• 29

    - Kara Anne, quel est le nom de famille de ta Solange ?

     

    Je la croyais partie. J'avais entendu la porte s'ouvrir, je n'entendais plus ses pas. Je la croyais partie.

    En me retournant je la découvre contre la porte ouverte, une main bien à plat sur le bois.

     

    - Bachaud. Solange Bachaud. Pourquoi ?

    - Mauvaise réponse, très mauvaise réponse.

     

    Elle décolle sa main du bois, la laisse retomber contre son corps. Il reste une  trace, non un post-it. Sa main cachait un post-it.

     

    Halka est partie en refermant la porte en ne me laissant qu'un post-it et une impression d'immense silence.

     

    Toute l'histoire est bouleversante. Bouleversante et dérangeante.

     

    Ce qu'elle a vécu est banal. C'est horrible à dire, mais c'est une histoire banale.

    Une petite fille est éblouie par la lumière de la bougie, puis est frustrée d'en être tenue éloignée, alors plus tard elle y revient. Oui c'est banal. C'est même un scénario classique. Dire à un enfant "il ne faut pas" est le meilleur moyen de l'inviter à oser.

     

    Ma soeur et moi n'avions pas le droit d'aller jouer dans le champs derrière notre rangé de sapins. De façon récurrente  papa et maman nous rappelaient que le champs était interdit pour les petites filles. ( Je n'ai jamais vraiment su pourquoi). Jade Marie était bien plus aventurière et nature que moi. Ce champ je n'y pensais pas, je lui préférais les livres, mes poupées. Pourtant quand revenaient l'été et le refrain des parents, je finissais toujours par me chausser de bottes et c'était parti pour la grande exploration de l'interdit. J'en revenais toujours déçue, ce champ n'était qu'un lieu stérile pour moi.

     

    Alors oui je comprends bien la petite Halka qui avait voulu vivre ce que sa mère lui avait refusée. Je comprends tout autant son désir de le partager avec son amie. A cinq ans je ne voulais rien vivre sans Jade Marie.

     

    J'imagine sans difficulté son bonheur de tout bien installer au milieu de ses poupées. Je vois les dinettes sorties, je vois les poupées assises autour d'une table miniature. Oh oui j'imagine avec quelle application Halka avait du installer ses bougies.

     

    Et j'imagine aussi facilement son dégoût devant l'arrivée du frère.

     

    Jade Marie et moi n'avons que 18 mois d'écart, aussi nous avons toujours été proches. Mais nous avions un cousin et deux cousines. Il y a 3 ans entre Mathias et Jade Marie. Il y en a 7 entre Mathilde et Jade Marie. Nous n'avons jamais réussis à nous liée à nos cousins, pour eux nous n'étions que des bébés. Nous prenions un an chaque année, mais rien ne changeait, nous demeurions des bébés pour eux.

    Nous étions les Samuels de Halka et Mickaelle.

     

    Jamais nous n'avons été enfermées dans une cabane. La technique des cousins était de nous raconter des horreurs pour nous faire peur. Et cela marchait. Leur voisine qui était une sorcière. Son chat qui tuait par ses yeux les enfants qui se promenaient la nuit. Ah et puis il y a aussi les serpents qui vivaient dans l'eau et qui paralysaient les gens. Dans leur rue il y avait une adolescente en fauteuil roulant. Elle avait soit disant rencontré un serpent en se baignant dans la rivière. L'imagination est toujours très vive chez les enfants qui veulent impressionner.

     

    Alors oui, c'est sans difficulté que je comprends que Halka n'ait pas apprécié voir débarquer le petit frère de l'amie qu'elle attendait.

     

    Ensuite qu'elle l'enferme pour qu'il ne la suive pas, c'est logique, aussi. Il aurait été tout aussi logique qu'elle le repousse et qu'elle s'enferme dans la cabane avec les bougies, son secret, son trésor. Vu la position des deux enfants, il avait du être plus simple pour elle de l'enfermer que de le faire sortir, de partir plutôt que de rester.


     

    Après.

    Et bien après ce fut la volonté de la destinée.

     

    Halka n'a plus 5 ans, elle avoisine les 50.

     

    Si le petit garçon se nommait Michel, Rodolphe voir Romain tout serait plus simple pour moi. Je n'aurais que de la compassion, de l’empathie pour Halka. Je n'aurais dans le coeur, la bouche que des élans de générosité envers elle.

    Responsable oui mais pas coupable.

    Je minimiserais au maximum. J'irai jusqu'à lui affirmer que la destinée l'a utilisée pour un drame qui devait se jouer.

     

    Il y a 45 ans !

     

    1970 c'est si loin. Nous sommes en 2016. On a changé de siècle.

     

    Refermons la boite de Pandore et avançons dans la vie. A quoi cela serre de vivre dans le passé ? Il est dépassé. Le présent est l'avenir arrivé. Un avenir qui enterre un peu plus chaque jour le passé. Avoir des projets pour embellir l'avenir, le transformer en passé apprécié, oui. Mais revisiter le passé en boucle pour se haïr un peu plus chaque fois, à quoi bon ?

     

    Nous avons deux passés. Celui déjà derrière nous et celui qui n'est pas encore vécu. Je ne sais pas pourquoi cette métaphore me vient à l'esprit mais elle me va. Le passé c'est un peu comme l'eau d'une baignoire. Si l'eau du bain est trop froide (le passé trop triste) il faut rajouté de l'eau chaude (des moments de bonheur). Pleurer sur la température du bain ne la fera pas remonter. Chaque jour on fabrique une nouvelle page à son passé. Être heureux aujourd'hui offre un souvenir positif au passé. Jour après jour on peut embellir son passé comme litre après litre on peut réchauffer l'eau du bain.

     

     

    L'eau du thé elle ne doit plus être bien chaude quant à elle. Sur la table nos deux tasses n'ont jamais vu une goutte de thé. Il infuse dans la théière depuis plus d'une heure maintenant. Aucune de nous deux n'y a pensé. Cette réalisation me fait revenir à la réalité.

     

    Théière en main, je me lève, quitte la table de la cuisine, pour aller la vider sur le rosier de la pelouse.

