• 161 - Partie 1 - Jour 5 - Bernard.

    - Voici le sous-brigadier de police Fiona Barbosa. Quant à moi je suis Corentin Echouafni brigadier chef. Nous sommes là dans le cadre de la disparition de Elvira Malacorne, qui travaille avec vous. Je vous remercie d'avance de venir à tour de rôle nous rejoindre dans la véranda. Dans un premier temps il vous faudra vous présenter, puis vous nous direz tout ce qui vous semble important au sujet de Madame Malacorne. Merci de votre collaboration.

     

    Alors qu'ils sortaient de la salle du restaurant pour entrer dans la véranda, le silence densifia l'espace. Le lieu ne se prêtait pas à l'intimité, le mur entre les deux pièces n'étant constitué que de verre. Sur la partie gauche, néanmoins un mur en dur au papier peint bleu avec des plumes blanches futuristes, permettait de se soustraire aux regards. Les faits, les faits, rien que des faits se répétaient Fiona toujours anxieuse quand elle se retrouvait en binome avec PACA. Le brigadier avait été surnommé ainsi à cause de ses origines. Des faits rien que des faits, pas de jugement. "Si il y a un doute, c'est qu'il y en a pas". PACA répétait cette phrase autant de fois qu'il y a d'heure dans une journée à chaque rédaction de procès verbal. Elle avait un doute que ce fut des plumes, donc ce n'était pas un fait, mais un jugement. Déjà le papier peint annonçait à Fiona que l’enquête n'allait pas être simple. Pour sa première affaire de disparition cela commençait bien mal.

     

    Alors qu'elle cherchait à comprendre le papier peint, son supérieur avait réquisitionné une table entre deux hautes plantes vertes et déjà une personne refermait la porte de la véranda derrière lui.

     

    Blanc. Grand. Svelte. Brun. Coupe courte, raie sur le côté gauche. Chemise et pantalon noir. Aucune ceinture. La petite quarantaine. Aucune timidité. Maitre des lieux. Des faits rien que des faits. Enlever la petite quarantaine, c'est un jugement. Aucune timidité et maitre des lieux aussi. Ce sont des jugements. Les faits juste les faits. Si il y a un doute, il n'y en a pas.

     

    Le plus discrètement qu'elle le put, Fiola alla prendre place autour de la table ronde où les deux hommes s'étaient déjà assis après s'être serrer la main.

     

    - Bernard Julizec'h né le 9 juillet 77 à Ploermel dans le 56.

     

    Il avait commencé à parler sans voir qu'elle lui avait tendu la main. Sur son petit carnet Fiona nota " Misogyne ? Raciste ? ", alors qu'elle archiva au fond d'elle " Pauvre con ".

     

    - Diplômé du lycée hôtelier Yvon Bourges de Dinard. C'est le meilleur. Sorti premier de ma promotion chaque fois. BEP, Bac pro, et BTS je parle. Quatre années au service de la marine militaire comme cuisinier, inutile de le préciser je pense.  De Février 2002 à Décembre 2014 j'étais à la tête de La Succulente, un restaurant dans le vieux Rennes. J'ai fait une très bonne affaire en le revendant. Je l'ai vendu pour acheter celui-ci. Royan est une très belle ville qui méritait une gastronomie supérieure. L'eau à la Bouche comme son propriétaire devenait vieillot. J'y ai mis du sang neuf. Igor Malacorne, pauvre vieux fou, un homme fort sympathique au demeurant, m'a demandé de garder sa fille. Son visage est légèrement ingrat. Elle porte d'immenses lunettes qui semblent avoir été créer dans les années cinquante. Je vais vous faire une confidence : je me suis trompé. Je n'ai pas vraiment eu le choix, j'ai du garder cette fille pour devenir le nouveau propriétaire et franchement cela ne m'enchantait pas. A cause de son physique j'entends. Et voyez vous, ne me demandez pas pourquoi, mais elle plait. C'est incompréhensible, mais elle plaît. Je me suis trompé. Je le reconnais. J'avais cru récupérer un boulet et je me suis découvert propriétaire d'une perle. Je ne sais pas ce que les gens lui trouvent, mais ils lui trouvent. L'importance est là. Il faut qu'elle revienne, si son absence s'ébruite, le chiffre d'affaire va en prendre un coup. Là j'ai bien fait passé le mot : elle est en vacances. Mais son absence ne peut pas se prolonger éternellement. Vous me la retrouvez c'est tout ce que je vous demande.

     

    Bernard se leva. Pour lui, il avait tout dit, il avait fait son devoir de citoyen, il pouvait laisser la place à un autre. Le temps c'est de l'argent. Le restaurant ouvrait dans une heure trente, il était hors de question que les premiers clients trouvent des uniformes chez lui.

     

    -Mais quelle relation vous entretenez avec elle ? se permit Fiona en tournant la tête vers PACA pour lui demander une autorisation tardive.

    - Aucune. Je fais mon bulot, elle le sien, c'est tout ce que je lui demande. Jusqu'alors elle le faisait très bien. Là elle déconne complet.

     

    Fiona transforma son con en connard.

     

    Corentin resta de marbre. Il était comme la machine devant lui, il archivait toujours tout sans jamais émettre la moindre réaction.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 3 Octobre à 13:24

    Excellent passage, les noms des policiers, j'ai adoré

    Bernard dans son rôle que je pressentais, mais il affine son personnage

    Et si elle était partie pour ... lui dire m.... ?

     

      • Mardi 3 Octobre à 17:29

        Tu te ranges donc du côté de Philippine.

      • Mardi 3 Octobre à 20:14

        Je ne me range pas, je suis trop désordonné. Mais la personnalité de Bernard - pour le moment  - m'y pousse

    2
    Samedi 7 Octobre à 21:49
    erato:

    C'est toujours l'argent qui domine tout , il faut la retrouver pour que le chiffre d'affaire ne chute pas!! 

    J'aime beaucoup la description de l'atmosphère de cet interrogatoire.

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