• 104 - Maxime.

    Les peaux-rouges ! Je les avais complétement oubliés ceux-là.

     

    Pourquoi  les frères Truiten les cassaient tout le temps ? Ce n'est même pas ça la bonne question : Qu'est-ce que je faisais avec eux ?

     

    C'est étrange la mémoire, je me souviens parfaitement de Marie Nelly qui était folle amoureuse d'Edmond qui ne la regardait pas, qui changeait de copines plus souvent que de chaussettes, mais je ne parviens pas à me souvenir duquel des frères, Solène était amoureuse. Le fait qu'elle ait couché avec les 4 sur la même période explique peut-être ma confusion.

     

    Solène ! Une si gentille fille disait maman. Elle l'aurait mise sous cloche si elle n'urinait pas. La sainte Solène ! Juste une bonne petite pute gratuite pour les Truiten. Il y a ce qui se voit et la face cachée beaucoup moins recommandable.

     

    Solène a toujours couché avant de discuter. Les commerciaux de ses fournisseurs doivent l'adorer. A moins qu'elle ait changée. Personne ne change, on devient juste un peu plus soi en se ridant. La question est : était-ce elle qui couchait ou était-ce l'anti-elle ?  J'ai toujours pensé que ce n'était pas elle, qu'elle subissait un endoctrinement quelconque. Il faut dire que comme maman, je voulais tellement la canoniser !

     

    Pourquoi Yves l'a épousée ? Il savait qu'elle couchait avec ses frères.

     

    Pourquoi suis-je étonnée d'avoir une vie si vide au regard de mon adolescence ?

     

    Je n'ai jamais ressenti avec Mickaelle ce que je ressentais avec Solène. Elle était ma soeur, ma confidente, bien plus que Claudine. Je crois qu'encore aujourd'hui je me sens liée à cette fille. Enfin cette femme. Je crois qu'au fond de moi je n'ai jamais cesser de pleurer notre désunion.

     

    Je ne souffre pas de ma séparation avec Roger. Je souffre encore du rejet de Solène.

     

    Claudine et moi, nous sommes sœurs mais cela ne va pas plus loin. Le sang nous uni, juste le sang.

     

    Petite, nous faisions des choses ensemble car les parents l'exigeaient, parce qu'il n'y avait personne d'autre. Et puis j'ai connu Solène et c'est un peu comme si enfin il y avait une personne pour moi sur cette Terre. Alors quand elle s'est amourachée d'un des Truiten, je l'ai suivie. Je suis devenue une truite.

    Claudine m'a collée car elle s'intéressait à Luc. Luc ! Luc et Paul les deux potes inséparables des quatre frères tant et si bien, que pour beaucoup ils étaient des Truiten aussi. Luc ! C'était le seul qui était assez beau. Mais ce qu'il était vulgaire. Non pas vulgaire, dérangé, oui dérangé. Incohérent aussi. C'est fou, nous étions de la même bande et je n'ai jamais dû lui parler. Il était le toutou des frères, moi celui de Solène, mais nous étions des toutous qui ne jouaient pas à la baballe ensemble.

    C'est fou comme mon adolescence me semble miséreuse tout à coup.

     

    Solène a rejoint les frères pour approcher celui qu'elle voulait. Ils l'ont gardée puisqu'elle servait de pute gratuite aux quatre. C'est étrange quand on y pense, pourquoi Paul et Luc ne lui passaient pas dessus aussi ? Luc, trop bizarre. Il devait resté puceau pour une quelconque gloire ! Il l'est peut-être encore aujourd'hui d'ailleurs ? Oh ! Je n'avais pas appris qu'il était mort ? Ah je ne sais plus. Je ne sais plus, c'est si vieux tout ça.

    Qui est mort ? Je ne sais plus. Personne peut-être.

     

    Je collais Solène donc je suis entrée dans la bande.

    Claudine m'a collée pour fréquenter Luc mais tellement perdu dans sa nébuleuse qu'il n'en a rien su, et en consolation ou en solution d'attente, c'est avec Paul qu'elle a couché.

    Que c'est beau la jeunesse !!! Triste temps de misère mentale.

     

    Claudine et Solène couchaient avec les mecs comme elles vidaient un Gin Tonic, sans réfléchir, parce que cela faisait bien, parce que l'âge le voulait, parce qu'il faut faire comme tout le monde, ne surtout pas être de celles que l'on montre du doigt car trop dans la marge soit coincées.

     

    Et moi ! Moi !

    Je me suis réfugiée dans une logique de supériorité. Aucun des douze mille garçons du département ne voulaient de moi, alors pour ne pas m'en réduire, je me suis créée un personnage méprisant. Ils étaient trop médiocres pour moi. Moi je ne couche pas, moi je fais l'amour. Enfin je ne faisais surtout rien.

    "Madame veut rester vierge pour son prince charmant" se moquait Solène.

    Bien sûr elle ne pouvait pas comprendre, elle qui avait instauré une logique de roulement pour discipliner les frères. Ordre alphabétique : Loïc - Raoul - Yannick - Yves. Première semaine du mois: Loïc, Deuxième : Raoul, etc. La cinquième en équilibre sur deux mois, elle s'offrait une nouveauté, l'un des douze mille. Et pendant ce temps Claudine et Paul sortaient ensemble pour rendre Luc jaloux.

     

    Dire que mes filles sont arrivées à cet âge de profonde débilité !

     

    Qu'est-ce que je faisais à suivre cette équipe là ?

    Je rêvais d'une Solène pour moi toute seule. Avait-elle un peu d'amitié pour moi, seulement ?

    Je les suivais pour ne pas demeurer à la boulangerie où être présente signifiait travailler.

