• 38

     

    Bonjour,

     

    Vous êtes vraiment distrayante Mickaelle. Vraiment divertissante. Mais encore beaucoup trop impulsive. Vous auriez du utiliser le temps de vos pieds en l'air pour affiner votre réflexion.

     

    Vous m'appelez Tchig preuve que vous tenez ma prétendue identité de vos logeurs. Ils vous ont raconté assurément que je suis un russe ayant du sang de tchétchènes sur les mains et que j'ai un scooter des neiges alors que son usage est interdit pour les particuliers en France. Scooter des neiges qui me fait éviter les raquettes jeune dame. Ah si vous aviez intellectualisé plus ! Que d'erreurs évitées !

     

    D'ailleurs vous qui brillez par votre franchise : Que croyez-vous savoir de moi ? Merci de ne rien omettre. Je sens que je vais me régaler.

     

    Et s'il vous plait, cessez de m'appeler Tchig, ne soyez pas du nombre de ceux qui, enfin , ne soyez pas d'eux.

     

     

    Mardi 28 Avril 2015

    Cordialement

    C.A.Tchigrenkov


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  • 37

    Châteauneuf -du-Faou

    Mercredi 15 Avril 15

     

     

    Très cher Mr Tchig,

     

     

    En préambule toutes mes excuses pour la forme de mes lettres. Je ne suis pas bien assise à une table ou derrière un bureau, mais à plat ventre sur le canapé, les pieds en l'air. Je sais ce n'est pas la meilleure position pour écrire mais j'aimerais pouvoir la tenir pendant une heure, aussi veuillez accepter toutes mes excuses.

     

    En rentrant ce soir de l'agence, j'ai découvert que mes filles n'étaient pas là. Illico j'ai pensé BONHEUR je vais pouvoir me faire un bon massage de pieds. Il n'y a pas plus grand délice !!! Le pied est à lui seul le corps tout entier.

    Oui je suis fan de mes extrémités : mes cheveux et mes pieds. Merci de n'en faire aucun commentaire. Ou défoulez vous si vous préférez.

     

    J'ai donc commencé mon petit mode opératoire : Mise en pyjama, allumage de la TV, préparation d'un grand verre de jus de fruits rouges avec deux doses de glaçons et bien sûr réquisition de la bouteille l'huile de massage. Quand je me suis assise sur le canapé, quand j'ai posé mon plateau sur la table basse, la météo annonçait qu'il avait neigé sur la Savoie toute la journée et que demain il n'y aurait aucune amélioration.

     

    De la neige.

     

    C'est fou mais je n'y avais jamais pensé.

     

    Dans mon sac à main il y a la lettre qui vous était destinée. Comme il n'y a entre l'agence et la maison aucune boite jaune, je suis revenue avec. Quelle chance. Si je l'avais postée je n'en serais voulue.

     

    Vous êtes dans la neige.

     

    J'avoue tout. Vous allez me détester, un peu plus, un peu moins, que m'importe, j'avoue tout.

     

    J'ai téléphoné à Françoise & Bertrand, les gens qui font chambres d'hôtes  sur Beaufort et chez qui Maxime et moi étions descendues en août. Ils m'ont confirmé qu'ils étaient sous 2 m de neige. Comme j'ai poussé un peu plus mon investigation, ils m'ont assuré que si je voulais aller au hameau de la Zattig il me faudrait chausser les raquettes et j'en avais pour plus de 4 heures aller en partant du lac mais qu'avant cela il ne m'aurait pas été possible de monter au lac en voiture. Donc me rendre au Hameau de la Zattig je n'en aurais pas été capable au vu de la froidure actuelle.

     

    Vous êtes costaud Mr Tchig. Il va falloir que je cesse d'être impulsive, vous êtes aussi complexe qu'un casse-tête chinois. Cela ne va, j'aime les défis intellectuels.

