• 6

    Je ne sais même pas pourquoi je regarde. Je sais n'avoir aucun message. Elle n'a aucune honte, au contraire, elle doit être fière d'elle, peut-être même s'en est-elle vantée à sa soeur, soeur qui à l'heure qu'il est doit être jalouse de ne pas avoir eu la même opportunité qu'elle. Elle s'en ait peut-être ouverte à son père, aussi. L'homme que j'aime lui aurait flanqué une gifle magistrale, mais celui qu'il est devenu doit lui avoir augmenté son argent de poche. Lui aussi doit lui envier sa chance.

     

    J'ai toujours été proche d'elle. Angélique a connu Vidia, elle avait cinq ans quand je suis entrée dans leur vie, mais Aurore n'était qu'un tout petit bébé. Elle n'avait pas ses quatre mois la première fois que je l'ai prise dans mes bras, et a ses dix mois je ne l'ai plus jamais quittée. J'étais sa maman. Vidia n'existait pas pour elle, il n'y avait que moi. Comment de fois Jean Christophe m'a dit que nous étions deux singes ensemble. Maman singe et son bébé singe qu'elle transporte partout. Elle ne savait pas s'asseoir seule dans un coin, il n'y avait que mes genoux, mon corps pour la lover. Il disait qu'elle avait souffert d'avoir passer trop de temps au fond de son berceau sans que jamais personne ne l'en soulève. Angélique du haut de ses quatre ans, criait, gesticulait, elle prenait toute la place. Il était dépassé, alors il négligeait le bébé silencieux au fond du landau. Il a fallu qu'il la voit s'accrochant à moi pour comprendre qu'il avait profité de son silence, de son immobilité.

     

    Jean Christophe a élevé Angélique. J'ai élevé Aurore.

     

    Il a voulu un enfant de moi. J'ai refusé. J'avais déjà deux filles, les siennes. Ceux de Vidia étaient mes enfants.

     

    Aurore m'aimait tellement. Je l'aimais tellement. Je ne pense pas que j'aurai pu aimer plus fort un enfant venant de mon ventre. Ma douce, ma si sage Aurore est devenue une petite fille pleine de joie de vivre.

     

    Angélique a toujours été caprice et tempête, Aurore silence et fermenté. Plus elle a grandi, plus elle s'est affermie. Angélique ne s'est pas transformée. Tout lui va, rien ne l'inspire. Une suiveuse, une sans idée. Aurore est tout son contraire. Elle sait ce qu'elle veux et tant pis si cela déplait, n'est pas populaire.

     

    Jean Christophe m'interdit sa vie. Cela fait mal.

     

    Jean Christophe m'interdit ses filles. Horrible souffrance.

     

    Je pensais que Aurore aussi avait mal. Je suis sa mère. Pas dans son sang , d'accord, mais dans son coeur, sa tête et ses tripes.

     

    Si nous sommes allés au cinéma c'était sur ma volonté, sur son désir. Comme souvent, elle m'a dit "je veux", et j'ai motivé son père et sa soeur. La machine était bien rodée. Elle savait très bien ne pas pouvoir compter sur son ainée. Elle savait très bien que Jean Christophe n'allait pas vouloir aller voir ce genre de film, un film "pour filles" comme il dit. Alors elle s'est tournée vers moi, moi qui l'aide toujours à obtenir la réalisation de ses désirs.

     

    Sa présence me manque, notre complicité me manque. Je croyais lui manquer aussi. Je pensais que cela lui manquait aussi.

     

    Ils sont chez Jean Claude et Yvonne. Elle n'est pas fan de ses grands-parents. En journée, avec ses copines, à l'école, mon absence ne se sent pas, mais le soir, le week-end entre grands-parents, père et soeur, elle doit hurler " pourquoi tu n'es pas là ?".

    Mille fois je l'ai imaginé face à son père exigeant de savoir pourquoi il m'avait jeté comme ça. Elle a assez d’aplomb pour ça. Dans mon espoir elle est un chevalier Bayard. Dans mon espoir.

     

    On revient du ciména. La rue est bloquée. Nous sortons de la voiture, courons tous vers notre maison en feu. Jean Christophe récupère ses filles et m'interdit la voiture, ils s'en vont, m'abandonnant face aux flammes.

