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    Je suis lasse.

    Cela ne cessera donc jamais.

     

     

    Non seulement toutes ces images sont éprouvantes, mais les turbulences de mes nuits cassent mon sommeil. Chaque matin, je me lève un peu plus fatiguée. J'en suis réduite à faire des siestes avant le repas du soir, après celui du midi. Et pour aucun profit. Jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi exténuée qu'aujourd'hui.

     

     

    Comme je fus naïve de croire que quelques nuits d'absence annonçaient la fin définitive des cauchemars. Comme je fus naïve !

     

     

    Aujourd'hui j'ai l'impression que ma tête, le fou qui y siège, a stoppé les émissions de cauchemars suite à la rencontre avec un vrai Samuel. A croire que j'ai réussi à le désarçonner. Je ne sais pas pourquoi je pense comme ça, mais c'est ce que je ressens.

    C'est comme si le fou là-haut se sentant tout puissant s'amusait à bombarder mes nuits d'appel de détresse sur fond de flammes. Comme si plus je perds pied, plus il se renforce. Alors quand  je lui offre un vrai Samuel, il en est perturbé. C'est un peu comme si j'avais changé de stratégie et qu'il ne s'y était pas attendu.

    Fini les implorations de paix.

    Cadeau d'une livraison de Samuel.

     

    Je sais, cela semble crétin ce que j'essaie d'exprimer mais c'est comme ça que je le ressens maintenant. Le fou de mon cerveau a cessé de me bombarder quand je lui ai offert l'exact opposé à ce qu'il attendait de moi.

     

    Mais il a repris ses esprits, il a repris la guerre.

     

    Je suis découragée.

     

    Quand on a un ennemi il ne faut pas l'éviter, le fuir, il faut l'analyser puis ensuite lui rentrer dedans en passant par son point faible, sa porte d'entrée.

    Quand on a une maladie, il faut confier son corps à la science, et s'empoisonner à coup de médocs pour la faire fuir.

    Mais là, quelle est la solution ?

    Contre qui je me bats ?

    Qui est ce fou logé dans mon cerveau ?

     Comment mener une guerre contre un créateur de cauchemars ?

     

     

    Il n'a pas aimé que je pactise avec un vrai Samuel. Il a été désarçonné d'abord, mais l'essentiel est qu'il n'ait pas aimé. J'en paie le prix aujourd'hui. Les attaques, les cauchemars sont plus violents. La danse des flammes ne faiblit pas. Au contraire.

     

    D'ailleurs, détail surprenant :

    Je ne l'ai réalisé que récemment, il y a quelque chose d'étrange. Les flammes n'ont aucune chaleur. C'est un peu comme si il y avait un écran entre elles et moi. Je me demande si il s'agit bien d'un écran de protection ou un fait me permettant de mesurer mon éloignement au brasier. Est-ce que cela n'annonce pas simplement la distance qui me sépare de ma chute finale ?

     

     

    C'est comique. C'est vraiment comique.

    Zofia, maman, papa, Lukasz, et même Kara Ann m'invitent à prendre rendez-vous chez un psy. Ils ont tous la même obsession. Mais il va m'interner d'office si je lui résume ma réalité.

     

    " Bonjour doc, alors voilà. Un soir mon mec m'a plantée dedans notre maison en flammes. Pourquoi ? Car c'est un con. Déjà.  Ensuite parce que je n'ai pas comme lui pensé "merde la TV, l'ordi, le canapé dont on n'a pas fini de payer le crédit ..." Non, voyez vous doc, moi quand j'ai vu la maison en flammes j'ai hurlé mille fois le prénom de Samuel.

    Qui est Samuel ?

    Je n'en sais rien.

    Non non doc, ce n'est pas là qu'il faut vous mettre à me prescrire des trucs pour tuer ma folie, attendez la suite, vous allez pouvoir tripler la dose.

     

    Donc là, face à ma maison qui brûle, je me fous de ma super paire de bottes que je viens de m'acheter 89€, de mes dizaines de jeans, et de mes robes super classes, moi j'appelle Samuel, un mec que je ne connais pas.

    Pourquoi ?

    Et bien voilà, on y arrive : parce que dans ma tête il y a un créateur de cauchemars qui n'aime pas les gens qui dorment. Je ne sais pas comment il est entré dans ma tête, mais je vous jure qu'il y est.

     

    Au début le créateur a été cool. Il a commencé en douceur. Des flammes, juste des flammes. Et puis il a donné un tour de vis. Les flammes cachaient Samuel, un Samuel qui brûle. Mais les flammes le cachent si bien que je ne le vois pas. Je sais juste qu'il brûle.

    Comment je le sais ?