     

    Le téléphone raccroché, n'ayant pas oublié l'absence de mes filles et mes pieds en attente de bonheur j'ai repris mon programme tout en cogitant.

     

    J'illustre ce que vous avez mis en mots :

    Vous êtes chez vous, sous 4 m de neige ( si il y en a 2 au village à 700 m, chez vous ce doit être le double vu que vous êtes à plus de 1500m). Donc vous êtes emmuré par la neige, quand une sotte (moi) vient vous déranger dans votre hivernation. Elle vous agace tellement que vous prenez la plume, vous lui l'écrivez puis vous chaussez les raquettes pour marcher 4 heures ou 5, pour poster votre " Il suffit" et vous rebroussez chemin.

    Pour une exaspération vous allez marcher 9 heures dans la neige vous !

    Crédibilité Zéro.

    Non. Impossible.

     

    Si vous avez pensé, ressenti, ce que vos mots traduisent, vous auriez alimenté le feu de votre cheminée de ma lettre et vous auriez jurez tout haut. Jamais vous n'auriez ouvert votre porte, affronté le froid, la neige, le vent. Non je ne peux y croire.

     

    Autre chose, et c'était l'unique objet de la lettre dans mon sac, celle que vous ne recevrez pas.

     

    Vous m'avez posé plusieurs questions. Pourquoi je m'acharne sur vous ? Pourquoi je vous raconte ma vie ? Mais ce qui m'a sauté aux yeux passé l'émoi lié à la lecture, c'est qu'il n'y avait pas LA question à me poser.

     

    Qui suis-je ?

     

     

    Je reprends les faits.

    Vous vivez au hameau de la Zattig devant lequel file un chemin de randonné de montagne. Combien de touristes peuvent y passer chaque année ? Cent ? Mille ? Je n'en ai pas la moindre idée, donc je tranche à 500. Vous êtes là ou pas, vous voyez les gens ou pas. Disons que vous en voyez cent chaque année.

     

    Un jour vous recevez une lettre et en lisant Mickaelle Kervelou 13 rue de l'Aulne 29 Châteauneuf-du-faou, vous êtes capable de vous dire :

      -  Ah oui c'est la femme  d'il y a Six mois, celle a la longue natte qui faisait de la randonnée en gilet de costume et pantalon à pinces, la femme accompagnée d'une seconde qui semblait bien plus dans son élément : deux battons de randonné, le sac à dos et toute la panoplie décathlon à fond la forme du porte monnaie. Celle-là même qui a fini pas tirer par le bras la trop citadine d'un "tu te bouges, il n'y a pas de réseau ici.

     

    Désolée de vous dire Mr Tchig : Crédibilité Zéro.

     

    Mr Tchig l'unique question que vous auriez du écrire était sur mon identité.

    Qui suis-je. Hors sur ça : RIEN.

     

    Bien cher Mr Tchig vous en savez tout autant que moi. L'absence de l'unique question me le confirme.

     

    Ma première lettre vous l'attendiez, à moins que vous auriez préféré que je vienne frapper à votre porte l'été prochain. Vous en savez autant que moi Monsieur Tchig. Votre peur de l'avenir vous fait vous accrocher à mes maladresses au lieu de souligner mon courage.

    Mr Tchig vous ne me faciliter pas la chose.

     

    Croyez vous que j'agisse sans peur ? Pourquoi aurais-je alors jeté tant et tant de lettres au papier? Pourquoi croyez-vous que je n'ai pas fait un détour ce jour pour poster la lettre dans mon sac ? Bien sûr que j'ai peur. Je suis morte de trouille Mr Tchig. Si j'arrive à avancer malgré ma peur c'est que j'ai une force de vous en moi.

     

    Personne de mon entourage ne sait l'existence de cette correspondance. Si vous le leur disiez, j'affirme qu'aucun ne vous croyait tant ce n'est tellement pas moi.

     

    Je ne lâcherai pas. Je ne nous lâcherai pas.

