• 102 - Marie Nelly & Maxime.

    M- Bonjour.

    MN- Bonjour. Je viens chercher la mousse de mangue en coque de chocolat surprise pour 8 personnes. Il me faudrait aussi une festine et un pain moulé.

    M- Le gâteau est réservé à quel nom, s'il vous plait ?

    MN- Tu ne me reconnais donc pas. Je devrais pourtant être imprégnée dans ta tête vu le nombre de fois où tu m'as torturée.

    M- Pardon. Je pense Madame, que vous me confondez avec une autre personne.

    MN- Mais non Maxime, je ne te confonds pas. Tu as donc oublié comme les truites se sont acharnées contre les peaux-rouges.

    M- Pardon ! Les truites ? Les peaux rouges ? Oh non de non, mais oui les peaux rouges, oh là là, tu me fais faire un bond dans le temps.

    MN- Tu t'attendais à autre chose en revenant ici.

    M- Les peaux rouges ! Tu as raison j'ai été atroce avec elles. Laisse moi me souvenir. Il y avait Régine et Sandrine et puis aussi ... C'était quoi son prénom déjà... Laurence, oui bien sûr Laurence et et et Marie Nelly Corouge la fille du notaire, la chef du clan.

    MN- Belle mémoire. Juste un peu lente au démarrage mais belle mémoire. Une faute pour un détail tout de même. Peau-rouge vient de Corouge, vous n'aviez pas d'imagination, c'était facile. ça c'est bon, mais, il n'y avait pas vraiment de chef. Si tu en veux un alors il faut nommer Laurence. Elle était la plus forte, ou disons la moins influençable par les autres. Alors selon toi, je suis laquelle des peaux-rouges ?

    M- Marie Nelly. Il n'y a que toi à quarante six ans à pouvoir afficher une silhouette de mannequin et à oser s'habiller avec plus de bijoux que de tissus. Et même en ce mois de novembre. Tu as des nouvelles des trois autres ? Elles sont restées dans le coin ? Laisse moi deviner, en souvenir de la jeunesse, vous militez pour le respect des droits d'une vraie tribu peau-rouge et vous vous rendez régulièrement en Amérique.

    MN- Non pas du tout. Régine est devenue institutrice. Elle a commencé en région parisienne et ensuite elle est descendue en Vendée. Je le tiens de sa mère que je vois au marché. Sandrine je ne sais rien d'elle, et pour ce qui est de Laurence elle s'était mariée avec le frère de Benoit. Ils sont partis dans le Juras où quelque part par là. Ensuite ils ont divorcé. Il est revenu dans la région contrairement à elle. Je le sais par la mère aussi. Tu la verras, même si ce n'est pas le pain qu'elle consomme le plus. Pauvre Benoit, sa mère est ivre de janvier à décembre, jour comme nuit. Laurence a les enfants avec elle, le père ne les voit jamais. Ce qui ne semble pas le déranger mais sa mère voudrait bien être une vraie grand-mère. Que ferait-elle des enfants ? Elle leur apprendrait à compter les étoiles sur les bouteilles de vins ? Laurence a bien raison d'avoir coupé les ponts les Siran.

    M- Benoit ? Benoit Siran ? Cela ne me dit vraiment rien. Tu es sûre que je le connais ?

    MN- Évidemment. C'est l'autiste. Enfin à l'époque on n'appelait pas ça comme çà. Tu sais le gros môme qui fonçait dans les murs en hurlant et qui mordait tout le monde.

    M- Maintenant que tu le dis, je m'en souviens, mais je ne me rappelle pas qu'il avait un frère. Par contre je me souviens très bien que tu courais comme une malade derrière Edmond. Tu as fini par le rattraper ? Au moins pour un flirt qui puisse te permettre de réaliser qu'il n'était qu'un fils à papa pourri d'orgueil et de fric. Ce qu'il pouvait se la surjouer ce mec là ! Je n'ai jamais pu le saquer.

    MN- Je ne lui ai jamais couru après. Jamais. Dès que j'ai porté des talons de dix centimètres j'ai cessé de courir, donc non je ne lui courais pas après. Inutile de te pencher pour regarder mes pieds, évidemment que je n'en suis toujours pas descendue. Donc pour en revenir à Edmond, disons que je surveillais ses trajets, et que je me débrouillais toujours pour me positionner sur son chemin. Et cela ne marchait jamais. J'ai du attendre qu'il plaque toutes les filles de notre génération sauf toi car après ta belle confidence tu ne vas pas me dire que tu es sur la liste de ses ex. Ou alors je ne comprend plus rien.

    M- Il m'a draguée mais j'ai su me faire comprendre. Quel pauvre mec ce type. Mais qu'est-ce que tu lui trouvais ?

    MN - Ma consolation est qu'il m'a épousée. Tu ne l'as jamais su ?

    M - Tu as épousé Edmond, tu es madame Edmond Leleuc de la laiterie Leleuc.

    MN- Laiterie Entremont du groupe Sodiaal aujourd'hui. Claudine ne t'a jamais parlé de nous ?

    M- Pourquoi l'aurait-elle fait ?

    MN- A cause de Benjamin.

    M- Là il faut que tu m'expliques ce que le fils de ma soeur a comme lien avec ton mari et toi.

    MN- L'accident.