     

     En approchant de la porte d'entrée, je découvre que Halka ne l'a pas bien  enclenchée,  elle s'est entrouverte. Le thé ne compte plus, me voilà prise de panique. Où sont mes bébés ? Poser au plus vite la théière contre le mur, sinon, je vais renverser du thé partout.

     

    - Guénady t'es où ? Dydy t'es où ? T'es où Dydy ?

     

    Je panique.

     

    Je ne le vois nulle part. Ni dans la cuisine, ni dans le salon. La terrasse est déserte, la pelouse tout autant.

    A l'étage, oui à l'étage.

    Mais non les jumelles sont encore trop petites, elles ne savent pas monter les marches. Elles jouent à sauter sur la première marche, mais elles en redescendent aussi tôt par l'autre côté. Pour elles il n'y a qu'une planche, un jeu.

     

    - Dydy t'es où, t'es où ? Chama, Macha vous êtes où ? Mais vous êtes où ?

     

    Il faut que je me calme, que je sois méthodique.

    Je m'assoie sur la marche. Je respire. Expirer. Inspirer. Expirer.

    Déjà fermer la porte. Il ne faudrait pas qu'ils soient dedans et qu'ils sortent pendant que je les cherche.

     

    Quelle dingue ! Je n'avais pas besoin de courir pour traverser la pièce. Que je me calme, il faut que je me calme. Je ne suis vraiment pas faite pour être mère, moi.

     

    Reprenons du début.

    Je suis sur la pelouse avec eux, Halka arrive, Guénady se blottit dans ses bras, et ensemble ils rentrent dans la maison. J'ai vu Guénady sur la table entre nous, ensuite. Il a même allongé un pied sur la photo. Où  a t-il été ensuite ? Les a t-il rejointes ?

     

    Les petites je les ai récupérées dans l'herbe, nous sommes entrées et j'ai fermé la porte. Oui j'ai fermé derrière moi, j'en suis sûre. Avant d'aller rejoindre Halka à la cuisine,  je les ai déposées dans le lit blanc en forme de tête de chat qui est entre  l'arbre de Guénady et la baie vitrée.

     

    Ils y sont tous les trois. Ils y dorment comme des anges.

    Quelle débile je fais.

    Quel soulagement.

    Mais pourquoi je me suis affolée autant ?

     

    Pas un n'ouvre un oeil. Ils sont en absolue confiance. Mes appels les ont indifférés. Il faut être sotte aussi pour croire qu'un chat va revenir comme un chien.

     

    Le tableau est magnifique. Dans le gris souris de Dydy, les petites touches de couleurs des tricolores. Délice pour le coeur et les yeux. Si je m'écoutais, je me mettrais à genoux pour leur faire caresses et bisous, mais il n'y aurait pas plus égoïste, je les réveillerais.

     

     

    Le post-it attire mon regard. Qu'a pu y noter Halka ?

     

    Lukask - Halka - Janko Lubomski

    enfants de Pawel & Alusia Lubomski

    8 rue du clos fleuri

     35 500 Erbrée.

    Déménagement pour Fougères tout début juin 1970.

     

    Janko est né le 24 mai 1970.

    Samuel a été brûlé le 25 mai 1970.

     

    Samuel - Mickaelle Bachaud

    enfants de Solange & Gérard Bachaud

    10 rue du clos fleuri

    35 500 Erbrée.

     

     

    Mon Dieu. Solange et Gérard Bachaud. Il ne peut pas en avoir vingt mille. Un couple formé d'une Solange et d'un Gérard Bachaud qui a eu un fils nommé Samuel, il ne peut pas en avoir cent.

     

    Mon Dieu !

     

    Mes mains ne vont pas au post-it, d'instinct l'une protège mon ventre, siège de l'affect et l'autre barre ma bouche.

    Je sens mes yeux qui se figent dans une position grand ouvert.

    Mon Dieu.

     

    C'est eux, c'est sûr que c'est eux, ce ne peut être autrement.

     

    Samuel ne ment pas, il a bien une soeur, mais une soeur innocente.

     

    Solange était chez le coiffeur avec sa fille quand l'incendie s'est déclaré. Gérard savait être seul à la maison avec son fils. Pourquoi l'avoir condamnée à une faute qu'elle n'a pas commise.

    Qu'ont fait Gérard et Solange  de leur fille ? Où est Mickaelle ?

     

    Ils savent très bien tous les deux qu'elle n'était pas là, qu'elle ne pouvait pas avoir enfermé son frère. Pourquoi avoir dit à Samuel qu'elle était responsable ? Au fond de lui il sait qu'elle n'y ait pour rien, mais il ne peut s'en souvenir. Samuel n'avait pas trois ans. Aujourd'hui il répète ce que ses parents lui ont fait croire.

     

    Comment des parents peuvent rejeter leur propre fille ? Gérard et Solange savent que Mickaelle n'y est pour rien cependant ils sautent sur l'occasion pour se débarrasser d'elle. Ils la haïssaient avant. Comment des parents peuvent haïr un bébé, une petite fille de un an, de deux ans, de trois ans, de quatre ans, de cinq ans ?

     

    Je suis au bord des larmes.

    Mes yeux se noient.

     

    Je ne peux pas porter ça toute seule.

    Oh Xavier pourquoi tu n'es pas là ?

     

    Où est mon téléphone ? Quelle heure est-il ? 21h53. Maman est couchée, Bénédicte aussi, Jade Marie aussi. Je ne peux pas les déranger.

     

    Oh Xavier pourquoi tu n'es plus là ?


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  • 28

    - Tu es vraiment prévisible Arlequin, j'étais sûre de te trouver dehors avec les chamachas.

    - Bonsoir Halka. Le soleil est encore chaud, alors j'en profite pour les faire découvrir l'herbe. Tu as mangé ?

    - Je ne viens pas pour ça. Je veux te montrer une photo. Je nous fais un thé le temps que tu cours après les chamachas, et que tu rentres.

    - OK.

     

     

    - Pas toute jeune cette photo. C'est toi petite ? C'est le jour de tes un an.

    - Le gâteau et la petite bougie au centre sont pour Janko. Le bébé dans la chaise c'est lui. Là c'est Lukasz et moi je suis là.

    - Tu es toute mignonne. Et les deux autres enfants ?

