• 71

    Beauté,

     

    Tu n'es pas une sirène, mais un petit vent rafraichissant. Tes mots s'envolent. Tu te vis dans une poésie romantique sans même apercevoir l'excès de tes expressions. Je te laisse m'enivrer de tes délires aussi plaisants qu'immatures sachant que tout cela n'est qu’éphémère. Dans moins d'un an il n'y aura plus de douce folie dans tes phrases. Restera-t-il seulement des phrases ? Je sais déjà qu'alors je trouverai que c'est dommage, aussi je te laisse divaguer à excès Mademoiselle qui se dit Terre à Terre alors qu'avoir les pieds au sol t'est étranger.

     

    Tu es attendrissante. Tu es un enchantement irrésistible. Tant d'êtres ont une humeur sombre, tant utilisent la mélancolie pour attirer l'attention, inspirer les gestes chaleureux.

     

    Tu sembles n'attendre rien. Tu te vis seule. Tu t'offres en spectacle, tu t'émerveilles toute seule. Tu n'as besoin de personne. De la contemplation de ta folie créatrice nait un désir de te rejoindre dans ton monde surréaliste.

     

    Ton extravagance a l'art de sublimer mon existence. Mais je me dois de te faire remarquer que c'est toi de nous deux qui entend des voix, aussi le taumaturge de nous deux c'est toi. Pour preuve, moi qui ne suis pas tactile, tu as vu ce que tu as fait de moi. Tu aimantes, tu envoûtes.

     

    Tu m'inspires de m'enfouir en toi. Si tes gestes sont à la hauteur de ton imaginaire, faire l'amour avec toi doit dépasser l'enchantement.

     

     

    Paris Le 29 Mars 2016.

    C.A.T

     

    PS : Il n'y a que peu d'espoir que je sois encore en France sur la semaine entre nos anniversaires.

    Dans une lettre prochaine tu en sauras plus.

    J'arrive seulement et je repars bientôt.

    Merci pour tes milliers de mots qui mettent Pavel, sa mort, un instant au second plan. Qu'il me pardonne.


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  • 70

     Belle Mickaelle,

     

    Il est mort.

     

    Je suis à son chevet depuis le 3 et aujourd'hui il est mort. 

     

     

    Je ne lui ai jamais parlé, il est là depuis cinq ans et je ne lui ai jamais parlé. Son visage ne me dit rien. Je ne l'ai jamais regardé. Il est mort sans que je lui ai accordé un regard.

     

    Pavel Panchenko.

     

    Comment peut on se suicider à seulement huit ans ?

     

    Avant hier soir j'ai réuni les 67 enfants pour leur dire qu'il faut se battre, qu'il vaut vivre. L'un d'eux m'a demandé pourquoi ? Pourquoi faudrait-il vivre ? Parce qu'elle est belle. J'ai répondu parce qu'elle est belle. Je ne parlais pas de la vie, je pensais à toi.

     

    J'aurai aimé connaître le goût de ta langue, si tu savais comme cela fut dur de te retenir. J'aurai voulu que tu veuilles m'embrasser pour moi. Si tu savais comme j'ai envie de te faire l'amour. Si tu savais le désir que j'éprouve pour toi. Si tu savais comme je suis fou de toi.

    Et combien j'en crève de ton indifférence.

     

    Mickaelle tu n'es pas une pute, tu n'avais pas à m'offrir ton corps contre un aquarium que je n'ai pas payé. Ne me refais jamais ça. Je te l'ai déjà dit, les viols consentis je n'en veux pas.

     

    Je ne sais pas quand je reviendrai en France mais je sais déjà que je vais te rater. Pavel est mort. Je ne peux pas quitter l'orphelinat maintenant, je ne peux pas laisser Evgeny assumer le désartre.

     

    Saint Peterbourg le 8 Mars 2016

    C.A.T


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  • 69

    Paris,

    Dimanche 20 mars 2016

     

     

    Monsieur mon mari,

     

    Me voilà à ma dernière soirée chez "nous" sans toi. Je n'ai pas compris pourquoi tu as voulu mon séjour à Paris en raison du salon du livres dans ton absente après m'avoir affirmé ta présence par écrit, mais je ne t'en veux pas. Dire que je n'en suis pas déçue serait mentir, surtout que pas une seconde je n'avais cru possible que tu ne sois pas là.

