• 109 - Maxime.

     " Devenir adulte est apprendre à greloter seul ". Je ne sais plus où j'ai lu çà, mais comme c'est juste.

     

    Ma chère grande sœur !

     

    Toute ma petite enfance je lui ai courue après puisque papa restait enfermé dans son fournil interdit aux enfants et maman vivait dans le magasin tout aussi interdit. Il ne me restait que Claudine. Nous n'avions même pas la télévision. Enfin si nous l'avions mais elle devait rester éteinte en journée car ce n'était pas une heure convenable pour la regarder, et le soir car le père dormait et il ne fallait pas faire de bruit, ce qui aurait pu le réveiller.

     

    Claudine a été une petite mère pour moi, une assez mauvaise petite mère. Ce qu'elle doit être aussi pour Céline et Benjamin.

     

    Il faudrait vraiment que j'aille le voir. Pourquoi le faudrait-il ? Je n'ai rien à lui dire. Pourquoi s'emmure t-on toujours dans des devoirs inventés ? Où est-il écrit qu'une tante à des devoirs envers son neveux ? Où est-il écrit que l'on se doit de soutenir les malheureux plus que les heureux ? D'ailleurs est-il plus malheureux que moi ? Que la majeur partie des gens ? Claudine ne lui fait-elle pas jouer un rôle ? Claudine est le clone parfait de maman. Je n'ai jamais été celle qu'elle prétendait, tout ce que les gens savent de moi est faux, alors quelle concordance entre le Benjamin de Claudine et celui qui vit dans son garage ? D'ailleurs y passe t-il autant d'heures qu'elle le raconte ?

     

    Claudine, avant mon arrivée, s'obligeait à nourrir papa. Maman n'est plus alors Claudine prend le relais. Elle n'a rien oublié de l'éducation de maman. Par contre elle a oublié la vérité : je n'étais pas la chouchoute de papa, je fuyais maman et tout autant, voire plus, la boutique.

     

    Passé l'age de l'interdit, nous devions y aller pour vendre. J'étais tellement mal à l'aise derrière le comptoir que je me réfugiai dans le fournil. J'y ai découvert que papa y travaillait beaucoup moins que cru, comme moi il s'y planquait pour fuir les foudres de maman. Alors nous sommes devenus complices, nous nous trouvions des alibis. J'ouvrais un livre, papa ses mots croisés et on dégustait le silence, le calme. Je ne tournais que très peu de pages, il ne réfléchissait qu'à de rares définitions, nous nous échappions dans des rêves sans pois, juste créés pour évacuer l'espace Terre. On laissait toujours un ouvrage en plan pour justifier que nous ne pouvions pas nous montrons. Nous ne nous parlions pour ainsi dire jamais. Il ne cherchait pas à connaître ma vie, il voulait juste vivre en paix loin de sa femme. Moi je voulais devenir invisible pour que maman ne m'oblige pas à vendre son pain et ses croissants.

     

    Je n'ai jamais réussi à voir le monde comme Claudine. Elle se sentait grande dame quand une copine de classe entrait pour lui acheter des bonbons, une baquette. Moi j'avais honte, tellement honte. Je sais que des filles m'enviaient. Comme Claudine c'était un jeu de grands, des responsabilités, mais pour moi c'était une enfance volée, une exposition forcée, une confrontation aux adultes imposées. Je n'ai jamais aimé être dans la lumière. Encore maintenant.

     

    J'ai toujours aimé l'indifférence de papa. Sa présence me suffisait. Roger entre énormément dans la vie des filles. Il veut toujours tout savoir.

    - Blanche Chérie pourquoi ton amie Audrey ne passe plus à la maison ?

    - Anastasia Chérie à qui envois-tu un sms ?

    - Chérie tu me racontes ta journée.

    - Chérie tu me racontes le film que tu as été voir avec tes copines.

    - Edwin est ton amour ?

    - Alors tu as le béguin pour Julien ?

     

    Combien de fois suis-je restée interdite devant son comportement ? Qui est le meilleur père ? Le mieux qui ne disait rien ou celui de mes filles qui s’immiscent dans tout ? La seule chose que je sache et que j'aurai détesté avoir Roger comme père. Je le lui ai dit souvent.

     

    Quelle mère suis-je ? Une qui n'a toujours pas résolu le grand problème : Comment être présent sans être oppressant ?

     

    Papa est un homme simple. Si tu lui donnes, il prend, si tu lui racontes, il écoute, si tu tais tout, il respecte. J'aime mon père comme il est. Je me voudrai comme lui. Le suis-je ?

     

    Pour Claudine il n'est que glace et insensibilité. Alors elle en fait des tonnes pour un geste qui ne viendra pas. Elle a toujours espéré qu'il la prenne dans ses bras, qu'il la couvre de compliments et elle ne reçoit même pas un merci pour tous ses efforts. Il ne sera jamais le père qu'elle se voudrait. La souffrance vient toujours du décalage qu'il y a entre ce qui est et ce que l'on voudrait qui soit. Claudine n'a jamais compris le fonctionnement de papa, elle s'en est créé un idéal, et chaque jour elle rêve que papa mute en cet idéal. Que de perte de temps ! Que de souffrance ridicule. Moi, j'ai levé mille fois, les yeux des livres que je ne lisais pas bien que j'en tirais des fiches de lecture pour l'école, et je l'observai pour découvrir qui il était. Je pense l'avoir compris assez tôt. Cela m'a évité des désillusions et cela m'a encore plus permis de respirer librement.

     

    Avant ma venue, elle lui faisait des plats chauds. Il n'en mangeait aucun. Claudine ne le sait pas. Elle récupère ses plats vides, elle est heureuse de faire son devoir de bonne fille bien élevée. Georgic s'en régale. Pourquoi papa ne les mangeait pas, les offrait au pâtissier ? Question que je ne poserai pas, question inutile, la réponse est facile. Papa libre de maman, veut enfin profiter des plaisirs culinaires. Aux bons plats équilibrés, il choisit la matière grasse et les échalotes, les épices et les crèmes fraiches épaisses. Georgic mange l'équilibré et le peu salé. Papa entretient son cholestérol.

     

    Georgic s'est remis à cuisiner depuis mon arrivée. Il dit que c'est dommage. Papa lui offre quelques échalotes épluchées et la complicité affiche des sourires. Pas plus l'un que l'autre n'a envie que je les fasse asseoir, que je passe le tablier.

    Moi j'aime le midi manger deux ou trois tartelettes qui restent de la veille. J'observe les deux hommes et Oksana quand elle est là.

     

    Je deviens comme mon père, un être silencieux. Lui il découvre les longues phrases.

    La mort de maman lui va bien.

     

    Maman.

    L'ai-je toujours déçue ou ai-je été la fille qu'il lui fallait ? Jusqu'à l'accident de Benjamin, il était évident que j'avais toujours déçu ma mère, mais maintenant que je réalise comme Claudine s'est nourrie de l'accident de Benjamin, je n'en suis plus aussi certaine. Elles sont identiques ces deux femmes. Claude et Claudine utilisent l'enfer de leur enfant pour se mettre en devanture, pour être au cœur de toutes les conversations. Elles étaient faites pour avoir des enfants hors normes.

     

    Je devrais rencontrer Benjamin.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 16 Février 2017 à 23:30

    Une famille parfaite ....

    2
    Dimanche 19 Février 2017 à 20:30

    Une famille ordinaire wink2.

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