    - Ce sont les voisins.

    - Pourquoi tu veux me montrer cette photo ?

    - J'étais fascinée par la bougie, alors je l'ai soufflée. Bien sûr maman l'a rallumée car c'était LA bougie de Janko pas la mienne. Je crois que tout est partie de là. Oui cela a du me frustrer. Le lendemain j'ai pris la boite avec toutes les bougies dedans. Tu comprends j'étais une petite fille 5 ans et voilà je voulais les allumer juste pour que je puisse dire qu'elles sont à moi, pour les souffler sans me faire engueuler. Alors je suis allée chez la voisine, cette fille là, la fille sur la photo à côté de Lukasz, ma super copine de l'époque.

    - Elle s'appelle comment.

    - Tais toi, écoute moi, ne m'interromps pas, sinon je ne pourrai pas aller au bout. Tais toi.

    - ok.

    - Donc je suis allée avec mes bougies, chez la voisine. Il y avait dans le jardin une cabane en bois, aujourd'hui on dirait un abris de jardin mais bon c'est une cabane en bois. On avait pleins de jouets dedans, presque toutes nos poupées, c'était notre air de jeux, un lieu interdit aux parents.

    Je me souviens très bien avoir été déçue de ne pas y trouver ma copine, mais très bien. Enfin maintenant je n'en souviens très bien. Je voulais lui montrer mon trésor. Mais elle n'était pas là. Alors j'ai changé de logique. j'allais lui faire une super surprise. J'ai disposé toutes les bougies, et bien sûr pour que ce soit encore plus fantastique, je les ai toutes allumées. Mon père fume, il y a toujours eu des briquets qui trainent dans toutes les pièces. Je me souviens avoir eu du mal à avoir une flamme, ou une flamme qui dure assez longtemps pour allumer une bougie. J'ai mis beaucoup d'application pour faire une super surprise à ma copine.

    Mais c'est son frère qui est arrivé. On le détestait celui là, il nous collait tout le temps. Pour nous ce n'était qu'un bébé. On était des grandes filles de cinq ans et lui un tout petit de même pas trois ans. J'ai été très en colère qu'il découvre ma surprise, vraiment très en colère, alors, je n'avais plus eu envie de faire une surprise. J'ai fermé la porte pour qu'il ne me suive pas et je suis allée dans ma chambre, pour bouder probablement, mais le temps de courir, d'une maison à l'autre, je ne boudais déjà plus. Je me souviens très bien m'être mise à dessiner dans ma chambre.

    Quand Lukasz est entré dans ma chambre il m'a trouvée bien sage à mon petit bureau, tirant la langue car je m'appliquais à faire le plus beau dessin du monde pour maman ou papa. Je ne sais pas ce que Lukasz me voulait, je ne sais pas si il me l'a dit, car très vite il a vu de la fumée sortir de la cabane. La fenêtre de ma chambre donnait droit sur la pelouse des voisins. Il était plus grand que moi, il avait neuf ans. A neuf ans on sait ce qu'est le feu, on sait que si on en voit un, il faut vite aller le dire aux parents. Il m'a quittée en courant, et je me suis installée à la fenêtre pour admirer le spectacle. Moi j'avais cinq ans. La maison de bois en fumée c'était  fascinant.

    J'ai vu mon père courir vers la cabane de mes poupées et Lukasz aller chez les voisins, dans leur maison. Le papa de ma copine en est sorti. C'est lui que Lukasz avait été chercher. Ensuite les deux hommes ont laissé Lukasz tout seul devant les flammes. Ils sont revenus avec le tuyau d'arrosage. J'ai vu aussi maman plaquer Lukasz contre elle. Il était devenu trop grand pour qu'elle le porte.

     

    J'avais déjà dit à maman que je faisais des cauchemars depuis des semaines, que je voyais des flammes, mais elle n'y avait pas vraiment réfléchi. Comme toi Kara Ann elle pensait que suite à l'incendie de ma maison, il n'y avait rien d'étrange à cela. Seulement maintenant que je dors chez elle, que je la réveille la nuit en hurlant c'est différent.

    Alors elle m'a raconté le lendemain des un an de Janko. Elle a retrouvé cette photo. Ses souvenirs ont réveillé les miens. Papa aussi s'est additionné à nous. On passe nos soirées à revivre le lendemain de l'anniversaire de Janko. Plus on en parle, plus notre mémoire est vive.

     

    Donc j'étais à ma fenêtre et j'avais vu sur Lukasz plaqué contre maman. Je lui voyais les bras qui gesticulaient. Je crois que j'ai rigolé, c'était marrant, il y avait le dos de maman et des bras qui leur sortaient de chaque côté de la taille. En fait Lukasz, quand il s'était retrouvé seul, il avait du entendre le môme qui pleurait dans la cabane.  Maman a fini par comprendre ce qu'il voulait lui dire et elle l'a répété aux hommes. Papa n'a pas hésité, il a tourné le jet vers lui, il s'est tout mouillé et il a été ouvrir la porte.

    Moi j'étais toute sage à la fenêtre, je regardais le spectacle.

    Papa a disparu dans la cabane, maman elle, a couru vers la maison des voisins sans lâcher la main de Lukasz. Elle m'a dit qu'elle s'était précipité sur le téléphone pour  appeler les pompiers.

     

    Papa est ressorti de la cabane avec Samuel dans les bras. Il l'a posé au sol et son père est tombé à genoux à côté de lui. Alors papa a récupéré le jet d'eau abandonné au sol et il a arrosé Samuel. Il pleurait. Samuel pas papa. Je l'entendais pleurer, hurler. Ce sont ces cris, ces pleures là qui me réveillaient chaque nuit. Depuis que je l'ai compris, je ne les entends plus, ils se sont tus. Je dors très bien maintenant. C'est cynique ! Je suis un être cynique et immoral en plus d'être coupable d'avoir brûlé un enfant.

    Bref.

    Je voyais bien qu'il avait bien mal, vraiment très mal, mais je n'ai pas bougé. J'étais à ma fenêtre devant un spectacle interdit aux enfants.  Le papa de Samuel plié en deux, la tête dans l'herbe, pleurait très fort lui aussi. Maman a mis des couvertures sur Samuel. Elle les avait volés dans un lit.  Papa  lui  continuait d'arroser la cabane.