     

    Rien ne s'est déroulé comme je le désirais. Ton absence, le salon du livre qui n'est pas un bonheur mais une foule bruyante  et la mise en eau.

     

    Chez moi je n'ai jamais songé  mettre en eau l'aquarium d'ici. Non jamais. J'ai mille fois tourné dans ma tête son gigantisme, ton geste démesuré. Je me disais : ok c'est Welch qui finance donc pour Cole c'est gratuit mais tout de même, pourquoi s'être infligé les travaux, pourquoi avoir réduit de moitié le dressing d'entrée, pourquoi avoir toucher au miroir ? C'est comme si je ne parvenais pas à dépasser le stade 1. Admettre avoir avant d'intégrer à la vie.

     

    Non jamais je ne m'étais demandée comment vivre, travailler, en Bretagne avec mes poissons sur Paris. Et pour cause. C'est impossible. Quand je pense Paris, je pense à toi. Oui il m'arrive souvent, très souvent de me demander comment nous pourrions avoir une relation alors que nous sommes si long tout le temps. Là aussi il y a de l'impossibilité dans l'air - Triste drame. Mais si je suis prête à couvrir beaucoup de km pour toi, pour des poissons .... Il y a de quoi rire. Toi tu es autonome, tu sais très bien te passer de moi (trop d'ailleurs) mais eux, ils ont besoin de moi chaque jour. Je ne peux pas vivre en un autre lieu qu'eux, donc mes poissons ne pourront jamais plonger dans le grand bain.

     

    Si tu as des idées je suis preneuse. Que peut-on faire de tout cet espace en eau ? On ne va tout de même pas vider l'aquarium.

    On est au pied d'une grosse galère. Ok moi pas toi. C'est moi qui n'est pas retenu Cortier.

     

     

    Si je me suis assise ce jour, ce n'est pas pour revenir sur le sujet de l'aquarium. Ce qui est fait est fait et je vais devoir assumer.

     

    Non Cole, avant de partir à 18h ce soir, je veux que tu saches tout. Plus de secret entre nous.

     

    Vois-tu Colerige Alesh, quand tu m'écrivais que j'étais ta femme cela pouvait faire prétentieux, sûr de toi, machiste aussi, en tout cas cela ne reflétait pas une réalité concrète. J'étais ta femme comme je suis ta sirène, c'est une image, une sorte de compliment.

     

    Quand je l'ai entendu dans la bouche de ta concierge, là j'ai pensé que c'était autant pour lui clouer le bec que pour l'obliger à garder une distance vis à vis de moi. Idem pour ce monsieur Cortier. Tu n'allais pas lui dire "je veux que vous fassiez un aquarium de 3000L pour une femme que je n'ai vu qu'une fois, avec qui je corresponds depuis moins d'un an. Idem pour te facilité la vie et renforcer mon image, tu me disais ta femme.  C'était joli à entendre et facile à comprendre.

     

    Mais quand tu as pris mon visage dans tes mains, que tu m'as dit les yeux dans les yeux "parce que tu es ma femme" là c'est bien autre chose. Comme je te l'ai noté sur les feuilles qui t'attendent sur la table de la cuisine, et que tu as du lire si tu es arrivé à celle là,  je l'ai reçu style "mets toi dans le crâne que tu es ma femme" . Mais j'ai peut-être tord en fin de compte. D'avoir parler à Cortier m'a fait ouvrir une porte dans ma réflexion. Tu lui as donné un meuble inutile de grande valeur. Tu aurais pu le vendre et garder l'argent pour toi, mais non. Tu lui as donné le meuble parce qu'il avait besoin de la place pour un aquarium qui ne t'intéresse pas du tout.

     

     

    Tu m'as dit que tu es toujours franc, maintenant, à cause de l'histoire du meuble,  je te crois surtout très pur, et donc je ne peux plus croire que tu veuilles que je me mets dans le crâne que je suis à toi, je crois à l'inverse maintenant, que ton "parce que tu es ma femme"  peut cacher un "je t'en supplie soit ma femme".