     

    Oui j'avais honte d'être la fille des boulangers, non pas honte que mes parents le soient, mais honte d'être une enfant qui travaillait alors que les autres s'amusaient. Madame Huon, qui chaque retour de vacances nous demandait en sujet de rédaction, le résumé de nos vacances. Marie Nelly écrivait merveilleusement bien, alors toujours au final la Huon nous lisait sa rédaction. Comme elle était fière Marie Nelly que sa rédaction expose ses avions pris, ses promenades en barques, ses nuits d'hôtel en des pays impossibles à situer sur la carte. C'est peut-être bien ma jalousie qui a fait l'équipe des truites attaquer les peaux-rouges. J'aurai tellement voulu être elle.

     

    Moi je me payais un carton car je ne voulais pas, une fois de plus raconter combien la Huon mangeait de pain par semaine, la livraison que j'allais faire à vélo chez la vieille Yvonne qui m'accusait toujours d'avoir volé la pièce qu'elle avait mise de côté pour offrir des carambars à ses petites filles qui ne venaient jamais la voir.

    Claudine aimait le travail à la boulangerie, elle n'a jamais eu de problème avec les sujets de la Huon, elle racontait la fabrication des tartelettes, le bonheur d'accompagner papa à la maison de retraite pour livrer le pain.

     

    Moi, je voulais une vie de vraie petite fille, et je me suis donnée une vie d'ado déplorable.

    Étant d'une bande de mecs, aucun garçon ne m'approchait. Je n'ai jamais rencontré mon prince charmant.  Ai-je seulement été l'amie de Solène ?

     

    Il est impossible qu'elle ignore mon retard, la boucherie jouxte la boulangerie. Marie Nelly me savait revenue, elle ne peut l'ignorer.

    Je sais qu'au fond de moi je l'attends. J'attends qu'elle vienne s'acheter une baquette, un croissant, des chouquettes, n'importe quoi. J'ai quarante six ans et je ne suis pas capable de pousser une porte pour aller saluer mon amie d'enfance. Mickaelle s'est jetée à coeur et corps perdus dans les bras d'un Russe qui ressemble à un tueur de tchétchène en cavale. Moi je ne suis pas capable d'aller saluer une camarade de classe.

    Que je suis médiocre !

     

    Comment Marie Nelly fait-elle pour marcher dans la rue avec des bottines à talons, dans une mini-jupe rose sur bas bleu roi, et un chemisier qui compte autant de fleurs que de volants mais qui ne s'envole pas puisqu'il est lesté par dix kilos de bijoux ? Comment peut-elle sortir dans la rue avec des cheveux blond sable, et deux grosses mèches de couleur voilette ? Il doit falloir vraiment aimer sa vie et s'aimer pour réussir à tout assumer.

     

    Je pense que je n'ai jamais aimer ma vie. Je n'ai pas aimer être enfant de commerçants. J'ai cru trouver en Solène mon sauveur et je l'ai suivie et j'ai détesté sa conduite avec les quatre frères, alors je suis devenue son opposées, pas moi, son opposée et je n'ai pas aimé mon adolescence, mon début de vie d'adulte.

     

    Quand ai-je vraiment décidé de ma vie ?

     

    Pourquoi ai-je épousé Roger ? Pour fuir ? Non j'étais déjà partie. Parce qu'il n'avait aucun point commun avec la bande des truites ? C'est affligeant de constater comme je suis incapable de savoir pourquoi je me suis mise avec lui. Mickaelle aime Cole de tout son corps, ses tripes et son âme. J'ai quarante six ans et je pense que la vérité est que j'ignore tout de l'amour. Je n'ai jamais aimé personne. Pourquoi ? Parce que personne ne m'a aimé ou parce que je ne me suis jamais aimée ?

     

    Ai-je été heureuse un jour ?

    Je crois que je me suis comportée comme une chef avec Mickaelle car j'avais peur de découvrir la vérité : qu'elle savait toucher le bonheur et pas moi. Je crois que j'avais peur aussi qu'en la suivant je la perde comme j'ai perdu Solène. En l'obligeant à me suivre, je l'empêche de partir en des lieux où je ne puis entrée . Je ne suis qu'une paralysée.

     

    Maintenant que Mickaelle court après son russe, elle ne se soucie plus de moi comme Solène dans les bras des frères m'oubliait plus souvent que son gilet. C'est fou comme Solène perdait ses blousons, écharpes, gilets...

     

    Papa est heureux que je sois revenue. Il ne veut pas qu'Emile hérite de ses boulangeries. Papa n'est pas heureux que je sois revenue. Mon retour l'arrange. Nuance d'importance.

     

    Roger a probablement raison, j'ai probablement fait une immense erreur en quittant mon emploi.

     

    Ma vie me semble si vide.

    Comment Marie Nelly peut être aussi rayonnante ?

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  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Janvier à 07:24

    En effet Maxime a plus de "profondeur" que la Maxime qui était décrite dans le roman précédent. Des questions intéressantes qui sont soulevées ici, une belle introspection.

    2
    Lundi 16 Janvier à 20:59

    Tu vas peut-être plus tard , à nouveau la trouvée pas très belle !!!

      • Mardi 17 Janvier à 10:05

        Oui possible, mais au moins parait elle moins superficielle que dans la partie précédente.

        Et puis je sens que tu t'amuses bien avec ce petit monde bien établi ...

    3
    Mardi 17 Janvier à 21:06

    Oui.

    J'ai souvent tendance à écrire des romans avec très peu de personnages, ce qui sera encore le cas dans celui d'après car là encore il s'agira d'un tête à tête (enfin ... on va le dire comme çà), donc là je change.

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