    Lukasz est arrivé dans ma chambre et il m'a mis les mains sur les yeux pour que je ne vois rien, mais lui voulait tout voir, alors on n'a pas bougé. Il m'a dit que c'était maman qui lui avait dit qu'il devait s'occuper de moi.

    Les pompiers sont arrivés. Là j'ai eu le droit de voir le camion, les hommes en rouge. Ils ont mis Samuel dans le camion et il sont partis avec la sirène qui hurlait. Un autre camion de pompier est resté, et un pompier a remplacé papa pour éteindre la cabane en feu. Alors Papa  a pris Georges dans ses bras pour le relever et ils sont partis dans la voiture de papa.

    Plus tard maman est venue nous chercher dans ma chambre. Elle avait Janko dans les bras. Nous sommes allés tous les quatre nous s'asseoir bien sagement dans la cuisine des voisins. C'était très grave, je l'avais bien compris alors je restais bien sage comme tout le monde. On a attendu longtemps. J'ai eu envie de faire pipi et quand j'ai ouvert la bouche pour le dire, maman m'a criée dessus et puis elle a fondue en larmes. Alors je me suis levée et je l'ai prise dans mes bras, Janko était sur ses genoux, et j'ai pleuré avec elle, et j'ai fait pipi dans ma culotte alors j'ai encore plus pleuré.

    Maman n'a su que hier que j'avais fait pipi dans ma culotte. Elle se souvenait bien avoir fondu en larmes, mais elle ne se souvenait pas pourquoi nous étions passés du silence aux larmes. Maintenant elle sait.

    Ma copine et sa maman nous ont trouvés tous les quatre enlacés et en larmes dans leur cuisine. Moi j'ai vu Mickaelle avec ses cheveux coupés. Elle était bien triste Mickaelle de ne plus avoir ses beaux cheveux longs. Elles revenaient de chez le coiffeur.

    Mickaelle est venue avec nous à la maison parce que Solange est repartie avec sa voiture. Elle est allée à l'hôpital.

    Mickaelle a dormi plusieurs nuits avec moi dans mon lit. Elle est restée vivre avec nous un peu. Mais nous avons déménagé ensuite et même si Mickaelle et moi avons pleuré beaucoup vraiment beaucoup, elle n'a pas pu rester avec nous pour toujours.

     

    Sur la photo la fille c'est Mickaelle elle a cinq ans comme moi et le garçon c'est Samuel. Le lendemain il brûlait dans la cabane à cause de moi. Mickaelle était chez le coiffeur avec sa mère. Chez le coiffeur. Avec sa mère. Personne n'a jamais su que c'était moi qui avait allumé les bougies, parce que j'étais bien sage à dessiner dans ma chambre. Pour maman et papa, Samuel avait du allumé le feu tout seul.

    Ils sont au courant de ma culpabilité depuis trois jours. Et cela fait trois jours qu'ils doutent que ce soit vraiment moi, pourtant, c'est bien moi qui ai volé les  bougies, qui les ai allumé, et qui est enfermé Samuel dans la cabane pour qu'il ne me suive pas. Il a du bougé, les faire tomber et l'incendie s'est propagé dans les poupées, les peluches, les livres d'enfants. Mais c'est une victime, juste une victime , l'unique coupable c'est moi.

     

    Nous avons déménagé très peu de temps après, et quand maman a eu besoin des bougies d'anniversaire, comme elle ne les trouvait pas, elle a accusé le déménagement.

    Mais c'est moi. Depuis trois soirs maman, papa et moi nous ne parlons que de ça, nous ne pensons plus qu'à ça, alors on a de plus en plus de détails.

     

    Je vais te laisser maintenant, je reprends  la photo. En voilà une version scannée. Je pense que tu vas aimer l'avoir quand tu iras voir Solange qui n'a pas de fille.

    Tu veux bien garder Geaidydy encore un peu, il déteste le chien de mes parents.

    - Bien sûr.

     

     


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  • 27

    Halka est dans sa chambre. J'en suis très heureuse, vraiment très heureuse, même si cela me fait dormir toute seule. Guénady était tellement content de la retrouver après onze jours d'absolue absence, qu'il l'a suivie dans sa chambre.

     

    Comment ne pas laisser les petites le suivre ? Il est vraiment un super tonton. J'ai l'impression que les petites malheureuses d'avoir perdues leur maman, se sont greffées à lui. Guénady en semble bien fier. A croire qu'il lui manquait une occupation.Une responsabilité.

     

    Il est trop comique. Il fait gros nounours au près d'elles. 6 kg 840 face à 820 grammes et 860. Il s'assied sur ses fesses, et sa tête passe de droite à gauche tel celle des spectateurs d'une partie de tennis. Et puis sans préavis, dans un petit cri d'enchantement il saute sur ses pattes et va en rejoindre une en trottinant, car bien sûr, quand Chama s'en va vers la droite, il faut que Macha aille à gauche.  Il ne fait pas comme une maman chat, il ne les porte pas pour les réunir, mais j'ai vraiment l'impression qu'il barre la route de la fugueuse pour l'inspirer  à rejoindre sa soeur.

     

    Les séparer tous les trois pour une nuit n'aurait rendu personne heureux. Donc je suis seule, mais satisfaite. En même temps je suis sûre que si je ne vais pas être réveillée dix fois dans la nuit par une griffe, un ronron ou un saut sur moi, je vais encore moins dormir que les nuits passées. Oui elles me réveillent et Guénady aussi, mais c'est un peu comme si dix fois par nuit j'entrais dans un pays des rêves merveilleux. Rêves qui m'enchantent et m'apaisent largement autant que des minutes additionnées de sommeil profond.

     

    Mes premières nuits, mes centaines de premières nuits dans les draps de Xavier, je veillais son sommeil plus que je ne dormais. C'était si miraculeux d'être dans ses bras, contre sa peau qu'il m'était impossible de dormir. Le bonheur me gardait éveillée. Jamais je n'ai aussi peu dormi qu'à cette période. Jamais je n'ai été aussi peu fatiguée.

     

    Ce n'est pas comparable, mais tout de même un peu.