     

    Je sais ma théorie nouvelle ne colle pas avec ta bouche qui refuse mes lèvres, avec ta volonté de garder ton numéro de téléphone et ton adresse mail secret, mais depuis hier je me dis que peut-être tu es comme moi, un pauvre gosse qui supplie qu'on l'adopte et qui n'y croit plus, dans le corps d'un adulte. Tu vas me dire que c'est capillotracté mais aujourd'hui j'y crois. Tu ne m'as pas dit "mets toi dans le crane que tu es ma femme" mais peut-être bien " je t'en supplie soit ma femme".

     

    Et si tu étais comme moi ?

     

    Je suis en apparence encore hors sujet, puisque je veux t'écrire ce que je te cache depuis le premier jour, et à la fois je n'y suis pas. C'est parce que je t'imagine comme moi, que je peux tout  raconter. Non je ne t'ai pas descendu de ton piédestal, non, non, je peux même affirmer sans l'ombre d'un doute, que tu t'élèves encore malgré ton horrible absence, disons que j'ai maintenant un escabeau pour t'y rejoindre. Mon message va pouvoir aller jusqu'à toi sans être dénaturé. 

    J'ai la sensation que ce que je viens d'écrire est incompréhensible. Tant pis. Comme on dit "je me comprends".

     

     

    Le matin où nous nous sommes rencontrés au hameau, Françoise, la femme qui nous logeait nous a demandé où nous projetions d'aller dans la journée.

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Personne n'a prononcé ces mots. Je ne les ai pas pensé. La phrase est venue d'ailleurs. Non je ne suis pas Bernadette Soubirou, ou schizophrène, c'est la première fois que j'entendais une voix. Cette voix je suis la seule à l'avoir entendue.

     

    Quand quelqu'un parle, la voix entre par nos oreilles. Quand on pense la voix est en nous. Là elle était en moi mais pas de moi. Aussi étrange que cela puisse paraitre, je t'avoue que je n'y ai pas vraiment prêté attention. Elle ne m'a pas semblé importante. Elle ne m'a pas fait peur non plus. Disons que je l'ai réceptionnée dans une parfaite indifférence.

     

    Françoise nous a parlé du lac, du chemin entre lui et la cascade sa source.

     

    Dès que je suis descendue de voiture, au parking du lac, j'ai réentendu la voix,  son message.

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Ce qui me semble le plus étrange maintenant, c'est qu'alors,  je ne me sois pas intéressée à sa provenance. Elle était pour moi comme une vérité d’Évangile. Je me répète, mais elle ne m'a pas fait peur comme si vraiment non, elle ne présentait aucun danger.

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Je marchais, elle revenait. Tu vois c'est un peu comme si elle était placée tous les 500m. Au final, très honnêtement je ne peux plus dire si je l'entendais encore entre toutes les fois où je me la répétais pour m'en expliquer le message.

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Pour moi mon mari ne pouvait être que Lionel. Que faisait-il en Savoie ? Pourquoi y pensais-je alors ?

     

    J'étais habitée par une phrase qui m'annonçait une vérité, un peu comme l'aurait fait un panneau de signalisation. En avançant je me la passais en boucle tout en  réfléchissant au pourquoi du retour de Lionel dans ma vie.

     

    Et aussi, pourquoi ce panneau de signalisation ? Je ne suis pas du tout mystique. La religiosité je m'en indiffère depuis toujours. La cantinière ne m'a pas fait faire mon catéchisme. Je n'ai jamais ouvert une bille, un coran. J'ignore tout de la torah. Et voilà que les Dieux m'envoient :

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Ce devait  donc être vital pour moi de ne pas  rater Lionel. Pourquoi ? Très franchement la perspective de le revoir ne m'enchantait pas. Il y avait comme une logique de régression je trouvais. Tu vas rire, ou pas, mais il y avait comme un voile de félicité autour de la voix, de son message, de ce monsieur mon mari présent au bout du chemin, alors que l'idée de revoir Lionel créait en moi un mal être.

    Super division intérieure !

     

    Maxime a bien vu que je n'étais pas avec elle. J'ai inventé avoir mal à la tête mais ce n'est pas vrai, il n'y avait aucune douleur. Je ne me voyais pas lui dire avoir entendu une voix et l'inviter à réfléchir avec moi au pourquoi et au comment. D'ailleurs personne n'est encore au courant. C'est comme la mort de mon frère. Il y a des choses que l'on évite de raconter dans sa biographie.