     

    Dans mon coeur j'entendais Aurore hurler à son père "INJUSTICE", je l'entendais supplier "rends la moi". Je voyais Jean Christophe l'invitant à se taire, à monter s'enfermer dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle cesse d'exiger. J'entendais sa grande-mère lui dire qu'elle n'a toujours été qu'une effrontée, une insolente. Et je l'imaginais encore plus furieuse.

     

    Pour appuyer mon scénario si beau, j'avais vu Jean Christophe lui confisquer son téléphone portable.

     

    C'était impossible qu'elle ne prenne pas de mes nouvelles, qu'elle ne réponde pas à mes mails et sms. Il lui avait repris son portable, ce ne pouvait être que ça.

     

    Vivre sans Angélique, sans Jean Christophe j'y arrive, mais Aurore, je hurle dans mes tripes.

     

    Aurore.

    Aurore.

     

    Jamais , non, jamais je n'aurai pu imaginer qu'un jour, elle me crache dessus comme elle vient de le faire. Jamais non jamais, je n'aurai pu imaginer qu'un jour, nous ne soyons plus liées. Parfois je l'avais imaginée à mon age, avec enfants et mari. Dans mes inventions futuristes nous étions toujours amies. Séparées géographiquement oui, émotionnellement non. Pas possible, impossible.

     

    Si j'étais entrée à la maison, que j'avais trouvé Jean Christophe nu sur mon canapé avec une connue ou inconnue, j'aurai tout cassé, mais j'aurai survécu. Là je suis morte.

     

    Morte.

     

    Aurore, ma fille, ma petite, mon bébé, m'a crachée dessus.

     

    Il faut que je sorte de cette voiture, Kara Ann va finir par se demander pourquoi je reste dedans. Je la vois, sans la regarder, gesticuler derrière la baie-vitrée. Elle n'est pas seule, il y a une masse à sa gauche, une masse fixe.

     

    De me sentir épiée me fait sortir de ma torpeur, tourner la tête vers la double fenêtre. Il n'y a personne mais un immense arbre à chat. Guénady pourrait avoir des fantasmes d'arbres en corde et nid de velours, mais moi ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

     

    Jamais je n'ai eu autant de mal à m'extirper de ma voiture, à mettre un pied devant l'autre. Je n'arrive pas à voir autre chose qu'un immense arbre à chat. Il prend tout un coté de la baie vitrée. D'où sort-il celui-là ? Que fait-il là ?

     

    Je m'en fous après tout.

     

    Trouver la force de marcher, retourner sur le trottoir, longer la maison, pour aboutir à mon portail, mon escalier. Entrer par ma chambre pour ne pas devoir faire celle qui va bien, pour ne pas à avoir à raconter quoique se soit. Kara Ann est gentille, mais vraiment non, pas ce soir, ce soir je ne peux rien, je ne veux rien, je ne suis plus rien.

     

    Kara Ann regarde Guénady qu'elle vient de déposer sur l'une des plate-formes de l'arbre. Il faut que je me mette à marcher. Je n'arrive même pas à tourner la tête. Si je ne bouge pas elle va finir par me découvrir dans la cour. Aucun rideau ne voile la fenêtre.

     

    Elle gesticule des mains. Ce n'est pas la première fois que je la surprends parlant à mon chat juste avec les doigts. C'est aussi joli qu'inutile. Il n'aime que ses colliers qui pèsent une tonne et lui coulent jusqu'au nombril.

     

    Ils s'entendent bien ces deux là. Guénady n'a pas aimé vivre chez Lukasz, mais ici tout lui va. Il passe même bien plus de temps avec Kara Ann qu'avec moi.

     

    C'est joli tous les gestes qu'elle lui adresse. Je trouve encore de la beauté dans la vie. Je survivais donc. A moins que ce soit un reste de vie, la dernière goutte avant que je ne m'éteigne tout à fait.

     

    Guénady est poli, assis sur une plate-forme. Il la regarde. On dirait une maison avec une famille heureuse. Une petite fille pourrait descendre l'escalier et courir dans les jambes de sa mère. Le chat sauterait au sol, fuirait au fond de la pièce. Un homme pourrait entrer dans la maison avec un fils. Le bonheur est là devant moi. Le bonheur n'est plus pour moi, il m'est extérieur.

     

    - Halka, tu m'entends, ça va ? Halka.