     

    Je n'avais jamais compris comment il était possible que Bénédicte tienne autant à un chat. D'un côté il y a les hommes et de l'autre les animaux. Je suis végétarienne par respect, je suis militante active pour L214 par respect, éthique. Je comprends grâce à mes jumelles le sens de tous les discours que je tiens depuis des années. Cela me fait penser à une histoire religieuse. Je ne la sais plus vraiment, mais c'est un homme qui demande à un rabbin, à un curé et à un Imam si ils croient en leur Dieu. Le curé et l'Imam répondent oui, alors que le rabbin dit NON, non il n'y croit pas, il sait. Et bien je suis passée de la croyance au savoir. Trente années à prêcher qu'il faut aimer les animaux et enfin je sais le sens des phrases que j'avais apprise par coeur.

     

    J'ai vécu trente ans sans vouloir faire de mal au animaux. Maintenant je vais vivre en les aimant.

     

    Maintenant je veux, oui, je veux mes oies et mes poules. Oui je les veux. Je suis heureuse de voir l'avenir qui m'attend. Chama & Macha m'ont ouvert le coeur, les plumées vont me grandir aussi, je n'en doute plus. Elles vont me révéler une partie de moi qui m'est encore inconnue comme si en peignant les murs de la maison je découvrais que l'un d'eux était en fait une porte ouvrant sur une pièce inconnue.

     

    Cela peut faire peur.

    Je n'ai pas peur. Je suis enchantée, heureuse.

     

    Et je suis heureuse que Halka soit là.

     

    Halka est là mais elle n'est pas de retour. D'ailleurs elle n'est pas 100% là, elle est venue sans son entrain, sa joie de vivre, elle porte sur son visage une gravité que je ne lui connais pas. Qu'a-t-elle ? Elle n'en a rien dit.

     

    Quand je suis rentrée de l'aquagym je l'ai trouvée dans la cuisine. La table était mise, cela sentait très bon. L'une comme l'autre nous n'avons rien dit, nous avons fait comme si nous étions un mercredi ordinaire, comme si notre petite routine n'avait jamais été cassée. On s'est dite bonjour, j'ai enlevé mes chaussures, ma veste, et j'ai mis les pieds sous la table.

     

    Ensuite il n'y en a plus eu que pour notre petite famille. Halka a reçu assez de photos et vidéos pour reconnaitre les demoiselles. Elles n'ont vraiment rien de sauvages, elles ont adopté Halka en dix secondes.

     

    Hakla m'a dit qu'il restait un petit frère. Les naisseurs ne veulent garder qu'une des filles. Nous avons refait le monde félin, nous avons imaginé Geaidydy dans un an, aux prises avec deux grandes pétasses de filles. Nous nous sommes demandées si il ne serait pas ravi d'avoir un pote face aux pestes, alors. J'ai nommé le petit frère en attente d'adoption Matoucha, mais j'ai bien insisté : les filles avec moi et les garçons avec Halka. Nous avons parlé de Matoucha comme on délire sur un voyage fantastique que l'on ferait si on gagnait au loto, mais tout de même j'ai une petite pensée pour lui. Que va t-il devenir ? Je suis assez fragile pour l'adopter si à sa prochaine visite Halka en est accompagné. De voir Guénady si heureux de ne plus être seul doit l'inspirer de prendre le petit frère. En a-t-elle parlé parce qu'elle en a envie, où juste parce qu'elle sait qu'il existe ?

     

    Je ne sais rien de ses projets. Va t-elle reprendre sa vie ici ? Va t-elle restée chez ses parents le temps de se trouver un appartement ou une maison à louer ? Ou à acheter, pourquoi pas.

     

    Nous n'avons parlé que des chats. Si elle dort ici c'est juste par praticité.

     

    Nous n'avons parlé que des chats et de Solange. Halka a voulu savoir ce que Solange avait dit au sujet de Mickaelle. J'ai répondu la vérité, que Mickaelle est une pure invention de Samuel pour mieux vivre sa maladie de peau. Il n'a aucune soeur. J'ai senti Halka se fermer quand elle a abordé le sujet de Solange, quand elle a posé la question, puis elle s'est verrouillée à ma réponse.  Et ce fut tout. Elle n'a pas insisté, elle a quitté la table pour se détourner de moi.

     

    Ordinairement elle aurait bondi, éclaté de rire ou de colère, mais là, elle a serré les dents et a été embrasser les jumelles et son fils .

    Ensuite il n'en a plus été question.

     

    Demain matin je partirai au travail avant qu'elle ne sorte de sa chambre. Je ne me fais aucune illusion demain soir elle ne sera pas là. Enfin c'est normal, elle travaille plus tard que moi, mais je ne l'attendrai pas pour manger, demain elle ne reviendra pas. Elle n'a pas eu à le dire, je le sais.

     

    Je n'aurai pas à entrer dans sa chambre pour voir si elle emporté ses dernières affaires , il me suffira de voir si mes jumelles auront encore leur tonton.

     

    Je sais qu'elle ne veut pas restée ma colocataire.

    J'aimerai qu'elle le reste.


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    Le jour de mon emménagement ici, à aucun moment je n'aurai imaginé le trimestre que je viens de vivre. A aucun moment. J'imaginais ma routine d'avant en un autre décor, avec Solange en plus. J'avais tout faux.

     

    Si j'avais rencontré une voyante qui m'aurait dit que j'allais quitter mon appartement pour une maison que je partagerai avec une colocataire qui m'était encore inconnue, que la première chose que je ferai comme décoration intérieur allait être d'ajouter deux grands arbres à chats dans le salon, qu'ensuite et ce très rapidement, j'allais clôturer mon espace pelouse pour mes futures oies et mes poules pondeuses, jamais je ne l'aurais crue. Et pourtant c'est exactement ce que j'ai vécu.

     

    Quel trimestre !

     

    Et maintenant me voilà maman.

     

    Quel trimestre ! Quelle journée de clôture si je puis dite.