     

    Et puis le hameau est apparu, puis toi, enfin une silhouette. J'ai tout de suite cru que c'était Lionel. Et je n'ai pas aimé. C'est fou mais tout mon corps s'est fermée, je suis entrée en forme défensive. Plus j'avançais vers lui, plus une agressivité s'éveillait en moi. C'est pour ça que j'ai un peu beaucoup dévié du chemin, que j'ai rasé ton mur, je voulais le voir de très près. Au fond de moi ma raison me disait que cela ne collait pas, que ce ne pouvait pas être Lionel. Lionel ne méritait pas un panneau de signalisation venu des Dieux. Mais qui d'autre alors ?

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Je ne me suis jamais demandé si mon frère mort était vivant quelque part, si l'idée de la vie après la mort, la réincarnation, tout ça avait un fondement crédible. Jamais quand il m'arrivait un gros problème je n'ai pensé que mon frère de là-haut se vengeait. Jamais.

     

    Il y a eu à une époque une série télévisée que j'aimais bien. C'était une femme qui voyait les fantômes et qui les aidait à passer de l'autre côté. J'aimais bien cette série mais jamais, non jamais, je n'ai vu ça comme un truc crédible, c'était pour moi de la science fiction. C'était aussi absurde et plaisant qu'un chat dans un dessin animé qui se fait aplatir comme une crêpe et qui reprend forme ensuite. Crédibilité Zéro mais plaisir garanti.

     

    Je suis couturière. Je pars d'une page blanche, je dessine un petit haut. Je gomme, rature, rajoute, enlève et au final je rend réel mon dessin. Et bien je vois le travail des écrivains, des scénaristes comme celui d'une couturière. Ils partent d'un point, ils rajoutent, enlèvent, additionnent. Tout est possible dans la création.

     

    A l'époque où je suivais la série, pas une fois je ne me suis interrogée sur la véracité des faits. En t'écrivant  il me remonte à la mémoire que Louise une stagiaire passée à l'agence regardait la même série que moi. Je me rappelle maintenant que nous en avions parlé, qu'elle m'assurait que tout y était vrai. C'était tellement inconcevable pour moi que je n'y ai accordé aucune valeur, un peu comme le méga bug qui devait arriver avec l'an 2000.

     

    Je suis banalement terre à terre. Tu nais, tu vis, tu meurs et ton corps se fait manger par les petits vers ou est détruire par le feu. Rien avant , rien après.

     

    Au bout du chemin il y a ton mari.

     

    Cette phrase je l'ai entendu plus de dix fois avant d'arriver à toi. C'est ma vérité. Je ne peux pas l'expliquer mais je peux affirmer sa véracité. Comme je peux affirmer que je t'ai vu, que j'ai été comme aspirée par ton regard et que ce fut comme si à l'intérieur de moi une infinie félicité s'était diffusée. Tu ne m'as pas rendu heureuse, non tu as illuminé je ne sais pas quoi en moi et jamais

    JAMAIS

    jamais plus cette lumière, cette chaleur ne m'a quittée, Cole.

     

    Depuis cet instant une force de toi habite en moi. Il en est ainsi. Ce n'est pas de l'amour de moi pour toi, c'est de l'amour de toi  qui émane de moi pour toi. Un retour à la source.  Un besoin viscéral de retour à la source. Une force viscérale qui me pousse à m'unir à toi. Ma place est contre toi.

     

     

    Peut-être qu'un jour j'oublierai avoir entendu la phrase. Jamais je ne pourrai oublier la sensation que tu m'as fait vivre.

     

    Je suis arrivée à toi (à Lionel) fermée, limite agressive et cette carapace s'est comme soulevée en moi, elle n'a pas fondu, elle s'est soulevée et dissoute en sortant de moi par le haut. Oui je suis devenue libre et légère par les pieds d'abord, enfin la taille, c'est comme si mes jambes n'étaient pas de l'histoire. Ensuite il y a comme eu une rotation oui une rotation. Mon enveloppe corporelle n'a pas bougé d'un millimètre mais en dedans j'ai fait une rotation sans jamais perdre tes yeux.

     

    Je sais que ce que je raconte relève de l'impossible et pourtant ce ne fut rien d'autre.

