• Dimanche 21 Août 2016

    12h14.

     

     

    - Allo.

    - Bonjour ma femme.

    - Cole ! Waouh !!! Un miracle ! Eh eh eh, tu sais que ton numéro apparaît sur mon téléphone.

    - Je n'en espérai pas moins. Est-ce que tu peux aller dans mon bureau s'il te plait, enfin si tu es bien à l'appartement.

    - Oui, oui, je suis sur le canapé à lire, j'y vais. Tu es où, toi ?

    - A Beaufort, sur la passerelle du Doron. Dans le second tiroir, tu dois pouvoir trouver une double page agrafée. Elle est écrite en russe. En haut à gauche il y a l'adresse de l'ambassade de Russie à Paris.

    - L'ambassade de Russie. Tu es en lien avec l'ambassade pour l'orphelinat ?

    - Non.

    - Je l'ai.

    - Tu la descendras avec toi au hameau, s'il te plait.

    - C'est pour ton permis de séjour ? Il arrive à son terme ! Ne me dis pas que tu vas être interdit de France.

    - Tu es vraiment sidérante, Cosette. Désespérante. Affligeante. Je ne vais pas m'ennuyer avec toi sur les quarante années à venir, aucun doute. Qu'est-ce que tu m'as demandée dans ta lettre Mickaelle?

    - Épouse moi... Tu le veux ! Attends, attends je m'assois... Tu le veux ?

    - Un mari dit toujours oui à sa femme. Je serais à Beaufort mardi. Tu peux charger ton sac à dos je te le porterai. Envois moi un sms quand tu sauras l'adresse exacte où ton chauffeur te déposera.

    - Je peux te rappeler ce soir quand je serai dans ton lit.

    - Non.

    - Il n'y a pas un adage russe qui affirme qu'un mari dit toujours oui à sa femme.

    - Il n'y a pas de réseau au hameau Lyubov. Je peux savoir pourquoi tu dors dans mon lit quand je ne suis pas là ? Porter mon parfum ne te suffit pas ?

    - Ce n'est plus ton lit, c'est le lit conjugale. Cole tu m'interdisais ton numéro de téléphone comme ton adresse mail parce que je ne te demandais pas en mariage ?

    - C'est bien tu es vive, Lyubov, tu comprends vite.

    - Mais si c'était si important pour toi, pourquoi ne m'as-tu pas fait ta demande ? Ce sont les hommes qui ordinairement font les demandes en mariage, pas les femmes.

    - Et tu m'aurais répondu oui.

    - Non non non non, j'aurai hurlé un énorme oui et sautant au ciel. Attend, c'est mieux que de gagner double milliards au loto.

    - Pourquoi ?

    - Idiot. Parce que devenir ta femme c'est toucher le graal, mieux c'est en devenir détenteur.

    - Et nous y revoilà. Il n'y a ni nous ni moi. Avoir soif pour connaitre la valeur de l'eau, cela te dit quelque chose.

    - Je te promets de ne plus boire qu'à ta source.

    - Cette conversation devient trop érotique, je raccroche. A mardi.

     

     


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  • 91

    Châteauneuf-du-Faou

    Le 17.

    Monsieur Mon Mari,

     

    Tu te souviens de mon "secret".

    Le jour où j'ai marché vers la Zattig j'ai entendu une voix qui a articulé :

    "Au bout du chemin il y a ton mari".

     

    Je l'ai très bien entendu puisque je peux l'écrire près de 2 ans plus tard. Et pourtant....

     

    Ensuite à de nombreuses reprises tu m'as nommée TA femme, tu m'as même présentée comme telle à ta concierge, à l'homme qui a installé l'aquarium. Et puis ce fut à tes étudiantes.

     

    Pourquoi je reprends ces éléments ?

    J'y arrive.

     

    Deux jours avant de recevoir ta dernière lettre, je suis allée au supermarché. Au moment de payer, le caissier m'a demandée ma carte d'identité. Je la lui ai donnée bien sûr. Alors il m'a fait remarquer qu'elle était périmée. Il m'a dit que je devais la refaire.