     

     

     

    Je me suis levée pour recevoir Lukasz, juste Lukasz. J'étais prévenue, il venait seulement pour poser les deux petits portails : celui entre chez Solange et chez moi, devant l'endroit où je gare ma voiture et celui qui empêchera les oies et poules d'entrer sur la terrasse. Il avait dit qu'il passerait tôt, vers 8h30. Il devait aussi déposer les plaques de grillage qui longeraient la terrasse. Leurs poteaux les attendent depuis les derniers travaux. Après aujourd'hui il ne devait donc rester qu'un ultime jour.

     

    Bien sûr il y avait aussi à gérer le problème du logement des volailles que Samuel avait affirmé prendre en charge. Plus de Samuel induisait plus de logement. Mais tout bien pesé, je trouvais que c'était très bien. L'idée d'avoir poules et oies me chamboulent. Je veux ce que je ne veux pas. Sauver 4 petites vies c'est bien, mais je n'arrive pas à m'imaginer m'en occuper. Je suis de ceux qui affirment aimer les animaux mais qui n'en ont jamais approché. C'est assez paradoxale, je le réalise. Si je les aimais vraiment, pourquoi ne suis-je pas plus excitée que ça d'en avoir pour amis ? Pourquoi il y a en moi un énorme frein ? A Bénédicte hier encore, via mail, je me suis justifiée en affichant mon côté stade : je n'aime pas les changements. Si je me voulais honnête, je reconnaitrais qu'il y a autre chose. Mais quoi ?

     

    Plus de Samuel, plus de logement.

    Plus de logement, plus de volatils.

    Ce matin je me suis levée pour Lukasz seul avec le sentiment que tout était très bien.

     

    En petit déjeunant, avec Geaidydy sur les genoux, j'ai regardé sur internet la période propice pour planter des pieds de vignes. J'avais déjà convertie la clôture basse entre la terrasse et la pelouse en support pour ma future vigne. Avoir des raisins m'enchantent bien plus que d'avoir des oeufs. J'avoue.

     

    Les végétaux me font moins peur que les animaux. Pourquoi je milite pour le respect animal et non pour le respect  végétal ?

     

    J'en étais à mes interrogations philosophiques quand j'ai entendu la voiture de Lukasz. Enfin c'est ce que je croyais. Première erreur. Ce fut le début d'une journée où rien ne s'est passé comme je l'avais imaginé et comme cela avait été prévu.

     

    Samuel s'est présenté, tout sourire, à 8h15. Il avait les pondoirs. Je ne savais même pas qu'il devait les faire, je ne savais même pas qu'il avait pris les dimensions de l'espace sous l'escalier extérieur. Oui il avait dit qu'il s'occuperait du logement mais je ne pensais pas qu'il y travaillait déjà. Et logement ne signifiait pas pondoirs. J'ai donc découvert qu'il avait tout mesuré puis tout découpé, façonné chez lui. Ce matin il venait assembler l'ensemble : Pondoirs, cloisons et portes.

     

    Il a été charmant. Nous avons fait comme si la dernière rencontre n'avait pas existé. Je n'ai pas abordé le sujet de sa peau mais ce fut plus fort que moi, mon regard s'est arrêté sur la forme de son pull, sur ses poignets, son cou. Col roulé, manches longues. Sa coupe de cheveux ne dégage pas sa nuque, il arbore une coiffure assez longue pour un homme. Jusqu'alors je ne le relevais pas mais aujourd'hui je me suis demandé si ceci explique cela. Tout a son projet, Samuel n'a pas vu que je le détaillais. C'est heureux.

     

    Lukasz est arrivé peu après. Il n'a pas été surpris de découvrir Samuel, au contraire, il avait dans son fourgon des pièces pour le logement des volatiles. Comment disent-ils déjà ? Voilà que j'ai encore oublié le mot. Disons que Samuel avait les parties en bois et Lukasz celles en métal. Enfin, est-ce du métal ? De l'alu ? L'alu c'est du métal ? Un clou, un truc pour fermer en quoi est-ce fait ? C'est terrible la misère de mon vocabulaire. Je ne sais même pas comment s'appelle le machin en deux parties qui permet d'ouvrir et fermer une porte. Un loquet ? Non. Enfin peu importe. Ils n'ont pas voulu de moi, et c'est très bien ainsi. Je ne suis pas une manuelle.

     

    Ils s'entendent vraiment bien ces deux là. On a l'impression qu'ils sont associés depuis toujours.

     

    Lukasz avait dit vouloir venir de bonne heure pour avoir fini avant midi. J'avais compris qu'il avait un rendez-vous ailleurs ensuite. Je n'avais pas prévu qu'il resterait manger. Quand j'ai vu Marie-Pierre et Solange entrer dans la maison, je n'ai pas compris. Elles avaient les bras chargés, très chargés. Elles arrivaient avec le repas, tout le repas, bouteilles comprises. L'exclue cette fois ce n'était pas Solange mais moi. Tout le monde était dans la confidence sauf moi. Voir Solange et Marie Pierre ce fut encore plus un choc que de voir Samuel et ses deux nids de poules.

     

    Elles ont débarqué vers onze heures et demi. Les garçons venaient de passer leur matinée à construire le poulailler. Nous sommes allées les rejoindre.

     

    Jamais je n'aurais imaginé que j'aurai pu en être à ce point, émue.

     

    Quand nous sommes arrivées toutes les trois pour dire aux hommes que le repas allait être servi, quand j'ai vu les murs en lambris, les deux fenêtres, la porte haute pour moi, la mini porte pour les poules, la moyenne pour les oies, mes yeux ont piqué. Et quand j'ai ouvert pour voir l'aménagement intérieur, les larmes ont coulé. C'est bête je sais, mais je ne sais pas pourquoi l'émotion fut immense. C'est un peu comme la réalisation de quelque chose, c'est un peu comme mettre un berceau dans la chambre de l'enfant que l'on porte. Ce n'est plus vraiment un simple projet, c'est déjà du concret.

    Un dessous d'escalier ce n'est pas grand et pourtant, une fois aménagée, c'est mignon comme tout. Alors oui, j'en ai eu les larmes aux yeux de bonheur d'avenir.

     

    Sur l'instant je n'ai été qu'émoi mais maintenant quand j'y repense, je suis heureuse de ce que j'ai ressenti. Mon corps m'a prouvée qu'en dépit de mon frein mental, j'ai envie de recevoir quatre plumées. Si je n'en voulais pas au plus profond de moi, j'aurais eu une réaction de recul, de rejet alors que là ... Oui c'est comme si le berceau du bébé était dans la chambre vide.