     

    Ensuite il y a eu comme une fleur qui s'ouvre, et quelle merveille alors. Oh Cole si j'avais pu te renvoyer alors, un centième de la bonté, de l'amour qui s'épanouissait en moi, alors, tu aurais eu le sentiment d'être le plus heureux des hommes.

     

    C'est d'un triste à pleurer mais toujours quand je repense à cette expérience je redoute que tu sois resté froid, comme extérieur à cette magie. Tu donnes sans recevoir. Cela me peine beaucoup.

     

    De retour chez moi je n'ai pas foncé à la bibliothèque pour lire tous les ouvrages sur le paranormal, non, je me fous de la vie des autres, je sais ce que j'ai vécu, je sais que tu es là en moi pour toujours et je sais que les Dieux ou je ne sais qui, m'ont envoyé un panneau de signalisation avant.

     

    Du fond du coeur merci à eux. Si comme Maxime j'étais restée sur le tracé du chemin, nos yeux se seraient cherchés sans parvenir à entrer en contact. Cela aurait été le plus gros drame de ma vie.

     

    Cole j'ignore tout de nos avenirs, mais te savoir sur Terre pour moi est immense.

     

    Ma place est dans tes bras mon amour. Pourquoi tu n'es pas là.

    Dans moins de trois heures je refermerai la porte de l'appartement derrière moi. Dans combien d'heures l'ouvriras-u ensuite ?

     

    Je t'aime Cole. Non ce n'est pas vrai, c'est bien plus que cela.

    Je suis à toi, née de toi, née pour toi.

     

    Cette vérité me fait très peur autant qu'elle me fait sentir la vie.

     


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  • 68

    Paris

    Samedi 19 Mars 2016.

     

     

    Cole,

     

    J'additionne les feuilles. Quand tu rentreras tu ne pourras pas dire que je n'ai jamais pensé à toi sur le temps du salon du livre qu'il faut maintenant nommer Livres Paris (très con). Comme tu vas le constater, pour n'en perdre aucune, pour qu'elles demeurent classées dans le bon sens (je ne vais tout de même pas les agrafer ou les numéroter) je les ai roulées dans un vase. Tu seras donc accueilli par un bouquet de mots.

     

    Aujourd'hui je me suis intéressée à  mon immense cadeau de noël avant de filer au salon me ruiner un peu plus ou m'enrichir un peu plus, tout dépend comment on voit les choses. J'ai ramené seulement trois livres. Je dois dire que j'avais peur de n'avoir plus le temps d'aller chercher les Anubias et les Microsoriums.

     

    Je ne sais pourquoi j'ai petit déjeuner au salon, assise au sol, face au 4 mètres 28  sur 70 de paradis vide.

     

    Ensuite dans la décante, j'ai trouvé la carte de visite de l'installateur, aussi je lui ai téléphoné. Pourquoi je n'en sais strictement rien. Histoire de parler à un amoureux des poissons ? Peut-être. Pour  pouvoir dire tout haut mon émerveillement ? Franchement je ne sais pas la raison profonde qui m'y a poussait.  Quand il a su qui j'étais il a soupiré un "enfin" qui a été suivi d'un "j'arrive". Je n'ai pas eu le temps de l'en dissuader, il avait déjà raccroché. Moins de 40 minutes plus tard il était là.

     

    Et il a été déçu. Il croyait voir mes bons vieux gros poissons rouges. Oui Monsieur Cortier a été très surpris de ne  même pas le trouver en eau. Mais il a été rassuré de découvrir que tu lui avais dit la vérité, soit que ta femme avait les connaissances de toutes tes ignorances. Il m'a dit que cela avait été ta formule. Il s'en souvient encore car ordinairement les hommes n'aiment pas laisser les grands volumes aux femmes. Quand elles sont meilleures qu'eux, ce qui est souvent le cas (je le cite - il assure que les hommes démissionnent vite face aux problèmes récurrents sans solutions concrètes) elles œuvrent en sous-marin et ils se gardent toujours le prestige. Toi tu l'as contacté en précisant ne rien y connaitre et n'avoir aucune intention d'en savoir plus dans dix ans.

     

    Il a aussi aimé que tu le laisses libre, que tu l'écoutes.