     

    Kara Ann est dans la petite cour. Elle a ouvert la baie-vitrée, a quitté le salon avec Guénady dans les bras, je n'en ai rien vu.

     

    - Halka, ça ne va pas ? C'est l'arbre de Geaidydy qui ne te va pas ?

    - Guénady pas Geaidydy. Je vais partir, Guénady va me suivre. Il est à moi, à moi.

     

    D'avoir articulé des mots, m'a fait retrouver de la vie. Je traverse la cour, le salon en ligne droite. Aller n’emmurer dans ma chambre. disparaitre.

     

    Dans mon dos je l'entends qui ajoute des mots, je n'entends que ceux d'Aurore que je suis allée attendre à la sortir de son cours de poterie.

    " T'es pas ma mère, fous le camp, pouffiasse ".

     

    Je crois que le téléphone sonne dans la maison quand j'arrive sur le palier. Je ne suis là pour personne. Je ne suis même plus là pour moi.

     


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  • 5

    Si je tenais un journal intime, qu'y écrirais-je pour résumer cette demie première journée, outre le fait que je n'arrive pas à m'endormir, que je suis comme à l'affut de ses bruits ?

     

    Je devrais dire de leurs bruits.

     

    Je n'avais pas pensé qu'elle puisse arriver avec un chat.

     

    C'est fou comme nous ne sommes qu'étroitesse d'esprit. Je n'ai pas d'animaux, donc elle n'en a pas. Je suis seule donc elle aussi.

     

    C'est vraiment ignoble ce que lui a fait Jean Christophe. Je n'ose imaginer ce que j'aurai ressenti à sa place. Halka n'est que colère. Je pense que j'aurai sombré dans une profonde déprime. Dépression. Il faut une force intérieur pour basculer dans la colère. Je ne dispose pas de cette puissance là. Je ne l'ai jamais eu.

     

    Quand Solange est entrée dans mon bureau, pour m'annoncer l'accident de Xavier, qu'elle m'a dit qu'il était en salle d'opération entre la vie et la mort, je me suis évanouie. Je me suis réveillée telle une légume, une automate. Encore maintenant, sept ans après son décès, je ne suis pas certaine d'être vivante à chaque instant de ma vie. C'est très violent de devenir veuve. Mais si je vis encore, si j'arrive à rire, à oublier son absence par moment, c'est qu'il ne m'a jamais quittée. la vie l'a arraché à moi, contre sa volonté. Je suis restée plus d'un mois sans parvenir à articuler un mot, sans réussir à me tenir debout plus de deux minutes. Pourtant je savais qu'il voulait encore de moi. La Mort l'a kidnappé. Là où je ne suis pas, il hurle de douleur autant que moi sur la Terre. Notre amour ne s'est jamais éteint.  C'est pour ça que je respire encore. Nous sommes éternellement unis.

     

    Mais pas eux.

     

    Il faut être sérieusement vivant pour exprimer une colère. Halka est admirable.

     

    Si j'avais été elle, je pense que je me serais suicidée. Pourquoi se cacher la vérité. Oui, je me serais suicidée. Ratée peut-être mais suicidée. Je suis sidérée par sa force. Admirative.

     

    Quand elle est arrivée à la maison, son mépris, sa colère me l'ont faite détestée. Tel un automate, je lui ai présentée la maison. Plus la visite avançait, plus je me repliais en moi, agressée par sa colère. Dans la salle de bain, j'ai voulu lui dire "ok, on arrête là" mais mes pieds ont pris le chemin de l'escalier, des chambres. C'est aussi mon automate qui lui a offert un café suite à la visite, mais c'est bien moi qui lui ait demandé de s'installer. J'aurai été peinée qu'elle parte.

     

    Son frère m'avait juste dit qu'elle se retrouvait sans logement suite à l'incendie du sien. C'est vrai, mais tellement loin de la réalité.

     

    L'entendre déverser sa colère contre son frère qui l'oblige à venir chez moi, sa haine contre son amoureux, m'a figée sur place. Cette femme est un roc. Je n'arrive pas à sa cheville. Admiration. Vraiment.

     

    Nous sommes trop différentes pour devenir amies. Je sais qu'elle ne restera pas longtemps à la maison. Elle a convenu qu'elle payerait son loyer chaque semaine, pour pouvoir partir très rapidement. Je suis heureuse de pouvoir l'aider. Elle mérite plus que personne d'autres d'être aidée.