     

    Pourquoi je te raconte ça ?

    Parce que je me suis  retrouvée comme devant une montagne infranchissable, non plutôt, comme devant un ours vivant sur cette montagne infranchissable. Pire l'ours et sa famille en entier. Je te jure, j'en ai suffoquée. Une panique énorme m'a envahie, j'ai dû me retenir au rebord de l'espace qui reçoit les produits que le caissier a comptabilisé.

     

    Assise dans la voiture il me fallut de longues minutes pour me calmer. J'ai déjà vécu de telles crises d'angoisse, mais il y a bien longtemps, c'était à l'époque où la cantinière prétendait que je devais aller chez le coiffeur. Cela relevait de l'ordre de l'inacceptable.

     

    Ensuite entre le supermarché et la lecture de ta lettre, dès que je songeais à ma carte d'identité, à mon malaise, dans le but de le comprendre, je retombais dans le même état.

     

    Pourquoi devoir refaire ma carte d'identité me panique autant ?

     

    Pourquoi avais-je une  peur panique d'aller chez le coiffeur ?

    Parce que juste après la dernière fois où j'y fus,  mes parents m'ont abandonnée. D'abord chez les parents d'Halka puis chez la cantinière. J'ai associé le coiffeur et l'abandon. Le coiffeur = le signe avant-coureur de l'abandon. Si je me recoupe les cheveux, un drame va m'arriver. Voilà le mode de fonctionnement de mon cerveau. L'avoir comprit m'en a libéré et j'ai pu me couper les cheveux sans peur du lendemain.

     

    Pourquoi ai-je une peur panique de refaire ma carte ? Je l'avais refaite il y a plus de dix années sans le moindre trouble.  Alors pourtant aujourd'hui cela me semble relever de l'impossible ?

     

    Et puis j'ai reçu ta lettre où tu notes que je suis ta femme.

     

    Cole je me suis réveillée. Grâce à mon corps, au caissier, et à ta persévérance j'ai enfin compris.

     

    Compris qu'en effet comme tu n'as eu de cesse de me le répéter, toujours je n'ai pensé qu'à moi, jamais je ne t'ai inclus dans mon histoire d'amour, de vie. Oui je t'ai traité comme je traite Marlo mon petit mannequin que j'utilise pour voir en réel mais en miniature ce que donnent les dessins de vêtements que j'invente. Je le traite bien, il vit sur un beau fauteuil, il a la plus grand garde-robe qu'un mec puisse avoir, mais je ne pense jamais à lui en tant qu'être. Logique c'est une poupée. Toi tu n'es pas une poupée tu es un être de chair et d'os, un être sensible, un ange aussi.

     

    Je suis si heureuse de t'avoir rencontré que je ne pense qu'à me gaver de toi. Tu as raison tous mes gestes, tous mes mots ne sont que tournés vers moi. Je t'embrasse pour satisfaire mon désir, je t'écris pour me rapprocher de toi, je vais à Paris pour m'introduire dans ta vie.

    Je ne pense qu'à moi.

    Tu as vu juste.

     

    Je suis ta femme, je suis folle de joie d'être ta femme.

     

    Si obsédée de m'unir à toi, je ne prends jamais trois secondes pour penser à toi, un peu comme tellement obsédée d'arriver au sommet de la montagne, pas une seconde je ne lève les yeux des cailloux devant mes pieds et donc jamais je ne regarde la montagne.

     

    Pardon.

    Pardon et merci de me l'avoir fait réaliser.

     

     

    Colerige épouse moi.

     Mon Adoré oui je suis ta femme mais toi tu es mon mari.

     

    Épouse moi.

    Mon corps est à toi, c'est pour cela qu'il s'est rebiffé quand le caissier a voulu que je refasse ma carte d'identité. Mon corps hurle qu'il est impossible de demeurer Mickaelle Kervelou alors que je suis Madame Colerige Aleshandrovich Tchigrenkov.

     

    Épouse moi mon Adoré.