     

    Il m'a expliqué qu'il avait commencé par te faire comprendre au téléphone, qu'un bac d'une contenance de 3000 litres signifiait au bas mot un poids de 5 tonnes. On ne met pas 5 tonnes au quatrième étage, aucun plancher ne peut le supporter et aucun syndic de copropriété ne l'autoriserait, aussi la première démarche était d'oublier le délire et la seconde de faire une étude du plancher menée par des experts pour savoir le poids maximum autorisé pour la sécurité de tous.

     

    Monsieur Cortier en raccrochant le téléphone était certain  de  ne plus jamais avoir de nouvelles de toi et pourtant, tu l'as rappelé avec le résultat d'expertise et l'aval du syndic moins d'une dizaine de jours plus tard.  Il m'a confié qu'alors il avait pensé que tu devais être redoutable en affaires. Pour lui ta devise doit être " Je veux donc j'aurai " .

     

    Ensuite quand il est entré dans l'appartement, qu'il a vu le miroir, que tu lui as dit qu'il fallait mettre l'aquarium devant pour que je ne me vois plus dedans, il a cru qu'il pouvait repartir illico. Et c'est là que tu as dit la formule magique "ta femme avait les connaissances de toutes tes ignorances". Là il s'est dit que cela valait peut-être le coup de s'assoir pour t'expliquer qu'un aquarium d'un tel volume ne se plaçait pas dans la pièce comme un petit de 200 litres, qu'il se plaçait de l'autre côté du mur car il n'avait pas une petite boite noire pour filtre dans un coin du bac mais l'équivalent d'un second bac en contre bas, un bac qui ne se nommait plus filtre mais décante, qu'en gros c'était une mini statut d'épuration à domicile. Il t'a expliqué qu'il allait donc devoir couper le miroir, casser le mur, et utiliser la pièce derrière le mur. 

     

    Tu as répondu "d'accord" à tout. Il fallait couper le miroir. Qu'il coupe. Casser le mur, qu'il casse. Utiliser la pièce de derrière, qu'il prenne. Enlever le meuble de la pièce, qu'il parte avec si il le voulait.

     

    Je ne sais pas pourquoi je t'écris tout cela, puisque tu sais mieux que moi ce que tu as vécu.

     

    Le miroir de 428 cm sur 70cm a été coupé en trois et installé dans son entrée. Sa fille, une ado, adore. Il m'a raconté comment elle n'arrêtait pas de s'y regarder et d'affirmer que cela faisait "super classe". Il m'a dit qu'il avait mis du temps à comprendre qu'elle parlait du miroir non de sa tenue vestimentaire.

     

    Le meuble il l'a revendu à un antiquaire. Il n'en revient toujours pas de sa valeur. Valeur qu'il ne m'a pas donné. Il ne s'explique pas ta générosité. Au début il a cru que tu voulais qu'il déduise le prix du meuble de la facture des travaux, mais non, tu lui as bien précisé que le meuble n'ayant plus de place devait quitter l'appartement aussi qu'il était à lui s'il le voulait,  que tu te moquais de son devenir, que tu voulais juste conserver ce qu'il contenait. Je l'ai consolé en lui avouant que moi non plus je n'arrivais toujours pas à me faire à ta folle générosité. Bien sûr il a pensé que je faisais allusion à l'aquarium alors que je faisais référence à l'appartement. Je sais tu as couché mon nom au côté du tien sur les papiers "parce que je suis TA femme", mais si je le sais, je n'arrive tout de même pas encore à en démarrer l'assimilation. Bref nous avions convenu que tu étais de la race des anges.

     

    Cole je n'ai pas osé trop poser de questions mais je crois que cet homme avait des lourds problèmes financiers. Vu comment il en parle, le chèque  l'a libéré d'un énorme poids, j'en suis sûre.

     

    Revenons au bac.

     

    428 cm de long sur  70 cm de haut et d'une profondeur de 80.

    On obtient un volume de 2 396 litres.

     

    La résine qui forme un relief de pierre et qui est collée aux vitres des côtés comme du fond réduit le litrage final. Pareillement aux 4 énormes racines et aux 100Kg de sable de Loire. Les poissons n'auront pas plus de 1900 litres d'espace de nage. Ce qui est énorme. Énorme. Dans mon 800L à l'agence ils nagent dans 680 litres seulement. Vois la différence.