     

    Halka a rencontré Jean Christophe en boite de nuit un soir de réveillon du premier de l'an. Ce fut un véritable coup de foudre pour elle. Comme pour moi, sauf que moi j'ai rencontré Xavier à l'anniversaire de son frère avec qui ma copine de classe, Vidia, sortait.

     

    Elle l'a isolé de la foule. Il était le plus bel homme du monde. Xavier était tout seul dans son coin. La musique était trop forte, il lisait comme si elle n'existait pas. Je ne voyais pas vraiment son visage, juste sa concentration et son bras qui n'était que peau et os.

     

    Elle s'est approchée de lui, comme moi, et n'osant pas casser la conversation qu'il menait avec des individus dont elle n'a aucun souvenir, elle a glissé sa main dans la sienne, pour qu'il la sache à son côté. Il a baissé les yeux vers leurs doigts, les a remonté le long de son corps, jusqu'à son visage puis, il a repris sa conversation, la laissant attendre son tour. Je suis allée m'assoir face à lui et lui ai demandé ce qu'il lisait. Bien sûr il ne m'a pas entendu, donc répondu. Alors comme Halka, j'ai fait preuve d'audace, j'ai soulevé le manuscrit pour pouvoir en lire le titre, l'auteur. Graham Greene - La puissance et la gloire. Je m'en souviens encore. Le lendemain j'ai acheté cinq livres de poche de Greene, auteur que je ne connaissais pas. Je les ai lu au plus vite. J'ai détesté Graham Greene. Ce fut tragique. Il fallait que j'aime son auteur préféré. Il m'a fallut des mois pour osé lui avouer que non vraiment non, cet auteur ne m'accroche pas. J'avais honte. C'était un peu comme si je n'étais pas à sa hauteur. Xavier ne se souvenait même pas quel livre il lisait le jour de notre rencontre. Ce n'était pas du tout son auteur préféré, c'était juste la seul occupation qu'il s'était trouvé avant mon arrivée.

     

    Ils sont sortis ensemble trois années durant. Nous ne nous sommes jamais quittés. Il l'a quittée pour la femme qu'il a épousé et avec qui il a eu ses deux enfants. Elle a additionné les amants. Et puis elle a appris que sa femme était morte en donnant naissance à leur seconde fille. Alors elle est retournée glisser sa main dans la sienne. Elle m'a dit qu'elle était allée reprendre sa place. Reprendre sa place. Comme je comprends bien ces mots.

     

    Ils sont restés seize ans ensemble. Si j'y ajoute les trois d'avant, ils ont partagé dix neuf années. Comme nous.

     

    Une voiture m'a tué Xavier. Sans cette voiture, nous serons encore ensemble. Ils sont allés tous les quatre au cinéma. Quand ils sont revenus dans leur rue, ils ont compris que quelque chose se passait. Ils sont descendus de voiture. Leur maison brûlait. Les pompiers ne les ont pas laissé approcher, les flammes étaient très grandes, l'incendie trop virulent. Jean Christophe a fait remonter ses deux filles dans sa voiture, et a annoncé à Halka qu'entre eux c'était fini.

     

    Plus tard, son frère, prévenu, l'a emmené chez lui.

     

    Elle n'a plus jamais entendu le son de sa voix, elle est interdite de lui. Et d'elles.

     

    Comment peut-on survivra à ça ?

     

    Un jour elle n'aura plus de force pour alimenter sa colère. Ce jour là elle s'effondrera. 

     

    Cette histoire me chavire.

     

    Je ne l'entends plus, elle dort s'être couchée.

    Peut-être dort-elle ?

     

    Comment m'a t-elle dit que se nomme son chat ? Cela comment par geai. geaidydy. Non, ce n'est pas ça. Je ne sais plus.

     

    Demain je ferai un mail à Bénédicte pour lui dire que j'ai un colloc noir bien rondouillard. Elle n'en reviendra pas, moi qui ai toujours refusé d'avoir un animal chez moi.


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  • 4

    - On est arrivé mon Dydy. Moi non plus je ne suis pas heureuse d'être là, crois moi. Courage. Souviens toi. Je t'ai promis, si il y a un sale chien ou une miniature à deux pattes, on fait demi-tour. Et même si il n'y en a pas, on fait demi-tour.