     

    Vézane - Eschéa - Shiroishi - Youpi un jour seront là.

    Adieu ma vigne.

     

     

    Samuel n'a pas voulu que les pondeuses et les oies vivent ensemble. Les oies vivront en bas. Les poules au premier. Elles ont un escalier. Leur porte est petite pour que les oies n'entrent pas. Il est persuadé que les oies peuvent déranger les poules en train de pondre. Je dois bien l'avouer, je n'y avais pas réfléchi. Il a peut-être raison. Comme l'a dit Solange : "On n'est jamais trop prudent".

     

    C'est vraiment superbement bien conçu. Pas très grand, mais adorable.

    Je ne peux plus reculer, oies et poules doivent venir.

     

    Solange a proclamé que l'une des oies allait se nommer Gédéon ou Gédéone. Personne ne lui avait résumé le discours hallucinant qui avait eu lieu pour les nommer. Aussi elle fut surprise quand un NON commun est monté au ciel. Les prénoms étaient déjà choisi, mais personne n'arrivait à s'en souvenir. J'avais beau leur affirmer que nous nous étions arrêté sur Vézane et Eschéa pour les poules, personne ne voulait me croire. Nous sommes entrés dans la maison en parlant tous ensemble. Samuel a retrouvé Shiroishi en chemin. Il faut dire que c'est de son cru. Mais il affirmait que c'était le nom de l'une des poules, alors que c'est l'oie. Heureusement que la porte du frigo détient la vérité, qu'elle a pu leur prouver que je suis la seule à avoir une bonne mémoire. Preuve encore s'il en faut que je tiens déjà un peu à mes plumées.

     

    Nous étions tous tellement concentrés sur le sujet, sur la porte du frigo et son post-it que nous n'avons pas entendu Zofia entrer.

     

     - Calmez-vous vous allez leur faire peur, nous a ordonné Zofia en refermant la baie vitrée derrière elle.

     

    Nous avons tous oublié le frigo pour nous retourner vers elle et découvrir  à ses pieds  une boite en carton avec des triangles d'aération découpés.

     

    Mes poules. Illico j'ai pensé et articulé "mes poules".

     

    Samuel et Lukasz venaient de monter le logement en urgence car Zofia arrivait avec les poules. Les oies ce n'était pas possible, elles sont dans le Périgord, ou plus exactement elles y seront un jour, car pour l'heure elles ne sont pas encore nées. Les poules ne devaient certes pas plus me venir par Zofia, puisque commandée à une amie militante anti cage comme moi. Je ne sais pas pourquoi mon instinct m'a fait sentir poules plus que oies. Il devait considérer les poules plus plausible que les oies.

     

    Mon coeur a bondi en ma poitrine dès que mes yeux se sont posés sur le carton au sol. Guénady est arrivé en même temps que moi devant lui. Zofia s'en était écartée, elle avait rejoint les autres qui me laissaient à ma découverte. Les poulettes ne bougeaient pas, n’émettaient aucun son. Comme elles devaient être stressées. J'avais mal pour elles.

     

    Il m'a été difficile d'ouvrir le carton, passant mon temps à repousser Guénady. J'avais peur qu'il leur fasse mal. J'avais peur qu'elles lui donnent un coup de bec. Déjà dans les yeux, j'avais des jeunes poules. Vézane la grise et Eschéa la rousse.

     

    Quelle surprise.

     

    Quelle émotion.

     

    Je me suis redressée, me suis retrouvée assise sur mes pieds comme si un poing venait de bondir de la boite, pour me mettre k-o. Guénady, lui, a sauté dans le carton.

     

    Deux mini chatons. Il a rejoint deux mini petites boules tricolores. Je n'y connais pas grand chose en chat mais Bénédicte m'a appris que les roux sont des garçons et les tricolores comme les écailles de tortues, des filles.  Guénady a rejoint deux chatonnes non deux poulettes. Il s'est couché dans le carton, et elles lui ont marché dessus. Adorable image. Divine vision.

     

    Je ne sais pas combien de temps tout cela a duré, je sais juste que j'ai repris conscience de la présence de tout le monde à cause du mot Arlequin. Ils formaient un cercle autour de nous quatre.  J'ai cru qu'ils recommençaient à me surnommer Arlequin, que l'un deux me posait une question, mais non, c'est le chaton qu'ils nommaient Arlequin. Tout le monde savait que Zofia me l'emmènerait aujourd'hui. Même Solange semblait de la confidence. Par contre personne ne s'attendait à ce qu'Arlequin arrivent avec sa soeur.

     

    Je suis incapable de dire à qui appartiennent les mains qui ont volé les bébés à Guénady. Je sais juste que Guénady s'est retrouvé seul au fond du carton, et qu'ils ont tous migrés au salon avec les deux mini merveilles.

     

    Il a bien fallu que je finisse par me relever.

     

    La maman des puces vit chez les patrons des parents de Lukasz. Elle a fait une nouvelle fois des bébés, et une nouvelle fois ceux-ci ont été proposé aux proches, amis et employés. Halka a dit à ses parents qu'un chat tricolore c'est un arlequin donc c'est un chat né pour moi. Voilà pourquoi ce matin Zofia a été le chercher dans le but de me l'apporter. Ce qu'elle n'avait pas prévu c'est qu'il y avait deux chatonnes tricolores.

     

    Il m'a fallu plus de cinq heures pour comprendre qu'elle m'avait emmené les deux pour que je fasse mon choix. Tout le monde l'avait compris à la première seconde, pas moi. Pour mon coeur, mes yeux, mes oreilles, Zofia avait pris les deux pour que je garde les deux. Comment peut-on choisir ? Ce sont des petites jumelles. On ne sépare pas des jumelles. Je ne suis pas Dieu, je ne peux pas pointer du doigt et dire "toi ton avenir sera, et toi le tien ne sera pas". Non ça je me refuse à le faire.