    Tu as mille fois raison de refuser de vouloir être mon correspondant ou mon amant puisque tu es mon mari.

     

    Épouse moi.

    Prend enfin le rôle qui est le tient.

     

    Épouse moi.

    Je suis à toi, nous le savons tout les deux. Alors ne tatoue pas mon prénom sur ton corps mais pose ton nom sur mon identité.

     

    C'est fou, il y a deux ans que je sais que tu es mon mari et deux ans que je l'oublie, tout à mon bonheur d'être ta femme.

     

    Épouse moi.

    Prend la place qui te reviens.

     

    J'ai posé mes yeux sur toi pour la première fois le 23 août il y a 2 ans.  Je vais montée à Paris pour les poissons puis prendre un train pour Lyon. J'y passerai la nuit à l'hôtel car à 8h30  un certain Joël part de la gare de Lyon pour descendre à Beaufort. Le 23 août à 10 heures et demi je serai à Beaufort. Il ne me restera plus qu'à marcher vers le Hameau de la Zattig. Ce me sera facile même si mon sac à dos sera lourd, car au bout du chemin il y aura mon mari.

     

    A dans 6 jours mon Adorable mari.

    Mickaelle Tchigrenkov.

     


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  • 90

    Châteauneuf-du-Faou

    Le 13 Août 2016.

     

    Cole,

     

    Je te demande pardon. Vraiment pardon Colerige. Je sais c'est facile, je blesse, je m'excuse et on continue la route comme si de rien n'était ... Jusqu'à la prochaine saigné. 

    Je te présente mes excuses, non pour gommer tout, mais pour que tu saches que de t'avoir blessé me peine.

     

    Tu as mille fois raison, ta lettre est une magnifique déclaration d'amour. Pourquoi ne l'ai-je pas compris à la première lecture ? Car tu commences par annoncer ton absence, alors je n'ai plus été que  ma peur de te perdre. Je n'ai pas lu ta lettre, tu as raison, c'est ma peur qui en fut la lectrice, et quelle lectrice ! Une lectrice partiale, une lectrice qui cherchait tous les mots pouvant nourrir sa cause. Voilà comment ta déclaration d'amour s'est transformée en déclaration de rupture. Affligeant. Tu as raison.

     

    Je découvre que je souffre du syndrome de Cosette. Tu ne connais peut-être pas ce personnage de roman. Cosette est une toute petite fille placée chez les Thénardier, des gens épouvantables. Elle est très miséreuse, crasseuse mais surtout elle est terrorisée car constamment battue. En face  de chez les Thénardier il y a une vitrine derrière laquelle est présentée une magnifique poupée. Cette poupée fabuleuse c'est de l'intouchable pour elle. Et pourtant un jour un homme vient chercher Cosette, et avant de quitter la rue, il la lui offre. Elle la nomme Catherine. Cosette a Catherine dans ses bras. C'est un miracle, un prodigieux miracle. Comme Mickaelle pouvant poser la main sur la joue de Colerige Alesh.

     

    A ce moment du récit tous les lecteurs s'imaginent que Cosette devenue grande-mère possèdera encore la divine poupée Catherine. Et bien non. Victor Hugo n'est pas qu'écrivain, il est aussi un connaisseur de l'esprit humain, aussi il invente une scène se passant moins d'une semaine après le don, où Cosette oublie Catherine au pied d'un mur. Cosette est un personnage imaginaire, mais Hugo a posé sur elle un réflexe classique de comportement. J'ai le même.  Ce réflexe pourrait se résumer ainsi : notre plus grande peur est notre plus grande œuvre, ou, notre plus grand rêve est notre plus grande peur.