     

    Mais elle est fan d'arlequin où quoi celle-là !

     

    - Mon Dydy on va dormir à l'hôtel cette nuit, compte sur moi. Je reviens dans deux minutes. Laisse moi juste le temps de dire à Arlequin que cela ne va pas être possible.

     

    Mais où donc elle a bien pu acheter une jupe pareil ? Et ses colliers ? Elle en a au moins pour dix kilos autour du cou. C'est Arlequin déguisé en sapin de noël.

     

    - Bonjour vous êtes Halka, moi c'est Kara Ann.

    - Et votre soeur c'est Jade Marie ?

    - Vous la connaissez ! Vous avez vécu dans les Vosges ?

     

    Ce n'est pas possible ! Je me fous d'elle, et elle ne s'en rend même pas compte. Pire sa mère est encore plus dingue ! Elle a nommé sa fille Jade Marie ! Et l'autre Kara Anne ! Mille euros qu'elles ont un frère prénommé Rubis Pierre. A moins que ce ne soit Saphir Paul. Quelle famille de cinglés ! Je ne vais pas rentrer la dedans moi.

     

    Il faut que je change de ton. Ce n'est pas de sa faute si sa mère est frappée. Je vais me calmer, et lui dire poliment que je m'en vais.

     

    Non mais la pauvre, elle a fait quoi de son intelligence ? Elle est en phase finale de dépression ou quoi ?  Personne ne lui a appris que pour s'habiller, il faut une base de noir puis au maximum deux couleurs. Rien que sa jupe, elle compte au moins vingt huit couleurs. Et son col de chemisier sous son pull olive, il est totalement psychédélique. Il y a des années lumière que plus aucun magasin ne fournit de tels horreurs. Et puis c'est quoi des lunettes pareil, elles doivent peser une tonne ! Et cette frange ! Elle compte plus de cheveux que mon crane n'en possède. La pauvre ! Elle n'est vraiment pas aidée par la nature. Elle travaille avec les animaux ou avec les aveugles ? Elle veut vraiment rester célibataire cette fille. Enfin tout de même, rien que pour elle, elle devrait faire un effort. Mais où trouve t-elle ses fringues ? Petite question comme ça, pour me rencontrer, elle s'est mise sur son 31 ou m'offre-t-elle sa version négligée ?

     

    Bon ok ce n'est pas de sa faute si sa mère est folle des pierres précieuses, si elle n'a aucun goût et si je suis de mauvaise humeur, alors, plus d'agressivité, c'est poliment que je vais lui expliquer que je suis là contre mon gré, que Lukasz m'a fait un sale coup et que je préfère l'hôtel à sa bicoque.

     

    Bon soyons honnête ce n'est pas une bicoque, c'est même super jolie chez elle. Si je m'écoutais moins et l'entendais plus, ce serait plus poli. Mais enfin oui je suis en colère, et oui cette colère a le droit de s'exprimer.

     

    Comment ne pourrai-je pas être en colère ! Cela ne faisait que deux semaines entières que j'étais chez Lukasz. Il est mon frère tout de même, deux semaines ce n'est rien. Quand Sofia a été hospitalisé, il a bien été content de nous coller ses deux gosses. Aloïse est restée plus d'un mois entier. Et Charles est au moins resté trois semaines. Merci pour la mémoire frèro. Si cela les gênait autant de me voir dormir sur le canapé de la mezzanine, pourquoi ne pas me le dire en face, j'aurai chercher un appart. C'est vrai que je me suis installée chez eux, sans prévenir, et qu'ensuite je n'ai rien fait pour en repartir. Mais deux semaines, qu'est-ce que deux semaines? Si je le gênais, il pouvait me dire : " Halka j'aimerai que tu te mettre à chercher un logement". Mais non, il fait le frère protecteur. "Reste aussi longtemps que tu le désires, Kochanie", mais par derrière mon dos il fait tout pour me virer.

     

    Non mais comment je pourrais digérer !