     

    Elles sont toutes mignonnes mes arlequins sur fond noir. Elles ont un visage qui semble avoir été peint par Pablo Picasso. Arlequin est un prénom pour matou non pour une belle demoiselle. Elles sont donc les demoiselles Pabla & Picassa ai-je prétendu. Personne n'a tiqué. Il faut une force de caractère comme celui de Halka pour oser me répondre que c'est moche. Personne ne m'a contredite. Ils ont juste voulu savoir qui est Pabla et qui est Picassa. Alors j'ai décidé que Pabla au prénom le plus court était celle au plastron blanc le plus petit.

     

     

    Il ne fut question de Halka qu'au moment où Zofia l'a évoqué pour dire que c'était son idée. Personne n'a demandé de ses nouvelles, personne n'a voulu savoir où elle était, quand elle déménagerait. A croire qu'elle n'a aucune importance pour personne.

     

    Moi j'y pense. Et j'y pense encore.

     

    Après le repas, les hommes sont allés poser les deux portails. Solange a voulu partir avec ses plats sales pour les laver seule chez elle. Zofia, Marie Pierre, Guénady et moi sommes restés à l'intérieur admirer, dorloter les petites boules de poils.

     

    Au moment de partir quand Zofia m'a demandé laquelle je gardais, laquelle elle reprenait, mon coeur s'est soulevé comme si on voulait me voler l'un de mes enfants. Jamais je n'avais encore senti ce côté lionne en moi. Il s'est éveillé en moins de temps qu'il faut pour le dire. C'est fou la vitesse de l'enracinement de l'amour.

     

    Quand tout le monde est reparti, Solange est réapparue. Elle voulait savoir laquelle j'avais choisi. Elle m'a trouvée à quatre pattes en train d'expliquer à Guénady que ses mini petites copines étaient très très petites, qu'il devait calmer ses ardeurs. Elle m'a prise en photo avec son téléphone.  Photo qu'elle m'a basculée en mail, photo que j'ai offerte à Bénédicte et Halka dès son départ.

     

    Je suis maman. J'ai des jumelles.

     

    C'est en voulant noter leur prénom sur le mail commun que j'ai réalisé que vraiment non ce n'était pas possible de les affubler de prénoms si médiocres. Alors j'ai conclu le mail sans fournir l'information. Je pensais que Bénédicte sauterait sur son téléphone dès lecture du mail. Je disposais de bien peu de temps pour les baptiser.

     

    Elles dormaient tels des anges. J'ai pris Guénady dans mes bras, et nous sommes sortis réfléchir à l'air libre. J'ai découvert alors le grillage posé en plus des portails. Lukasz et Samuel avaient tout fini. Le grillage était complétement posé. Je n'en suis pas revenue.

     

    Je m'attendais à ne pas trop aimé voir du grillage, certes peu haut,  séparant la pelouse de la terrasse. Mais non, ce n'est pas moche. Guénady non plus n'y voit rien à redire, il a sauté par dessus comme si il avait toujours été là. Je suis retournée voir le logement de mes poules. L'émotion était dépassé.

     

    Le téléphone demeurait silencieux tout autant que mon inspiration.

     

    J'ai mangé assise sur le tapis pour garder les yeux sur les Pépettes. Guénady semble énorme à leur côtés. C'était plus fort que moi, je ne parvenais ni à me taire ni à articuler à haute voix. Je lui murmurais combien il allait devoir être un grand oncle gentil, combien il allait lui falloir de la patience avec les deux poupées quand dans mon flot de mots sont venus les prénoms. Je les ai répétés et ce fut à mes oreilles comme une évidence. Aussi quand enfin Bénédicte a téléphoné j'ai pu sans hésiter lui dire que celle qui avait les deux petites mains blanches, la joue droite et le nez roux était Macha, et celle qui avait aussi la joue droite et le nez roux mais avec un trait de crayon blanc vertical entre le roux du nez et le noir du côté gauche était Chama. Le grand plastron blanc de Chama, sa taille rousse sur le dos, la différencie de Macha presque totalement noire. Il faut voir de très près Macha pour réaliser que son noir et moucheté de roux par endroit. En grandissant je pense qu'elle paraitra plus rousse qu'aujourd'hui. Chama a le ventre presque tout blanc. Les reconnaitre ne sera pas difficile.

     

    Je suis maman.

    Et donc j'ai déjà peur pour elles. Que vont-elles vivre sans moi demain ?

     

    J'ai fait 3 SMS à Halka suite à mon mail avec la photo de Solange puis celui avec les trois photos de Guénady en tonton parfait.

     

    Elle doit se rire de moi.

     

    Dans le 1 je la remercie de me les avoir envoyées pour m'aider à survivre après son départ et celui proche de Guénady.

    Dans le second je lui dis qu'il faut qu'elle revienne, que je ne m'en sortirais pas seule.

    Dans le dernier j'affirme qu'il serait cruel de séparer l'oncle de ses nièces, qu'elle faut absolument qu'elle revienne.

     

    Oui je veux que Halka revienne. 

     

    A la mort de Xavier 100% de ma joie de vivre s'est éteinte. Je suis restée comme un automate vide. Si automate vide que je n'avais même plus d'émotion pour réaliser que je ne ressentais plus rien. Il m'a fallu des années pour prendre conscience que  je vis sans joie. Je m'active mais il y a comme un mur infranchissable entre le monde et moi. Plus rien ne touche ma sensibilité. Je me croyais sans vie, morte tout autant que Xavier. Halka m'a fait réalisée que cette joie n'est pas morte, mais seulement paralysée en moi. Halka a plusieurs reprises est parvenue à la faire s'éveiller, s'exprimer. Sans elle je n'arriverais pas à la faire renaitre en totalité. Oui je veux qu'elle revienne.  J'ai besoin d'elle pour m'en sortir.

     

    Je n'ose pas lui envoyé un autre sms, le message est trop juste. Je l'ai écrit : SOS ne m'abandonne pas. Je me peux pas envoyé ça, alors j'efface et me blottie contre Guénady.

     

    J'ai besoin d'Halka pour renaitre à l'émotionnel.

    Mais elle ne reviendra pas.

    Elle m'a envoyé les chatonnes pour pouvoir reprendre Dydy sans se culpabiliser.

     

    Ma première soirée de maman commence dans une profonde tristesse.

     

     


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