     

    Cosette ne peut pas croire que elle, si rien, peut avoir une poupée si belle. Son plus grand rêve est de devenir une petite fille merveilleuse digne d'une poupée telle que Catherine. Quand Cosette l'a dans les bras, il y a comme maldonne de la destinée, alors elle l'oublie pour se replacer dans une destinée logique : pas digne de la poupée, donc sans elle. Elle ne l'a pas abandonnée sciemment, elle l'a posée au sol pour franchir un mur et son cerveau a fait un bug, il a gommé Catherine de l'existence de Cosette, aussi une fois au sommet du mur, elle ne s'est pas retournée, penchée pour la saisir et lui faire passer le mur avec elle. Son conscient a suivi la logique de son inconscient : pas digne d'une telle merveille. Ce n'est pas un complexe d'infériorité, c'est un conditionnement, une acceptation de l'éducation reçue.

     

    Tu es si géant mon Adoré, l'amour qui nous unit me semble tellement supérieur à ce qui me parait être digue d'attribution, que si une partie de moi soupire "enfin du vrai grand bonheur" une seconde pense qu'il y a maldonne. Alors je cherche ses signes avant coureur.

     

    Les psychiatres diraient que Cosette a abandonné Catherine pour ne pas vivre ce qu'elle savait qui allait arriver. Quelqu'un allait dire la vérité. Catherine est très belle pour toi tu n'es qu'une souillon. A terme, Catherine allait  lui être retirée, ce ne pouvait être autrement. Pour ne pas en souffrir la sagesse commandait de ne pas s'attacher. Cosette a donc perdu sa poupée avant que l'attachement ne se fasse.

     

    Ma plus grande peur est de te perdre mon Adoré, alors j’œuvre pour te perdre.

     

    Mon Adoré, pardon.

     

    Colerige j'ai le sentiment de comprendre tant et tant de choses en ce moment qu'il me faut aborder un second sujet, mais je ne peux passer de l'un à autre. Je t'écrirai demain, ... si j'y parviens. Si je ne le peux, je trouverai les mots chez toi. Je ne repartirai pas sans m'être ouverte à toi. Si je ne parle pas, pousse moi à le faire avant mon départ. S'il te plait.

     

    Pour ce qui est de mon arrivée, je vais montée à Paris pour les poissons avant de descendre en Savoie. J'ai voulu me mettre sur BlaBlaCar mais il y a quelqu'un qui fait Lyon / Beaufort le 23 Août. Je descendrai donc avec lui, l'audi A3 restera au garage et je prendrai un train pour rejoindre Lyon.

     

    A dans quelques jours mon Immense Adoré.

     

    Mickaelle.

     


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  • 89

     

    Effarante sotte,

     

    Comment peux-tu consommer autant de livres et savoir si peu lire. Pas une ligne de mon texte n'annonce une volonté de couper tout contact, j'ai juste écrit que je ne passerai pas le week-end avec toi. Arrête d'inventer. Arrête de tout tourner au tragique. Lis ma lettre bon sens. Lis là, ne l'invente pas. J'y ai noté que où que j'aille, quoique je fasse, tu es avec moi. Merde ! C'est une déclaration d'amour, pas une déclaration de rupture ! 

     

     

    Épouvantable peste,

    Depuis que nous nous sommes vu à Paris sur ta demande en début d'année je t'ai en moi, je ne peux pas me défaire de toi, tu es ma femme.Tu es ma femme. Pourquoi tu ne comprends rien. Je te l'écris pourtant dans ta langue ! Il te faut quoi ? Que je me tatoue ton prénom sur la peau ?

     

    Mickaelle,

     C'est toi toi toi qui ne veux pas de moi. Réveille toi. Pose les pieds au sol, écoute moi, une fois dans ta vie.

     

    Relis le contrat de Foch. C'est chez toi jusqu'au jour de mes 100 ans.

    Si je ne voulais plus te voir crois-tu que j'aurai posé ton nom près du mien ? Foch est à toi. Relis le contrat.

     

    N'inverse pas les rôles, c'est toi qui ne veux pas de moi, toi qui parle de rupture définitive. Toi pas moi. N'inverse pas les rôles.

     

    Monstrueuse Sirène,

    Tu m'énerves prodigieusement mais tu ne pourras jamais te débarrasser de moi. Jamais.

     

    C.A.T

    La Zattig le 3 août 2016.


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