     

    Pour ce qui est de la décante de 450 litres, Monsieur Cortier m'a tout expliqué en menus détails. Il ne m'a rien appris mais cela lui a fait plaisir de raconter l'agencement. Le préfiltre en résine troué, les 40 kg de perlane pour le support bactériens, les 3 chauffages de 350W entre les 2 mousses bleues, les 2 kg de ouate, la pompe de 10 000L/H qui rejette en surface et celle de 3 000L/H qui rejette par le bas du bac.

     

    Cole je ne sais pas ce que tu as ressenti en vivant les quatre semaines de travaux chez toi, de l'agacement probablement à cause du bruit et de la poussière, mais pour moi ce bac ... Et encore plus quand Monsieur Cortier me le détaille, pour moi ce bac c'est ... Je ne sais pas quel mot convient le mieux mais c'est un diamant de 8 kg, un château en Bavière, une île au milieu d'un récif  corallien. Tout cela à la fois. Enfin je ne sais pas  résumer mon ressenti mais ce que tu as fait, c'est immense. Immense. De la démesure. Oui c'est cela : de la démesure. Tout ce qui me lie à toi est de l'ordre de la démesure.

     

    Alors tu vois quand Monsieur Cortier m'a dit que le gros moment de stress était maintenant, au moment de la mise en eau, car c'est à ce moment là que l'on va voir si il y a eu une mauvaise répartition des charges, je n'ai rien dit, rien fait. Quand il a tourné le robinet que l'eau a jailli, je ne suis pas sotte, j'ai bien compris que c'était grave mais je n'ai pas hurlé STOP non je lui ai juste promis que dans la journée j'irai cherché un litre d'aquasafe. Le produit qui neutralise le chlore de l'eau du robinet.

     

    Suis-je plus folle de l'avoir mis en eau que toi de l'avoir fait construire ?

     

     

    Je t'écris du salon. Il est 21h23 à ma montre. L'aquarium est éteint maintenant car il n'est éclairé que de 10h à 20h. En fait j'ai commencé à t'écrire quand il s'est éteint. Cole tu vas voir comme c'est beau. Les 7 plantes attachées aux racines font minuscules, mais comme on dit "ça a de la gueule".  Et puis elles vont grandir.

    J'aimerai qu'il te plaise aussi.

     

    Les poissons rouges sont comme les Cichlidés, ils mangent les plantes à feuilles fines. Les anubias et les microsoriums sont les seules qui ont une chance de survie. Quand je les ai attachées aux racines j'ai encore plus réalisé l'immensité de l'ouvrage. Je te jure, il a presque fallu que je rentre dans le bac. C'est hyper impressionnant. Quand j'ai eu le 800 à l'agence, je le trouvais géant, idem quand j'ai eu mon 450 après mon 180 que je ne jugeais pas petit. Mais là on est dans l'absolu démesure. Un peu plus et j'irai nager avec mes poissons. Je peux presque être une sirène.

     

    Cole tu ne touches à rien, s'il te plait. Tu peux juste vérifier que l'aérateur  fonctionne ( que des bulles sortent du sable) et que l'eau est toujours à 21°C. (Le thermomètre est à gauche non loin de la sortie des bulles). Le cycle de l'azote est en route, cela demande juste du temps.

     

    Et aussi que l'éclairage est ok. Tous les néons doivent toujours fonctionner, dès que l'un est mort il faut le changer. Si l'éclairage change, les paramètres de l'eau varient et ça ce n'est pas acceptable. 

     

    J'ai scotché la carte de visite de Cortier sur la couverture du cahier de l'aquarium que j'ai placé dans le tiroir du lavabo de la pièce de la décante. Au moindre problème n'hésites pas à le contacter. Ou moi ... Mais si je ne sais pas pourquoi, j'ai compris que mon téléphone ne sonnera jamais à cause (grâce ) à toi. Donc s'il te plait, au moindre problème, contact le.

     

    Je remonterai à Paris le vendredi 15 avril, soit dans un mois. Alors je ferais les tests pour voir les paramètres de l'eau.

     

    Ce sera la semaine entre nos deux anniversaires. Merci Hasard. Cela me ferait très plaisir de les  fêter avec toi. Et toi, aimerais-tu que nous les soulignons ensemble ?

     

    Monsieur Démesure, Je t'aime.


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