• 113 - Charlotte.

    Comme j'envie Jean Charles !

    Comme j'aimerai avoir son talent !

     

    Il voit une femme qui lui plait. En dix minutes il tient un scénario d'une bande dessinée. Et trois heures plus tard, les ébauches de la totalité des dessins sont faits. Tout simplement : remarquable.

    Admiration - Chapeau bas.

     

    J'ai lu, peut-être douze fois Jane Eyre. Si ce n'est quinze. Le livre n'a plus une page sans annotation, post-it. Cela fait bien trois ans que je bosse sur une version théâtrale et je n'ai encore rien. Enfin si, j'ai les tableaux, les décors des différents actes mais je ne parviens pas à écrire les dialogues. J'avais promis à l'équipe que durant mon congé maternité j'achèverai la pièce de théâtre mais étant plus proche de la Pénélope d'Ulysse qui défaisait son ouvrage que de Brontë dont je n'ai que le prénom, je stagne.  Je me fais honte ! Je pensais que de leur parler de mon projet m'aiderait à l'avancer, le finir. Erreur. Je me disais que d'avoir une date butoir m'aiderait. Naïveté.

    Je n'ai aucun talent littéraire.

     

    Les garçons, Georgic en tête, veulent jouer Toc Toc. Le docteur Stern est vraiment trop vulgaire, Oksana et Soizic préféraient Jane, même si l'Angleterre du 19ème n'est pas très à la mode en ce moment.

    Et qui de notre troupe pour incarner le rôle si puissant de Mr Rochester ? Etienne ? C'est peut-être le moins pire. Et encore il est trop "mobile" pour savoir se tenir dans un fauteuil roulant. Reste Paul ou Jean Luc. Georgic ce n'est même pas pensable.

     

    J'ai honte de n'être qu'une débile qui se donne les moyens de n'arriver à rien. Pourquoi suis-je incapable d'inventer des répliques remarquables ? Personne sur cette Terre n'aime plus Jane et Mr Rochester que moi. Alors pourquoi il ne ressort de mes stylos que des phrases creuses ?

     

    Demain il y aura la dernière répétition de la pièce qu'ils joueront dès la semaine prochaine. Cette fille Yvane qui vient d'entrer dans la troupe et qui a pris ma place est fabuleuse dans le rôle de Marie. Je n'aurai jamais réussi à exprimer autant de froideur émotionnelle dans les moments les plus éloquent. Je la veux pour ma Jane. Je me suis toujours mieux sentie comme metteur en scène que comme acteur. Je ne veux plus remonter sur scène. Encore une chose qu'il faudrait que je leur dise. Pourquoi d'ailleurs ? Ne le savent-ils déjà pas ?

     

    Je voudrais écrire une pièce de théâtre. Depuis mon adolescence je rêve d'écrire une pièce de théâtre. Pas une nouvelle, pas un roman, pas même une poésie, mais une pièce de théâtre.

    J'avais cru que partir de l'histoire de mon livre préféré, m'aiderait. Et bien non.

     

    Mais comment Jean Charles fait-il pour sortir de lui tous les détails de ses scénarios inventés ? Il connait mille détails d'actions jamais vécus. J'ignore ce que je vis. Comment était-il habillé ? Comment était-il rasé ? Je viens de le voir, de lui parler et bien je suis incapable de me souvenir de tout alors qu'il connaît ses personnages imaginaires et éphémères par cœur. Qu'a son cerveau que le mien n'a pas ? C'est comme si rien ne s'archivait en moi, comme si je vivais sans mémoire, sans capacité d'attachement. Quel être suis-je ?

     

    Peut-être que j'aime trop le texte de Charlotte Brontë pour parvenir à le souiller de mes mots. C'est peut-être quelque chose comme çà.

    Ce serait rassurant.

    Ce qui l'est beaucoup moins, est qu'en dix ans de désir d'écriture, aucune histoire ne s'est développée en moi. Je ne suis que stérilité !

     

    Et si je parlais de mon amour pour le père de Lou ? Là j'aurai des mots. Et si j'écrivais mon histoire. Ce serait une pièce de théâtre. Juste une pièce de théâtre mais à la fois une histoire vraie. Ensuite si les gens la jugent ridicule, pire inacceptable, elle restera fruit d'une imagination immorale, mais si le personnage jouée par Yvane, (car ce sera Yvane qui jouera mon rôle, j'ai besoin de son talent pour appuyer ma cause), émeut, alors je pourrais oser un "et si c'était ma réalité ?".

     

    Écrire une déclaration d'amour en trois actes. En suis-je capable ?

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  • Commentaires

    1
    Lundi 13 Mars à 08:43

    Etrange coïncidence, un collègue me parlait ce matin de ses états d'âme en tant que metteur en scène avec sa petite troupe de théâtre amateur ...

    2
    Lundi 13 Mars à 20:53

    Comme on dit : le monde est petit.

    Ou plutôt : Rien ne ressemble + à de la fiction que la réalité.

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