     

    Je rentre du boulot, Zofia me demande, avec un grand sourire de super copine, si je veux un café, et comme elle ajouterait " et un gâteau avec ?", elle ajoute un logement. Ton frère ! Pas son mari, non non, mon frère, m'a trouvé un logement. Et puis elle file en vitesse. Quoi quoi un logement. Elle me fuit, prétend n'en savoir pas plus. Et elle pense que je vais la croire. Bien sûr qu'elle en savait plus. Ok il lui a fait un sms, mais déjà pourquoi à elle et pas à moi. J'ai un portable aussi, moi. Zofia a autant de curiosité que l'arlequin a des kilos en trop, donc elle aussi a envoyé un sms : Où quoi ? Et Lukasz lui a donné des détails. Forcément qu'elle a eu des détails, même si elle me prétend le contraire. Sale lâche.

     

    Alors oui je suis en colère contre Zofia qui n'a aucune honnêteté. Je suis en colère encore plus contre Lukasz.

     

    Je suis en colère contre ce frère qui me prend pour une vieille ado attardée. Ce n'est même pas un appart qu'il m'a trouvée, c'est une colloc. Comme si je n'étais pas assez mature pour me gérer seule.

     

    En plus bonjour, comment il m'a présenté ça. Il attend que l'on soit tous passé à table. On se tient bien à table. On ne fait pas d’esclandre devant les gosses. Sale lâche.

     

    Et puis c'est quoi cette histoire l’hôpital. Il a été y voir Gildas, à l'hôpital. Je ne sais même pas qui c'est celui-là. Les frères normaux qui cherchent un appart pour leur soeur poussent les portes des agences immobilières, mais le mien va à l'hosto rencontrer un type dont je n'ai jamais entendu parler. Formidable. C'est super. Mon frère va rendre visite à un éclopé et le seul sujet qu'ils trouvent est "comment ce débarrasser d'une frangine encombrante". Il était dans quel service ? L’hôpital psychiatrique ? Leur première idée ce fut quoi ? Le vide ordure ? La morgue ? Bref idée lumineuse : Arlequin sapin de noël qui se cherche une colloc. SOS amitié, elle ne connait pas ? C'est par téléphone, personne ne peut la fuir pour sa laideur, là-bas.  Une femme super sympa, affirme Lukasz à ses gosses. Tu m'en diras tant. Il se font de moi. Quand il l'a vu arrivée avec ses fringues découpées dans les papiers peints des années soixante, il a senti des ondes de sympathie. Il se fout de ma gueule. Elle n'est pas sympa chez femme, elle est dégantée. Tu m'étonnes qu'elle cherche une colloc, aucun mec ne doit vouloir d'elle. Et bien qu'elle adopte un chien. Les chiens s'en foutent des couleurs, ils voient le monde en pastel. Moi je ne veux pas de colloc. Non mais quel horreur, elle va mélanger mes fringues aux siennes dans la machine, et toute ma garde-robe va être foutue. déjà qu'il ne me reste rien.

     

    Ce qui me fout le plus en pétard, c'est qu'il me bazarde à la première psychédélique venue. Quand Lukasz a vendu sa moto il a fait subir un interrogation digne de la DST aux acheteurs. Personne n'était assez bien pour elle. Il a préféré la garder dans un coin du garage. Mais moi, je ne peux pas restée trois semaines dans sa mezzanine où il ne met jamais les pieds. Il lui a peut-être même déjà versé les trois premiers mois de loyer pour être sur de se débarrasser de moi. Rubis Pierre est surement moins salaud avec ses frangines. tous les mecs sont des salauds. Elle a raison Arlequin, vive le célibat.

     

    Il faut que je me calme. Que je me calme. Elle n'y peut rien Arlequin Kara Diamant si Jean Christophe et Lukasz sont des enflures.

     

    Il y a un truc que je ne comprends pas. Comment peut-elle être si mal fagotée et avoir une si chouette maison. Parce que bon, ok je suis en rogne, mais c'est classe ici. Le  canapé d'angle immense est sensas. Et la bais vitrée en face, avec sa table de terrasse en bois. J'adore. Et cette cuisine. Vraiment génial l'espace, la luminosité. J'adore trop cette pièce.

     

    Non mais ce n'est pas une chambre ça, c'est un palace. Douche, lavabo, toilettes privative, trop trop bien. Hallucinant ! Dans cette chambre, il y a un lit pour deux, un canapé, un bureau, et il reste encore plus d'espace que dans ma chambre à la maison. Et cette porte qui s'ouvre sur un escalier extérieur, sur une petite cour rien que pour moi. C'est un petit paradis ici. Et la pelouse devant la maison est immense.

     

    Guénady tu vas adoré.


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  • 3

    Je tourne en rond.