    Le créateur est dans ma tête, il n'a donc pas de difficultés pour me passer une info. Bref voilà, la nuit je suis réveillée car il y a des flammes qui cachent un Samuel qui brûle, et moi, cloche, j'y crois chaque fois, et donc chaque fois, je hurle sur le pauvre Samuel qui brûle.

     

    J'ai fait un sale coup au créateur.

    Par mes yeux, je lui ai présenté un Samuel. Un vrai. Hasard de la vie. 

    Bon c'est comme sur la connerie de Jean Christophe, il y a beaucoup à dire, mais ce n'est pas le sujet, donc on ne va pas perdre de temps à savoir si le hasard bosse dans mon camp ou dans celui du créateur de cauchemars.

     

    Le Samuel qui s'est placé devant mes yeux, et mes oreilles, je ne vais pas vous dire que c'est un super beau mec, quoique j'en sais rien. De toute façon on s'en fout. Bref, revenons aux moutons que je ne peux pas compter puisqu'ils sont tous brûlés.

     

    Donc le créateur de cauchemars qui bosse pour mes insomnies, n'a pas aimé que je me moque de lui en lui offrant un Samuel. Et un Samuel bon vivant qui plus est. Après quelques nuits de trêve, il a donné un tour de vis de plus.

     

    Me voilà donc toujours face aux flammes qui ne me chauffent pas mais qui brûlent un Samuel que je ne vois pas, et comme si cela ne suffisait pas, un élément a été ajouté au scénario de mes insomnies :  une voix. Non pas une voix. Des pleures. J'entends Samuel qui pleure. Oui je l'entends qui pleure. Il ne crie pas au feu, il ne hurle pas je brûle, au secours, non il pleure. Il pleure comme en petit enfant pleure parce qu'il est tombé. Il n'y a pas de peur ou de rage dans ses larmes, il pleure de peine, juste de peine. J'ai presque envie de dire, il pleure en douceur.

     

    Alors doc, suis-je bonne pour une dose létale où dois-je encore attendre un tour de vis de plus ? "

     

     

    Je suis épuisée.

     

    Kara Ann est venue dans ma chambre, pour m'aider à sortir du brasier. Elle a eu la bonté de m'accompagner sur la terrasse pour que je prenne l'air, change d’atmosphère. Elle m'a posée la même question que Zofia : qui est Samuel ?

    Qui est Samuel ? Qui est Samuel ?

    Mille fois je me suis posée la question. Je n'en connais aucun. Maintenant il y a le fils de Solange, mais il ne compte pas puisque je l'ai connu après. Je n'en connais aucun, je n'en ai connu aucun.

     

     

    Je ne l'ai raconté à personne, je leur semble déjà assez dingue comme ça, mais je suis allée jusqu'à me dire que je ne devais peut-être pas voir samuel comme un prénom mais comme un message. Alors je suis allée sur internet lire ce que ce prénom voulait dire.

     

    Samuel prénom hébraïque qui signifie issu de Dieu.

    Les flammes viennent de l'enfer, samuel de Dieu. L'enfer détruit ce qui vient de Dieu. Cela n'a aucun sens pour moi. Je n'ai aucune religion. Mes parents ne nous ont rien enseigné et la vie ne m'a rien inspirée.

     

     

    Quel est le talon d’Achille d'un créateur de cauchemars ? 

     

     

    Et si j'allais voir un pompier ? Ils ont peut-être un truc pour ne plus voir de flammes la nuit après un incendie ? Je risque quoi ? Je devrais peut-être aller voir un pompier.

     

     

    J'ai froid sur la balancelle. Il doit être bientôt deux heures. Encore une nuit où je n'aurai pas mon compte de sommeil.

     

    Je suis épuisée. Epuisée.

    Quand cela cessera-t-il donc ?

    « 1820 »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 7 Février 2016 à 17:23

    Alors, pour diverses raisons ce chapitre m'a énormément intéressé. Est ce qu'on n'a pas tous un Samuel (petit ou grand) au fond de nous ?

    2
    Lundi 8 Février 2016 à 21:02

    Je ne m'étais pas posée la question mais en la lisant, je me dis qu'elle a surement une pertinence.

    Ce chapitre nécessaire à l'histoire, fait écho ici au nuit d'Anton. quand il est arrivé, il ne savait pas passé une nuit sauf faire des cauchemars. Et puis ils ont disparu. Depuis sa commotion cérébrale, ils ont recommencé. Je me dis, car je le crois, que la vie a voulu cette collision pour qu'il finisse d'évacuer un enfer passé.

    On murit tous par paliers.

    3
    Mardi 9 Février 2016 à 07:00

    Intéressante explication

    4
    Mardi 9 Février 2016 à 19:58

    Je suis viscéralement certaine que tout à une raison d'être. 

    Je crois qu'il n'existe pas sur terre , une personne + assurée que nous sommes des âmes incarnées dans des destinées toutes tracées.

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