je pu oublié ? Comment n'y ai-je pas pensé alors que je sais la librairie fermée ?

     

    Quand le magasin de chaussures a baissé son rideau, j'ai agi telle une bornée. Je me suis démenée comme une malade. Plans, devis, expertises, j'ai tout fait. Je suis devenue folle furieuse, ensuite, quand j'ai su que cela allait devenir un restaurant.

     

    Ouvrir en Bretagne un restaurant offrant une cuisine des îles, quelle hérésie. Tout cela pour fermer un trimestre plus tard. Je le savais que cela ne pouvait pas marcher.

     

    En même temps ces gens venus de Guadeloupe, de Martinique ou va savoir d'où, ne sont que des ânes. Ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient. Non mais ils croyaient quoi ! Qu'on allait changer nos modes de vie, qu'on allait se mettre à manger exotique à chaque repas. Des idiots prétentieux et fainéants. Ils ouvrent - ils ferment. On ne met pas la clé sous la porte au bout d'un trimestre, on persévère. Fidéliser une clientèle c'est un travail de toute une vie. Ils pensaient s'enrichir en trois mois ! Quelle prétention, quelle arrogance. 

     

    Maintenant la vitrine est couverte d'un grand drap blanc - ridicule- et ils vendent leurs plats dans une fourgonnette. On dit que cela marche. Je doute que leurs livres de comptes soient aussi optimiste. Encore des gens qui vivent des aides sociales. Ils doivent avoir faire un dépôt de bilan, et vendre maintenant le reste de leur stock sans autorisation.

     Ils ont bien de la chance que personne ne les dénonce.

     

    Après la fermeture, j'ai à nouveau remué ciel et terre pour récupérer le fond de commerce, mais impossible de les déloger. Le maire et le notaire doivent être manipulés par une grosse légume. Le crédit agricole aussi. Je voudrais bien savoir qui est l'individu qui se cache derrière eux. D'ailleurs qui les a fait débarquer à Saint-Méen-le-grand ? Du jour au lendemain voilà une quinzaine de semi-noirs qui débardent. Trois étages de chez Barbançon sont loués, l'école gagne cinq enfants en maternelle et autant au collège. Du jour au lendemain comme ça, voilà, on leur ouvre les bras et ils passent avant tout le monde. Et tout ça pour quoi ? Pour un drap blanc et une fourgonnette qui sillonne la campagne. Bon résultat.

     

    Si j'étais mauvaise, je les aurais dénoncé au fisc. Impossible que des gens pareil respectent les lois françaises. Ils ont de la chance que je sois bonne.

     

    Et puis Charlotte nous a annoncé sa grossesse.

    Un enfant sans père ! Dans notre famille ! Une honte. Un véritable cauchemar.

    Tous les mois suivants ne furent qu'enfer. Mais de qui tient-elle un caractère pareil  ? Je ne l'ai pas élevée comme ça.

    L'homme marié qu'elle cache a réduit ma fille en esclavage, pire, en zombie. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Jamais avant elle n'avait eu de secret pour moi, sa mère. Nous nous sommes toujours tout dit.

     

    Sûr que le jour où je découvrirai l'identité du type qui a mis ma fille enceinte, je lui rendrai la monnaie de sa pièce. Il ne l'emportera pas au paradis. Si il croit que l'on peut souiller ma  famille comme ça, il n'a rien compris. Cela me prendra le temps qu'il faudra, mais il divorcera, reconnaîtra mon petit-fils et épousera ma fille. Si il croit que l'on peut déshonorer une Brahic / Truiten comme ça, il n'a rien compris. Non vraiment rien compris. Il va le payer très très cher.

     

    La librairie, l'emplacement de la librairie :  Comment n'y ai-je pas pensé ? C'est mille fois mieux que le magasin de chaussures.

     

    Au déjeuner sur le pouce.

    J'ai ce nom depuis au moins vingt - vingt cinq ans.

     

    Papa était boucher et n'a jamais voulu  faire autre chose.Yves est parvenu à ajouter une dimension traiteur. Papa ne le supportait pas dans ses pattes, ainsi il l'a éloigné. Dire qu'il nous a fait avoir une partie boucherie pour nous aider à tenir financièrement ! Aujourd'hui 25% de sa surface de vente est en traiteur et lui fait, enfin me fait, 42% du chiffre d'affaire. Et si dans la boutique traiteur, nous avons gardé ses 25% de la surface en boucherie, ils ont bien du mal à représenter 10% du C.A. Je les garde pour faire plaisir à trois quatre vieux. La loi des 20 - 80 se vérifiera toujours. 20 % du stock représentent 80% des ventes. Mais si on enlève les 80 qui ne nous font gagner que 20%, les clients sont mécontents. L'être humain est idiot. Il achète toujours la même confiture de fraise mais il veut qu'elle soit entre les confitures de mirabelles, cerises, myrtilles, oranges... qu'il n'achètera jamais car il ne les aime pas alors qu'il n'y a jamais gouté.

     

    J'ai toujours fait ce que papa voulait, puis ce que Yves voulait, mais mon rêve à moi, juste à moi, c'est "Au déjeuner sur le pouce". Les gens n'ont plus aucun savoir vivre, aux États-Unis ils mangent en moyenne quinze fois par jour. Il faut cesser de penser : Repas = midi + soir. Aujourd'hui les gens mangent de 10h à 24h. Ils mangent dehors, les yeux et les doigts sur leur startphone.

     

    Moi j'ai toujours voulu offrir un troisième choix. Que la logique  sandwich ou  Mc Donald perde du pouvoir. Il y a aujourd'hui entre les deux une minuscule fissure qui demain sera un gouffre. Il est plus que temps d'être en lieu et place. Il faut ouvrir un lieu où on puisse s'arrêter pour manger à dix heures, à midi, à quatre heures, où on puisse s'assoir ou emporter, où on puisse manger avec les doigts ou avec une fourchette, et où même Titouan puisse manger. Parce que des marginaux comme Titouan, il y en a des milliers. Les végétariens, sont pareil aux homosexuels. Ils ne peuvent pas se reproduire pourtant à chaque génération ils sont de plus en plus nombreux. Il y a une contagion invisible mais véritable. Le monde est en pleine décadence. Celui qui sait mettre de côté ses valeurs, est au pied d'une mine d'or. Je suis au pied d'une véritable mine d'or.

     

    Au déjeuner sur le pouce va dépasser toutes mes espérances.

     

    Et Claudine va m'y aider.

    Savoir perdre un peu pour gagner gros. Je dois pouvoir faire coup double. Il nous faudra du pain. Mille fois Claudine s'est plainte que Émile et elle ne sont que salariés pour son père. Je vais prendre Émile en associé. Bien minoritaire, mais associé. Elle on la casera à l'arrière. Elle est trop fermière pour rester derrière un comptoir. Max ne pourra pas tenir sa seconde boulangerie ouverte sans eux, et avec une boulangerie de moins, les gens passeront au complexe que je vais ouvrir.

    Maman tu es un génie d'avoir ramener mon projet sur la table.

    Je vais réalisé mon rêve et Maxime tu repartiras. Crois moi, tu vas pleurer. Je suis mille fois plus forte que toi, je vais te dégommer. Tu retrouveras les bas fond.


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