    M- Oh oui, merde, la gourde. J'avais complètement zappée.

    MN- C'est normal, cela n'a rien changé à ta vie.

    M- Mais cela à détruit la tienne.

    MN- Non c'est celle de mon fils que cela a détruit. Mais changeons de sujet veux-tu.

    M- Bien sûr, excuse moi. Je vais te chercher ton gâteau.

    MN- Ce n'est pas un sujet tabou, on pourra en reparler si tu y tiens, mais dit moi pourquoi tu es là toi ? Tu es tombée au chômage ?

    M- Non, je suis devenue un automate. Je n'ai rien vécu de douloureux comme toi, c'est plutôt comme si j'avais perdu la vie sans m'en rendre compte. Oh pardon, je n'aurai pas du dire ça.

    MN- Continue.

    M- J'ai une amie. Mickaelle pour ne pas la nommée. Ce que je vais te dire n'est pas beau mais c'est la vérité. Notre amitié je la vivais un peu comme le lien d'un maitre et son chien. Je décidais de tout et elle était heureuse avec tous mes choix. Je me suis toujours crue mieux qu'elle, parce que j'avais un mari, des enfants et que elle, elle n'avait que de stupides poissons rouges. Souvent je nous inventais des sorties, et franchement, c'est horrible à dire, mais je le vivais un peu comme si je faisais une bonne oeuvre, que j'allais consacrer trois heures ma belle vie à un pauvre chien d'une SPA en attendre d'une famille. Ce n'était pas qu'elle était dépressive, c'est que mon orgueil m'inventait une supériorité bien en décalage de la réalité. Mickaelle fait tous ses vêtements. Elle commence par les dessiner, puis pour voir ce qu'ils donnent, elle les confectionne en taille réduite. Elle a une poupée masculin qu'elle nomme Marlo et qui mesure environ un mètre. Alors tu vois entre Marlo et ses poissons je la trouvais un peu... Enfin benoitisée. Mais plus le temps a avancé puis j'ai réalisé qu'en vérité, cette fille je l'admirais. Elle est heureuse. Elle s'est construite un monde pour se protéger, et elle y est heureuse. Moi, et bien moi j'étais, tient j'étais comme le gâteau, une coque dure mais contrairement au gâteau à l'intérieur de moi il n'y avait que du vide. Je n'étais pas un maitre et elle un chien, elle était une île de joie et moi un bâtard crotté qui trainait autour d'elle sans savoir me faire adopter. Il m'a fallu des années pour réaliser combien la vie était éteint en moi. Roger, mon mari dit que j'ai tout pour être heureuse : une maison qui est finie de payer, deux filles, un mari fidèle qui ne boit pas, un emploi qui paie bien, une bonne santé, des amis. Il a raison, il ne me manquait rien, en extérieur mais à l'intérieur, en moi, il n'y avait plus rien. C'est horrible à dire mais je suis incapable de me souvenir de la dernière fois où j'ai été triste où j'ai été heureuse. Toutes les émotions m'ont désertée depuis, depuis, je ne sais pas. Je sais juste que j'ai fini par le réaliser, et c'est tellement laid, que l'idée de devoir restée automate jusqu'à mes quatre-vingt-dix ans soit encore autant de temps que celui que j'ai déjà passé sur Terre, cela m'a fait casser un mur de glace en moi. J'ai donné ma démission, j'ai lancé une procédure de divorce et je suis venue m'installer chez papa.

    MN- Et tu bosses à la boulangerie toi qui avait horreur de ça, gamine.

    M- Je crois surtout que je détestais servir du pain à un enfant de l'école. Je ne sais pas il y avait comme une forme de honte d'être la fille du boulanger. C'est peut-être pour ça que je détestais autant Edmond, je devais l'envier.

    MN- Claudine adorait. Elle n'a pas changé ta soeur, elle a toujours adoré tenir la caisse.

    M- Elle a toujours adoré tout savoir et tout répéter.

    MN- En déformant la réalité.

    M- Tu fais référence à l'accident. Bonjour.

    MN- Bonjour Madame Thiritel. Je te dois combien pour le gâteau Maxime.

    M- Les peaux rouges ont déjà payé. Je suis heureuse de t'avoir revue Marie Nelly.

    MN- Merci beaucoup. Et je ne parle pas du gâteau.

    M- Que désirez-vous madame ?

    MN - Et ma festine et mon moulé ?

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Janvier à 21:11

    Découverte de Maxime et éclaircissement de certains traits ambigus du roman précédent.

    Et pas mal de zones d'ombre aussi, dans le passé.

    Un petit monde de province, je sans une ambiance "à la Chabrol" ... 

    2
    Vendredi 6 Janvier à 11:26
    Dani Chats x 7

    Même si je ne suis pas ...

    pour info :

    je me suis désinscrite avec mail dilymi ...

    et réinscrite avec cats7 ...............

    Biz

     

      • Vendredi 6 Janvier à 21:24

        Ok message reçu.

    3
    Vendredi 6 Janvier à 21:23

    A la Chabrol !!! Alors là je le méconnais trop pour te répondre.

      • Samedi 7 Janvier à 08:00

        Chabrol aimait dépeindre et se moquer de la vie de la petite société provinciale bien établie et caricaturer ses travers

    4
    Samedi 7 Janvier à 15:41
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