     

    Parce que je sais qu'au fond de vous, c'est aussi ce que vous espérez. Mais vous êtes trop MEC pour l'avouer.

     

     

     Bien à vous Mr mon casse-tête chinois.

    Mickaelle.

     

    Ps : Bien plus que de savoir qu'il s'agissait de moi, tu as voulu que ce le soit.


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  • 36

    Madame,

     

    Vous m'écrivez comme si je n'ignorais rien de votre vie.  Vous n'êtes pourtant personne pour moi. Votre longue lettre est incompréhensible. Je me demande même pourquoi je me suis donné la peine de la lire jusqu'à son terme.

     

    Qu'est que la G2 par exemple ?

    Qui sont Koa et Poyang que vous évoquez ?

     

    A quoi rime cette correspondance ? Il aurait été plus judicieux pour vous d'investir dans un cahier que dans un carnet de timbres. Si vous voulez vous épancher, libre à vous mais de grâce, faites le sans m'impliquer.

     

    Pourquoi vous acharnez-vous sur moi ?

    Que me voulez-vous ?

    Pourquoi vouloir vous faire connaitre de moi ?

    Pourquoi ne me laissez-vous pas en paix ?

    Pourquoi m'écrivez-vous ?

     

    Cette correspondance ne mène à rien.

    Je vous prierais de la cesser.

     

    Je ne veux rien savoir de la G2 qui n'est plus. Je ne veux rien savoir de Koa.

    Toutes mes condoléances pour Poyang.

     

     

    Aillez la politesse de ne plus vouloir lier nos vies.

     

    Il suffit maintenant.

     

    Acheter vous un cahier et noircissez le. Vous êtes très douée pour alambiquer, songez à un cahier volumineux.

     

    Vendredi 27 Mars 2015

    Cordialement

    C.A.T


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  • 35

    Dimanche 22 Mars 15.

     

    Monsieur Tchig,

     

    Le mois de février achevé, je me suis dit "fini, il ne répondra pas".

    J'en ai même ris. De moi, évidemment, de moi.

     

    J'ai passé tant de temps pour au final une lettre toute aussi mauvaise que les autres, mais lettre que j'ai eu le courage de poster début janvier. Et tout ça pour un mépris de vous. Ne le prenez pas mal mais oui j'ai pensé mépris. Je ne me souviens plus des mots qui ont volé jusqu'à vous, j'en ai trop écrits, mais tous portaient la marque de mon désir de bien faire. Aussi oui j'ai vu votre silence tel un mépris.

     

    Nous avons tous le même travers, on croit toujours que les autres nous doivent, comme si ils étaient prolongement de nous. Logique aussi absurde qu'humaine.

     

    J'ai vécu janvier et février ballotée entre le sentiment de mépris, donc, de rejet de votre part et une petite voix de sagesse qui me rappelait que vous ne me devriez rien. Petite voix à laquelle toujours je répondais un "oui mais tout de même" qui me ramenait au mépris.

     

    Et puis mars est arrivé avec la mort de  Poyang. Avec lui s'éteignait la G2. La peine a enterré le mépris. Et je n'ai plus pensé à vous. J'ai même mis l'une des photos de la G2 en page bureau et ainsi ai-je du enlever votre hameau si beau de mon ordinateur. J'avoue, sans honte, depuis mon retour de vacances cette merveille était ma page bureau. Pas sur l'ordi de l'agence, sur celui de la maison. Sur celui de l'agence je crois que jamais je ne pourrai enlevé Koa bébé, non que je sois de nature à vivre dans le passé mais parce qu'il est le démarrage de tout.

    Là je coule dans le hors sujet, je m'en rends bien compte.

     

    J'écrivais donc que mars venu, je ne vous attendais plus. Vos mots, je veux dire vos mots.

    Et ils sont arrivés.