     

    Il avait dit 15 heures, il est 15 heures 02. Elle n'est toujours pas là.

     

    Je tourne en rond depuis plus d'une demi-heure. Aimera-t-elle ma maison ? Nous entendrons nous ? Respectera-t-elle mon intimité ? Est-elle sale, bruyante, bordélique ? Et si elle avait mille copains qui débarquaient à tout de rôle ?

     

    Mais qu'est-ce qui m'a pris !!!

     

    Dans quoi je m'embarque ?

     

    Solange m'a dit que ce n'était que folie. Je n'aurais pas du lui en parler. En même temps, elle s'en serait aperçu rapidement, autant la prévenir avant.

     

    Elle dit que tout cela n'est que folie. Je le pense, même si j'ai prétendu le contraire. Pourquoi ne le lui ai-je pas avoué ? Pour ne pas paraitre plus idiote que je ne le suis ? Pour lui donner l'illusion que je maitrise une situation qui m'échappe ? Pour taire une partie de moi que je n'aime pas ? Ce doit être ça. Oui c'est quelque chose de cet ordre. 

     

    J'ai agi par mémoire. Et je déteste. Je déteste qu'un autre que lui m'ait aspirée, envoutée, de la même manière. Voilà ce que je ne peux pas avouer à Solange. C'est de l'ordre de l'infidélité. Bénédicte rigolerait. Je ne peux pas être infidèle à un mari mort depuis 7 ans, avec un homme qui ne m'a même pas touché la main ou la joue. Bénédicte rigolerait. Moi je panique à attendre. Je devrais l'appeler juste pour l'entendre rire. Pour me faire oublier que je suis aux portes de l'enfer.

     

    Mais qu'est-ce qui m'a pris !!!

     

    Mais dans quoi je m'embarque ?

     

    Bénédicte assieds toi et écoute ça. Il était une fois, une gourde, moi, qui va à l'hôpital dans le cadre de son travail. Elle voit dans les couloirs un homme en fauteuil roulant. Elle écarquille les yeux, les neurones en alerte. Gildas, c'est Gildas ? Il tourne la tête, la gourde est cuite, il lui faut allait le saluer. C'est alors que la gourde passe de 12 litres à 1 200 litres, gourde XXL. A son côté, il y a un parfait inconnu. Le décrire. Impossible. La gourde n'en a rien vu. Ah si, il lui manque une phalange à la main gauche. Ou droite d'ailleurs. Bref il y a un corps, près de Gildas, un corps assez grand, ou pas, au doigt mutilé qui dégage des ondes qui propulsent la gourde au jour de la rencontre avec son grand amour. 26 années d'effacées en un centième de seconde. Une gourde ado répond oui à tout, mais  une gourde XXL ado dingue ne répond à aucune question, elle fait les questions suivies de réponses amenant d'autres questions pour d'autres réponses et ainsi offrir sur un plateau au doigt sans dernière phalange son souhait non formulé mais réalisé.

     

    Si je raconte ça à Bénédicte elle va rire trois heures durant.

     

    Et dans 3 heures quand enfin elle pourra articuler un mot, elle me rappellera que c'est tout moi. Je ne fais rien pendant des années, et puis BOOM, je fais  un très très grand n'importe quoi.

     

    Bénédicte me connait par coeur. Solange c'est différent. Solange me croit ... Je ne sais pas ce qu'elle croit, mais je sais qu'elle ignore mes dérapages.

     

    J'ai honte de moi.

     

    Vieillir ne m'améliore pas.

     

    Mais qu'est-ce qui m'a pris !!!

     

    Dans quoi je m'embarque ?

     

    15 heures 07.

     

    Y a t-il une chance pour qu'elle ne vienne pas ?

     

    Je suis tellement dingue que je n'ai aucun numéro, aucune adresse pour la joindre. Ou lui. Une gamine de 8 ans aurait agi avec plus d'intelligence que moi.

     

    Mon Dieu une voiture entre dans la cour.

     

    J'ai vraiment fait une connerie.

     

    Sourire et assumer.

     

    Quelle conne je suis.

     

     

    Et elle ! Elle ne doit vraiment pas être très intelligente pour avoir accepté.

     

    Mais qu'est-ce qui m'a pris !!!

     

    Dans quoi je m'embarque ? Mais dans quoi je m'embarque !


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