    L'enveloppe m'a éveillé, la froideur, non la sécheresse du texte m'a giflé et le ps m'a  figée. Je m'en suis assise dans l'escalier. Pas l'escalier commun, ceux juste après ma porte d'entrée. Oui c'est ainsi chez moi, je vis au second mais la porte de mon appartement se situe au premier. Me voilà retombée dans le hors sujet.

     

    Donne moi quelque chose de toi ou n'écris plus.

    Qu'aviez vous voulu écrire là ?

    Ma première idée fut que vous vouliez un objet. Soumisse (une fois debout) j'ai fait le tour de l'appartement pour regarder autour de moi et choisir un objet. Mais une colère m'a libérée de ma soumission. " Pourquoi devrais-je lui offrir quoique ce soit ? Il est qui ce type pour exiger? "

     

    Alors j'ai relu votre phrase et j'ai vu le de  que j'avais du prendre pour un a. Quelque chose de moi non quelque chose à moi, m'appartenant.

     

    Avec cette nouvelle version il m'a semblé évident que vous attendiez une mèche de mes cheveux. Moi qui ne les coupe jamais, moi qui y tient tant. Qu'avais-je de plus précieux qu'eux ? Rien donc vous les vouliez, au moins en partie. Non cela n'allait pas être possible. Même une simple mèche. NON. J'avais l'impression que vous m'aviez percée à nue, que vous saviez l'importance qu'ont mes cheveux pour moi et que vous me mettiez à l'épreuve. Vous ne pouviez pas imaginer comme vous m'avez bouleversée. Merci pour la nuit blanche.

    Je ne m'en suis sortie que par la colère. Colère tant contre vous que moi.

    Comment avais-je pu me trompée autant ?

    La colère m'a fait tenue tout le seconde partie de la semaine.

     

    Ce soir, j'ai ressorti les photos du 23 Août 14, Je me suis retrouvée sur ce sentier qui mène à votre hameau de la Zattig, j'ai revécu mes pieds sur le sol dur, j'en ai repris plein les yeux et j'ai su que la vérité était née ce jour là.

    Je suis donc revenue vers votre lettre,  et j'ai lu enfin vraiment cette phrase énigmatique.

    Donne moi quelque chose de toi ou n'écris plus.

    Enfin elle me fut limpide.

     

    J'ai de vous la force de vos montagnes, la constance de votre ouvrage, la sagesse de votre ermitage et vous vous n'avez rien. Rien de moi.  Enfin si vous avez déjà ma patte de mouches assurément empreinte de trop de fautes d'orthographe. Mes lettres sont des premiers jets, non des textes écrits à l'ordinateur ou sur un brouillon bien recopiés pour être expédiés.

     

    Que puis-je vous offrir de moi ? Une simplicité qui me résume ? Un secret profond qui marque ma vie ? Un rêve réalisé ou un jamais osé ? Quelque chose qui me flatte ou qui m’enlaidit ?

     

    Sans savoir pourquoi, à l'instant, alors que je suis encore dans les questions ci-dessus,  je pense à un stage que j'ai fait voilà quelques années. Un stage de communication. Un moment l'animatrice a dit ceci  (enfin l'idée était cela, je n'ai pas retenu les termes exactes) :

     

    Nous sommes tous les mêmes,

    avant de recevoir des gens chez nous,

    nous faisons un grand nettoyage ....

     

    En articulant le mot nettoyage elle avait les yeux sur moi et elle a donc observé mon étonnement. Elle a stoppé sa réflexion pour me demander ce qui m'étonnait dans ses propres. Je lui ai dit que moi, je vivais à l'envers. Jamais je ne nettoyais avant de recevoir, mais par contre, limite je désinfectais tout dès leur départ. La réaction collective m'a bien fait comprendre que je n'étais pour eux qu'un extra-terrestre.

     

    Voilà je vous donne cet aveu :

    Je suis de ceux qui vivent à l'envers. Il est vrai que bien plus souvent je mange les fruits en entrées qu'en dessert.

     

    Respectueusement,

    Mickaelle.


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